Colloque 10e anniversaire de l’AMIK : les pêcheries commerciales bénéfiques pour les communautés innues

Actualités, Commercialisation, Événements, Nouvelles, Pêche
0

Le premier colloque sur les pêches autochtones au Québec a permis de constater la grande réussite des Innus de la Côte-Nord dans les pêcheries commerciales.

L’Agence Mamu Innu Kaikusseht (AMIK) qui a organisé l’événement, célébrait par la même occasion son 10e anniversaire. Une centaine de personnes en a profité pour échanger et réfléchir sur la place des autochtones dans l’industrie lors de   ce rassemblement au Musée Shaputuan d’Uashat/Sept-Îles.

L’événement a permis de faire un retour sur l’histoire et de discuter des enjeux concernant la gouvernance, l’environnement et le développement des pêches.

PROGRESSION RAPIDE

La pêche maritime des Innus a été longtemps une activité saisonnière pendant le séjour des familles nomades sur le littoral du grand fleuve. Selon les archéologues, elle visait la capture du saumon, de la morue, des crustacés, des coquillages et des phoques. Les Innus de la Basse-Côte-Nord pratiquent encore une pêche traditionnelle du homard, selon des méthodes ancestrales. Le gouvernement fédéral a proposé pour la première fois dans les années 1940 aux Innus de Maliotenam de pêcher la morue plutôt que le saumon de la rivière Moisie. La pêche commerciale par les Innus est basée sur des droits ancestraux reconnus depuis 1973.

Les pêches autochtones commerciales ont commencé au milieu des années 1990 sur la Côte-Nord. Le conseil de bande d’Uashat mak Maliotenam a été le premier dans la région à profiter du nouveau programme de la Stratégie relative aux pêches autochtones (SRAPA) du ministère des Pêches et des Océans (MPO).

«L’ouverture du gouvernement fédéral est venue avec les jugements Sparrow (1990) et Marshall (1999), mais il y a une longue histoire de l’utilisation des ressources du Saint-Laurent comme la morue par les Innus», a rappelé le spécialiste de l’Université Laval Thierry Rodon aux participants du colloque.

La cause de Ronald Edward Sparrow a marqué l’histoire des pêches au Canada. Ce citoyen autochtone de la bande des Musqueams en Colombie-Britannique a été accusé d’avoir pêché avec un filet plus long que celui qu’autorisait son permis de pêche de subsistance. Il était en contravention avec la Loi sur les pêches. Le jugement Sparrow a reconnu le droit ancestral de pratiquer la pêche de subsistance à des fins alimentaires.

Neuf ans plus tard, la cour suprême reconnaît, avec le jugement Marshall, aux membres des Première Nations le droit de faire des pêches commerciales et d’en tirer des revenus modérés. Cette décision faisait suite à l’arrestation de Donald Marshall junior. Ce Micmac de la Nouvelle-Écosse a été accusé d’avoir pêché et commercialisé 210 kg d’anguilles sans permis.

À partir du milieu des années 1990, la volonté ministérielle du MPO a contribué au succès économique des Autochtones dans les pêches. Le programme SRAPA encourageait des pêches collectives visant non pas un enrichissement personnel, mais à créer de l’emploi dans les communautés. L’expert de la Chaire de recherche sur le développement du Nord, Thierry Rodon, conclut qu’il s’agit d’une des rares réussites en matière de politique autochtone. Le SRAPA ne se limite pas à la pêche de subsistance, mais permet un   important volet commercial et finance, l’entrée des Autochtones dans l’industrie.

L’arrivée des Innus dans les pêches commerciales survenait aussi dans une période de grand chambardement de l’industrie durement touchée par le moratoire sur la pêche au poisson de fond. Serge Langelier travaillait comme directeur du Regroupement des pêcheurs de la Haute et Moyenne-Côte-Nord à partir de 1992 et de l’Office des crabiers de la zone 16, jusqu’à ce qu’il joigne l’équipe de l’Agence Amik. Il se souvient que les pêcheurs non autochtones ont vite compris que les Innus occuperaient une place importante. Il se rappelle aussi que les Autochtones de la Côte-Nord et les pêcheurs déjà présents dans l’industrie ont été solidaires et partenaires dans plusieurs dossiers.

«L’arrivée des Innus constituait un bouleversement en soit, qui survenait en même temps que le grand bouleversement du moratoire sur la morue. C’était vraiment une période d’instabilité. Parallèlement à cela, les crabiers discutaient d’une entente de cogestion avec les propriétaires d’usines», raconte Serge Langelier.

Dans les zones de pêche de la Côte-Nord, le MPO a accordé des permis de capture aux Autochtones pour plusieurs espèces. Pour la lucrative pêche au crabe des neiges de la zone 16 en Moyenne-Côte-Nord, par exemple, le MPO a négocié avec le Regroupement des pêcheurs. Le nombre de permis est passé de 36 à 39 pour intégrer les Innus d’Uashat-Maliotenam, Ekuanitshit (Mingan) et Natashquan. Les conseils de bande ont pris des ententes, notamment avec le ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Pêcheries du Québec (MAPAQ) afin d’obtenir des garanties de prêt pour financer des entreprises autochtones et l’acquisition de bateaux et d’équipements. Les défis de la formation des Innus et de la gestion des pêches sont ensuite apparus.

BÉNÉFIQUE POUR LES COMMUNAUTÉS

Aujourd’hui, plusieurs entreprises de pêche, de transformation et de commercialisation des produits marins fournissent des centaines d’emplois sur la Côte-Nord. Par exemple, tout comme Pêcherie Uapan d’Uashat qui possède 7 bateaux et embauche 28 personnes, Pêcherie Shipek d’Ekuanitshit figure parmi les plus importantes entreprises de pêche au Québec. Les valeurs des débarquements de plusieurs produits de la mer par les Innus de la Côte-Nord sont passées de 500 000 $ en 1999 à plus de 5 000 000 $ en 2008.

La pêche commerciale innue s’est développée sous forme d’économie sociale. Elle fonde ses activités sur les principes de la participation et la prise en charge par les Autochtones. En 2006, la pêche commerciale avait déjà créé plus de 400 emplois chez les Autochtones de la Côte-Nord. Les Innus et leurs entreprises de pêche ont été très actifs pour racheter des permis à des pêcheurs prêts pour la retraite.

Dans la zone 16, pour le crabe des neiges, les Autochtones possèdent 14 des 39 permis de groupe A. Les sept communautés innues opèrent maintenant un total de 21 bateaux. Les Innus ont investi également dans la transformation, notamment avec l’usine UMEK, qui transforme le crabe des neiges et d’autres espèces à Sept-Îles. Ils s’impliquent dans la commercialisation. Pêcherie Shipek opère la Poissonnerie Fortier. Le Conseil de bande d’Essipit, près des Escoumins, gère une poissonnerie et un restaurant dans la région touristique de la Haute-Côte-Nord réputés pour l’observation des baleines. On y retrouve des produits bruts et d’autres transformés à base de crabe des neiges, de homard, d’oursin… Les Innus interviennent à toutes les étapes de la mer à la table.

«L’objectif est de poursuivre le travail vers l’autonomie des Innus d’ici 2026. Il faut saisir toutes les opportunités pour faire travailler les gens des Premières Nations. Le crabe des neiges octroyé en 2016 aux bateaux innus est encore capturé en partie par des non autochtones», a expliqué Denis Gros-Louis du MPO. En plus des objectifs d’autonomie, l’approche du ministère fédéral propose une maximisation des équipements et des permis de pêche communautaire commerciale par des équipages 100% autochtones.

Le chef Jean-Charles Piétacho d’Ekuanitshit est venu témoigner de l’importance des pêches aujourd’hui dans sa communauté. Il se réjouit de voir la fierté des gens de son peuple qui ont intégré l’industrie des pêches.

«Mon peuple se souvient aussi d’avoir vécu des confrontations avant les jugements qui ont créé l’ouverture du gouvernement fédéral. Je me souviens d’interventions musclées d’agents du MPO au quai de Mingan. Les Innus de Mani-Utenam se rappellent des fusils de ceux qui ont tué un des leurs sur la rivière Moisie. Pour en arriver à un partenariat gagnant dans les pêches, il a fallu connaître l’histoire. Le mot revendication n’existe pas dans ma langue innue. Je ne veux rien quémander. Il faut se faire reconnaître. Lorsqu’un ministre envoie un chèque dans ma communauté, je sais que l’argent vient de nos ressources.»

ENCORE DU PAIN SUR LA PLANCHE

Depuis 10 ans, l’Agence AMIK (qui signifie «ensemble les pêcheurs autochtones» en langue innue) contribue à la formation de nombreux Innus qui travaillent dans l’industrie de la pêche. Lors du colloque d’Uashat, quelques Autochtones ont complété un cours de capitaine de première classe.

«Nous avons maintenant beaucoup d’équipages 100% autochtones. Il nous reste quelques bateaux qui naviguent avec un capitaine non autochtone. Nos équipages obtiennent des résultats avec la même efficacité que n’importe quel autre bateau. Ça fait plusieurs années que l’on ne transfère plus nos quotas à des capitaines-propriétaires non autochtones pour respecter les dates de la saison de pêche.   Aujourd’hui, les Innus sont fiers de dire qu’ils travaillent dans l’industrie de la pêche», décrit le porte-parole de l’AMIK, Serge Langelier.

Les retombées de l’entrée des Innus dans les pêcheries sont perceptibles sur le plan social. Elles sont palpables sur le plan économique. Des PME et des commerçants non autochtones de la Côte-Nord profitent du pouvoir de dépenser des compagnies et des travailleurs innus.

L’AMIK s’implique aussi dans la gestion des pêches commerciales, la conservation des ressources aquatiques, la recherche et le développement. L’AMIK continue d’intégrer de nouvelles espèces, dont celles liées au retour du poisson de fond. Elle a réalisé le projet de traçabilité avec la marque de commerce Keshken, qui certifie un produit capturé, transformé et commercialisé par des Autochtones. L’Assemblée des Premières Nations du Canada s’intéresse au projet pour en faire un exemple national.

L’AMIK planifie également de la recherche et du développement pour la transformation des espèces émergentes. De plus, elle s’investit dans des projets de protection de l’environnement, d’acquisition de connaissances et de sensibilisation de la population concernant les problématiques rencontrées dans le milieu marin. Elle gère des projets sur le saumon atlantique, la biodiversité et la conservation du homard.

ÉVÈNEMENT – pages 14-15 – Volume 29,6 – Décembre 2016 – Janvier 2017

300 X 250 Raymarine
300 X 250 Diesel-Bec
300 X 250 Techno Soude Marine
300 X 250 Desjardins
300 X 250 Chantier naval Forillon
300 X 250 Lelièvre, Lelièvre et Lemoignan
300 X 250 Wajax MTU
300 X 250 Hydraunav
300 X 250 Pétroles Poirier
300 X 250 Kohler Marine
300 X 250 Mirapakon
300 X 250 Mackay Marine
300 x 250 Trinav
300 X 250 Polymos
300 X 250 BAPAP
300 X 250 Marindustriel
300 X 250 Entreprises Léo Leblanc
300 X 250 Wajax Volvo Penta
300 X 250 ZF

À propos de l'auteur : 

Jean St-Pierre

Jean St-Pierre œuvre dans le domaine des communications depuis 1983, d’abord dans son Saguenay natal, puis à Havre-Saint-Pierre et à Sept-Îles. Il a travaillé comme animateur et journaliste, notamment au Nord-Est, à CILE-MF et Pur FM 94. Jean agit comme correspondant à Pêche Impact en Côte-Nord, depuis plusieurs années.

Nos partenaires

ÉPAQ
MAPAQ
AQIP
Comité sectoriel de main d'oeuvre des pêches maritimes

Abonnez-vous

Connexion des abonnés

Lost Password?

Réseaux sociaux

Nous Contacter

Journal Pêche Impact

167, Grande-Allée Est
Grande-Rivière (Québec) G0C 1V0

Téléphone : (418) 385-2126
Télécopieur : (418) 385-2888

Courriel : pecheimp@globetrotter.net