Commercialisation du homard : une bonne saison pour les produits vivants et pour les produits transformés

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Les acheteurs et transformateurs gaspésiens de homard vivent une autre excellente saison en 2017, tant pour le volume des prises réalisées le long des côtes de la péninsule que pour l’écoulement du crustacé sur les différents marchés. En outre, la moyenne des prix offerts aux pêcheurs atteignait un record, avec deux semaines de prises à faire, ce qui confirme l’atteinte d’un autre record de revenus pour les homardiers gaspésiens en 2017.

De plus, les acheteurs gaspésiens ayant acquis des volumes de homard dans les Maritimes voient également les volumes entrer en masse dans leurs usines de transformation.

En ce qui a trait aux prises réalisées en Gaspésie, les acheteurs sont unanimes : l’année 2017 battra le record de 2016, et peut-être de façon marquée, note Raymond Sheehan, de l’entreprise E. Gagnon et Fils, de Sainte-Thérèse-de-Gaspé, le plus important acheteur de homard de la péninsule.

«C’est certain qu’on se dirige vers une autre année record. Je n’ai pas les chiffres devant moi mais je dirais qu’on aura une augmentation de 35%, c’est certain. Pour les prises, ça commence à baisser, c’est la huitième semaine, mais ça reste fort pour le temps de l’année», aborde M. Sheehan.

Il attribue ces prises record à l’ensemble des mesures prises depuis 20 ans pour protéger les géniteurs, dont la réduction de   l’effort de pêche, «la protection des femelles et le réchauffement de l’eau, qui y est aussi pour beaucoup. Le taux de survie des petits homards a beaucoup augmenté».

Le prix a été fixé à 7,75 $ la livre lors des deux premières semaines de capture, à compter du 29 avril dans la plupart des sous-zones de la péninsule. Ce prix est resté élevé, à 7,13 $ et 7,06 $ respectivement, lors des troisième et quatrième semaines, avant de fléchir à 6,47 $ et à 6,31 $ pour les cinquième et sixième semaines. Le prix s’est établi à 6,44 $ et à 6,80 $ lors des septième et huitième semaines, pour une moyenne avoisinant 7 $ à un stade avancé dans la saison, la plus élevé des dernières décennies.

Ce prix élevé découle des bonnes conditions économiques en Amérique du Nord, du taux de change et de la diversification des marchés internationaux au fil des ans, ce qui soutient une forte demande.

«Je pense que le coût de la vie augmente et les gens s’ajustent. La Chine en achète, du homard, du vivant, du homard rond, pas mal tout en fait, du homard rond cru, du rond cuit. Si on mettait tous nos œufs dans le panier des Américains, ce serait risqué. La Corée (du Sud) commence à être reconnue comme un bon client», précise Raymond Sheehan.

À l’usine E. Gagnon et Fils, la saison de homard se divise en deux segments, environ cinq semaines où l’accent est mis sur les ventes de homard vivant et cinq semaines au cours desquelles le homard gaspésien est transformé.

«Le homard vivant a été envoyé à Québec et Montréal. Les gens de Montréal aiment bien travailler avec nous. Nous sommes proches et nous avons une bonne qualité. Ils peuvent appeler un matin et le camion est là le soir. Personne ne tient d’inventaires là-dedans (dans les chaînes d’alimentation et les poissonneries de la métropole). C’est pour ça qu’on est fort. Les usines en Gaspésie ont des bonnes infrastructures et on a un bon réseau de transport par camion. Nos compagnies sont beaucoup plus fortes qu’avant», explique Raymond Sheehan.

Son entreprise a peu vendu de homard vivant hors du Québec cette année. «Au début, on en a vendu aux États-Unis, mais pas en Ontario. Aux États-Unis, la pêche dans le Maine est assez forte alors on vend moins de ce côté-là», dit-il.

En 2017, E. Gagnon et Fils n’a pas acheté de homard des Maritimes à des fins de transformation. La direction de la firme a plutôt choisi de transformer le homard gaspésien et s’attendait à en traiter près de deux millions de livres.

«Premièrement, on a encore du crabe qui rentre. Comme il rentre un peu moins, on démarre la transformation de homard», précise Raymond Sheehan.

La transformation de homard alors que les volumes de crabe commencent à fléchir permet à l’entreprise de garder à son emploi ses 325 travailleurs dans l’usine, et d’assurer l’approvisionnement de clients recrutés depuis plus de 10 ans.

Le taux de change entre le dollar américain et le dollar canadien constitue l’autre grand facteur assurant que 2017 passera à l’histoire, assure Bill Sheehan, fils de Raymond.

«Le taux de change était de 1,35 $ (dollar canadien pour un dollar américain)   au début de la saison, pour grimper à 1,375 $. Il est venu près de 1,38 $ pour une très courte période, quelques heures. Puis, c’est tombé rapidement à 1,31 $ (…) Ça remonte (depuis le 15 juin) et c’est rendu à 1,33 $. On pourrait atteindre 1,35 $. C’est très bon», analyse Bill Sheehan.

Le homard transformé prend diverses formes et il est essentiellement vendu dans les «HRI», des grossistes alimentant les hôtels, les restaurants et les institutions.

«Le marché prend tout mais on ne fait pas nécessairement affaire avec les mêmes clients, d’une année à l’autre. On vend surtout aux États-Unis, à 80%», note Raymond Sheehan.

Un autre acheteur de homard, Réal Nicolas, président de Poisson Salé Gaspésien, notait au milieu de la huitième semaine de capture que «c’est fort encore, moins fort qu’au début, mais c’est encore bon pour le temps de l’année. En général, c’est une bonne saison mais le climat n’est pas facile».

Le prix élevé du homard depuis le début de la saison ne fait pas fuir les clients. «Ça a été bon. La demande était là. Nous sommes plusieurs à vendre sur les mêmes marchés et le prix reste bon. Le taux de change joue un rôle».

Le homard vivant de Poisson Salé Gaspésien a surtout été acheminé au Québec, par le biais d’Arrivages Gaspé, un réseau de producteurs travaillant ensemble pour développer le marché québécois. «Nous avons aussi vendu aux États-Unis», dit M. Nicolas.

Sa compagnie a transformé une petite partie des 500 000 livres de homard gaspésien mais elle achète aussi des quantités massives de homard au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse.

«Depuis deux ans, on peut transformer le homard gaspésien. On achète aussi environ trois millions et demi de livres dans les Maritimes. Pour le homard transformé, le marché commence à être plus dur (à la fin de juin). Pour les queues de homard, le marché est là mais pour la chair, c’est moins bon. C’est ce qu’on voit année après année. On ne vend pas juste aux États-Unis, on vend au Québec et une partie en Europe. Notre usine a une accréditation BRC (British Retail Consortium). C’est un processus amorcé il y a quatre ans. Ça nous ouvre des portes», explique Réal Nicolas.

Ces portes se multiplient. «On vend du homard congelé rond en Espagne depuis trois ans. On vend en Corée du Sud, une «vanne» (une pleine remorque de camion) et une en France, grâce à l’accréditation BRC», ajoute-t-il.

La facilité d’approvisionnement au Nouveau-Brunswick contribue à l’élargissement des marchés. «Les prises sont comparables au Nouveau-Brunswick cette année. Je parlais avec des pêcheurs. S’il y a quelque chose, c’est un peu mieux que l’an passé», dit M. Nicolas, qui voit l’avenir avec optimisme en raison du réchauffement de l’eau, «favorable pour l’avenir du homard».

Réal Nicolas a été à l’origine d’une nouvelle façon de déterminer le prix aux pêcheurs en 2017 en affirmant plusieurs semaines avant l’amorce de la saison que ce prix serait basé sur les transactions réalisées au cours de la semaine précédente. Le prix est donc ajusté hebdomadairement.

«Il n’y a plus de monde qui vient s’asseoir dans mon bureau», dit-il sur un ton léger, en faisant référence aux fréquentes visites de pêcheurs mécontents des prix versés au cours des années antérieures, alors que ce prix était déterminé un peu plus arbitrairement.

L’ancienne méthode de détermination du prix laissait beaucoup de place à des fluctuations exagérées, souligne-t-il. «Quand le produit baissait, c’était la panique. (Maintenant), on essaie de suivre le marché. On n’a aucun contrôle sur le prix d’achat. Mais ce qui se passe présentement est bon pour les pêcheurs et bon pour les usines. Les gens sont prudents. Les gens veulent vendre au bon prix», note M. Nicolas.

Le 22 juin, avec deux semaines et demie à faire dans la saison de homard en Gaspésie, il voyait le prix repartir en hausse. Il a vu des révisions de prix plus lentes que d’habitude, en 2017.

«Je suis sûr (d’une hausse de prix). La pêche est moins forte et la fête de l’Indépendance américaine s’en vient (le 4 juillet), ce qui augmente la demande. On sera encore à la pêche à ce moment. D’habitude, une fois la fête des Mères passée, le prix baisse. Cette année, il a baissé un peu plus tard. C’est pourquoi on a battu (les records de) l’année passée», dit-il.

Poisson Salé Gaspésien continuera d’acheter du homard des Maritimes à l’automne, après la saison de transformation de hareng. «C’est pour compléter la saison de nos travailleurs mais c’est surtout pour fournir les clients», assure-t-il.

Du côté de Roch Lelièvre, président de la firme Lelièvre, Lelièvre et Lemoignan, de Sainte-Thérèse-de-Gaspé, les captures de homard le long des côtes gaspésiennes ont été très bonnes.

«Ça a baissé un peu mais c’est encore bon pour la période. Ça va être un record, et un gros record, de 35 à 40% de hausse par rapport à 2016», affirme-t-il sans hésiter.

Il achète les prises de 15 pêcheurs gaspésiens et s’attend à recevoir d’eux un volume minimal de 450 000 livres d’eux. «On transforme un peu de homard gaspésien mais, c’est surtout vendu vivant ou cuit frais sur le marché québécois. Le marché du Québec a été très bon, même si les prix étaient élevés, et on est allé vendre un peu aux États-Unis», dit M. Lelièvre.

C’est le homard importé du Nouveau-Brunswick qui fournit la chaîne de produits transformés de Lelièvre, Lelièvre et Lemoignan. La firme acquiert les prises de 28 pêcheurs qui devraient lui livrer 1,5 million de livres de homard.

«Pour nous, le marché de la queue de homard est plus en demande que le marché de la chair, qui est plus difficile. L’année passée, c’était l’inverse. On vend beaucoup sur le marché américain et on en envoie beaucoup pour l’Europe et l’Asie aussi. Les queues et la chair vont aux États-Unis. Le homard congelé entier cuit et cru va en Europe et en Asie mais on commence à vendre des queues et de la chair aussi là-bas», explique Roch Lelièvre.

«Le taux de change nous donne une chance par rapport au prix. Notre prix est beaucoup plus compétitif, ajoute-t-il.

Lelièvre, Lelièvre et Lemoignan, où travaillent de 180 à 190 personnes, transformera de nouveau du homard après la saison de hareng. «Nous reprendrons un peu à l’automne, oui, mais pas des gros volumes. Nous le ferons pour la main-d’œuvre et pour garder nos marchés», conclut-il.

À l’usine d’Unipêche MDM de Paspébiac, le directeur général Gino Lebrasseur spécifie que l’entreprise se limite à l’achat de homard gaspésien de la fin d’avril au début de juillet, en raison des importants volumes de crabe à transformer pendant la période correspondante.

«En acheter à l’automne, du homard du Nouveau-Brunswick, c’est dans nos objectifs, pour faire quelques semaines afin de qualifier nos travailleurs (à l’assurance-emploi) et maintenir nos clients, les respecter», dit M. Lebrasseur.

TRANSFORMATION – pages 6-7 – Volume 30,3 – Juin-Juillet-Aout 2017

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À propos de l'auteur : 

Gilles Gagné

Gilles Gagné, né à Matane, le 26 mars 1960. J'ai fait mes études universitaires à Ottawa où j'ai obtenu un baccalauréat avec spécialisation en économie et concentration en politique. À l'occasion d'une offre d'emploi d'été en 1983, j'ai travaillé pour Pêches et Océans Canada comme observateur sur deux bateaux basés à Newport, deux morutiers de 65 pieds. Le programme visait l'amélioration des conditions d'entreposage des produits marins dans les cales des bateaux et de leur traitement à l'usine. Cet emploi m'a ouvert des horizons qui me servent encore tous les jours aujourd'hui. En 1989, après avoir travaillé en tourisme et dans l'édition maritime à Québec, je suis revenu vivre en région côtière et rurale, d'abord comme journaliste à l'Acadie nouvelle à Campbellton. C'est à cet endroit que j'ai rédigé mes premiers textes pour Pêche Impact, à l'été 1992. Je connaissais déjà ce journal que je lisais depuis sa fondation. En octobre 1993, j'ai déménagé à Carleton, pour travailler à temps presque complet comme pigiste pour le Soleil. J'ai, du même coup, intensifié mes participations à Pêche Impact. Je travaille également en anglais, depuis près de 15 ans, pour l'hebdomadaire anglophone The Gaspé SPEC et je rédige l'éditorial du journal Graffici depuis 2007.

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