Consortium Gaspé Cured : un bel exemple de partenariat durable

Actualités, Commercialisation, Nouvelles, Pêche
0

À l’heure où ils parlent de partenariat, les industriels de la pêche se sont fait servir un exemple qui dure depuis trente ans lors de leur dernier congrès annuel. Le consortium Gaspé Cured commercialise la traditionnelle morue salée-séchée, et bien d’autres espèces maintenant, aux quatre coins du monde. Si vendre en groupe comporte de nombreux avantages, le consortium a aussi connu des écueils au fil des ans.

Gaspé Cured a été fondée en 1983. «À ce moment, c’était une réaction au comportement des acheteurs», explique Paul Dupont, un ancien directeur de Gaspé Cured qui a donné une conférence sur le sujet le 27 janvier, au congrès de l’AQIP, à Québec. À cette époque, «il y avait une douzaine de producteurs de morue salée-séchée en Gaspésie, indique monsieur Dupont. Ils faisaient face à un nombre assez restreint de clients en Europe et en Italie, cinq à sept clients qui se parlaient entre eux. Ils choisissaient quelques producteurs en situation plus précaire, les plus faibles, et négociaient les prix avec eux. Ils finissaient par établir un prix que ces acheteurs voulaient imposer aux autres.»

Les besoins en morue des clients étaient faibles au printemps, au moment où la pêche battait son plein. Tous les producteurs n’avaient pas les reins assez solides pour patienter avant d’écouler leur morue salée-séchée.

Les producteurs ont entamé des discussions pour «consolider l’offre», dit monsieur Dupont. Ils se sont dit : «Nous sommes déjà concurrents sur les quais, nos acheteurs nous jouent les uns contre les autres. Alors unifions notre offre, faisons en sorte qu’il n’y ait qu’un canal pour acheter de la morue salée-séchée», raconte l’ancien dirigeant.

Les producteurs de Gaspé Cured détenaient un produit typique de la Gaspésie, «un produit légèrement salé, qui vieillit un peu comme un fromage, un équilibre délicat entre trop de sel ou pas assez», rappelle monsieur Dupont.

Le consortium Gaspé Cured a pu se constituer sans contrevenir aux lois de la concurrence à cause de sa portée internationale, explique monsieur Dupont. «C’était acceptable parce que le consortium visait seulement les marchés d’exportation. Si ç’avait été pour unifier l’offre sur le marché canadien, ça n’aurait pas été acceptable.»

Les débuts du consortium n’ont pas été faciles, poursuit monsieur Dupont. «Le consortium s’est effrité assez rapidement. Une difficulté était de définir comment seraient répartis les volumes vendus entre les différents producteurs. En fonction des volumes antérieurs? Des liens privilégiés des propriétaires avec les différents acheteurs? La principale difficulté a aussi été que le volume d’approvisionnement en morue a diminué. Des entreprises ont déserté le consortium. Il s’est trouvé en difficulté parce qu’il a recommencé à y avoir différentes sortes de morues.»

À la fin des années 1980 et au début des années 1990, devant le déclin des stocks de morue, il a été convenu que «la chose à faire, c’était de désintéresser quelques usines et de concentrer les volumes restants auprès de quelques usines. À cette époque, il en restait dix, quatre se sont retirées. C’est dans ce contexte que j’ai pris les rênes.»

Monsieur Dupont a été directeur général de Gaspé Cured de mai 1991 à mai 1993. «Les deux années où j’ai été là, le volume de morue diminuait. On était six membres. Le fait de réduire le nombre d’usines a facilité les choses au plan de la cohésion du groupe et les volumes étaient répartis entre moins d’usines.»

«Dès 1992, on a fait un essai en achetant de la morue congelée du Pacifique, rappelle monsieur Dupont. Elle était pêchée en Alaska, passait par Seattle, puis prenait le train. On a déterminé qu’on pouvait travailler avec cette morue. Quand il y a eu le moratoire de 1993, on avait déjà logé des commandes de morue congelée.»

De consortium de vente, Gaspé Cured est devenu aussi un groupe d’achat. «On a regroupé l’achat de la matière première. Le consortium avait plus de pouvoir sur les prix que chaque entreprise individuelle. Ç’a fait baisser les frais de transport», indique monsieur Dupont.

DIVERSIFICATION

Depuis, les usines de Gaspé Cured se sont diversifiées en se tournant vers la transformation du hareng, du homard et la vente de filets frais et congelés. «Les membres auraient pu se diversifier comme ils le voulaient, sans tenir compte du consortium. Mais au plan du marché, ils se sont servis du consortium pour vendre du hareng, du homard. Et ils ont été nettement plus forts à cause de ça», dit monsieur Dupont.

Aujourd’hui, Gaspé Cured est un consortium comportant quatre usines possédées par trois actionnaires à parts égales. Les usines sont Lelièvre, Lelièvre et Lemoignan de Sainte-Thérèse-de-Gaspé, Poisson Salé Gaspésien de Grande-Rivière, Les Pêcheries gaspésiennes de Rivière-au-Renard et Les Fumoirs Gaspé Cured de Cap d’Espoir. Les Fumoirs sont la propriété de Roch Lelièvre et Réal Nicolas, actionnaires des usines de Sainte-Thérèse et de Grande-Rivière.

Pour l’année financière 2015-2016, le volume de ventes transigé par Gaspé Cured atteindra autour de 27 millions $, indique la directrice générale actuelle du consortium, Rachel Tardif. Le chiffre d’affaires total des quatre usines avoisine les 65 M$. Une partie de leur production, majoritairement du homard, est donc transigée directement par les usines, note madame Tardif.

p08-2

La morue salée-séchée Gaspé Cured, à la base du consortium du même nom, compte aujourd’hui pour 12% des ventes du groupe, derrière le homard et le poisson de fond frais ou congelé.

La morue salée-séchée compte maintenant pour 12% des ventes. C’est le homard qui occupe le haut du pavé avec 60% des ventes. Suivent le poisson de fond frais ou congelé,15%, et le hareng fumé, 10%.

Les bénéfices tirés de l’union en consortium sont toujours présents, estime madame Tardif. «Une grande force est d’avoir plus de volume de vente disponible. On peut sauver des frais pour l’expédition et sauver d’autres couts parce qu’il y a une seule équipe de vente plutôt que plusieurs équipes indépendantes.»

En 2015-2016, 70% des ventes se sont faites aux États-Unis, 20% en Chine, 13% à Porto Rico, 12% en Italie et 10% en Espagne. Les autres destinations incluent les Caraïbes, la France, Honk Kong, la Jamaïque, la République dominicaine et Taïwan.

La part des États-Unis n’a pas toujours été aussi forte, note madame Tardif. Il y a dix ans, Gaspé Cured vendait davantage en Italie qu’aux États-Unis. Et c’est vers le Vieux Continent que Gaspé Cured regarde pour diversifier à nouveau ses expéditions.

«Nous travaillons beaucoup sur l’Europe. Nous avons réussi à augmenter nos ventes en Italie et en France, cette année. On a maintenant un collaborateur basé à Madrid, en Espagne, qui nous aide en Europe. On se prépare pour l’entente de libre-échange Canada-Union européenne. On pense que ça va nous laisser beaucoup de possibilités, surtout avec le homard qui va tomber à 0% de droits de douane, comparé à 12% ou 13% actuellement pour   les produits congelés», déclare madame Tardif.

MISE EN MARCHÉ – page 8 – Volume 29,1 – Février – Mars 2016

300 X 250 ZF
300 X 250 Kohler Marine
300 X 250 Lelièvre, Lelièvre et Lemoignan
300 X 250 Hydraunav
300 X 250 Mackay Marine
300 X 250 Wajax Volvo Penta
300 X 250 Marindustriel
300 X 250 Mirapakon
300 x 250 Trinav
300 X 250 Diesel-Bec
300 X 250 BAPAP
300 X 250 Raymarine
300 X 250 Chantier naval Forillon
300 X 250 Wajax MTU
300 X 250 Entreprises Léo Leblanc
300 X 250 Pétroles Poirier
300 X 250 Desjardins
300 X 250 Polymos
300 X 250 Techno Soude Marine

À propos de l'auteur : 

Geneviève Gélinas

Geneviève Gélinas travaille comme journaliste pour Graffici et à la pige principalement pour Le Soleil et The Spec. Elle se fait un plaisir de plonger dans le monde des pêches et de l’aquaculture plusieurs fois par année pour le compte de Pêche Impact. Elle s’est fixée à Gaspé pour de bon en 2002, après des études à l’Université de Montréal où elle a complété un certificat en journalisme et un baccalauréat en musique. Née et élevée à Yamachiche en Mauricie, rien ne la destinait à faire sa vie en Gaspésie, sinon des racines à Mont-Louis côté maternel. Elle a débarqué ses bagages à Gaspé, en 2002, et ne les a plus refaits depuis, sinon pour voyager avec son conjoint et leurs deux jeunes Gaspésiens, de souche ceux-là!

Nos partenaires

ÉPAQ
MAPAQ
AQIP
Comité sectoriel de main d'oeuvre des pêches maritimes

Abonnez-vous

Connexion des abonnés

Lost Password?

Réseaux sociaux

Nous Contacter

Journal Pêche Impact

167, Grande-Allée Est
Grande-Rivière (Québec) G0C 1V0

Téléphone : (418) 385-2126
Télécopieur : (418) 385-2888

Courriel : pecheimp@globetrotter.net