Crevette du golfe : diminution projetée de 35 % du contingent global

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Les captures de crevette autorisées dans le golfe pourraient chuter de 35 %, en 2018, si les règles de décision en vigueur depuis six ans sont mises en pratique. Les stocks ont subi une forte baisse dans les zones Estuaire et Sept-Îles. Au banc des accusés: le réchauffement des eaux profondes et la prédation par le sébaste. Les pêcheurs demandent le statuquo sur leurs quotas, alors que le sébaste, sous moratoire depuis 1995, aurait gobé plus de 160 000 tonnes de crevettes en 2017. Les pêcheurs et les relevés scientifiques indiquent la même tendance. Les taux de capture ont chuté en 2017 dans les quatre zones pour atteindre le niveau du début des années 2000. La biomasse est en baisse et se rapproche des faibles valeurs du début des années 1990. Selon les lignes directrices établies par l’approche de précaution, il devrait y avoir une baisse des prélèvements de 74 % dans la zone Estuaire et de 60 % dans celle de Sept-Îles. Ces deux stocks se retrouvent dans la zone de prudence pour une première fois depuis que l’approche de précaution a été instaurée, en 2012. Conséquence : il n’est plus question de limiter à 15 % la diminution des captures. Il faudrait plutôt diminuer ces totaux de 74 % et 60 %, si les règles de décision établies sont appliquées. Dans les zones Anticosti et Esquiman, la chute est moins draconienne. Les indicateurs pointent vers des baisses respectives de 29 % et 21 %. Comme les stocks demeurent dans les limites de la zone saine, la diminution des captures serait plafonnée à 15 %. Les totaux de captures autorisés (TAC) en 2017 étaient de 26 732 tonnes. Si les gestionnaires des pêches appliquent les règles de décision de l’approche de précaution, ce TAC baisserait à 17 338 tonnes, soit une chute de 35 %. Cela signifie qu’un quota type de crevette, qui se chiffrait entre 650 000 et 700 000 livres en 2017, se situerait plutôt autour de 450 000 livres en 2018. La crevette du golfe «a toujours eu des populations en augmentation depuis le début de l’exploitation, au début des années 1990», rappelle Hugo Bourdages, biologiste en sciences halieutiques au ministère fédéral des Pêches et Océans (MPO). «Depuis 2010, tous les indices diminuent, poursuit-il. La superficie avec une bonne concentration de crevettes diminue. Certains fonds qui étaient pêchés vers 2010 ne sont plus pêchés, comme la pointe nord-est de la Gaspé ou le sud-est d’Anticosti, où les concentrations sont trop faibles. Les pêcheurs se concentrent sur les noyaux d’origine.» «La tendance est qu’à court terme, dans les trois ou quatre prochaines années, ça va continuer à diminuer», prévient M. Bourdages. Les juvéniles ont été peu abondants dans toutes les zones, en 2016 et en 2017. LES CAUSES Les eaux profondes du golfe du Saint-Laurent, de 150 à 300 mètres de profondeur, ont augmenté       d’1° Celsius dans les dernières années. «Pour une espèce comme la crevette, c’est beaucoup. C’est une espèce d’eau froide, qui est à la limite sud des températures qu’elle aime, et donc qui est vulnérable au réchauffement. Le taux de survie des larves au printemps est affecté, la croissance est moins bonne. On ne dit pas que la crevette va disparaître, mais que son aire de distribution dans le golfe va diminuer», explique M. Bourdages. Autre facteur, le sébaste mange beaucoup de crevettes. Les biologistes évaluent à 162 690 tonnes la quantité de crevettes nordiques consommée par ce poisson en 2017. «La diète du sébaste varie selon sa taille. Petits, ils mangent du zooplancton. Quand ils grandissent, les crevettes commencent à devenir importantes [dans leur alimentation]. Quand les sébastes deviennent adultes, ils se dirigent plus vers les poissons», indique le biologiste. Les abondantes cohortes de sébastes nées de 2011 à 2013 mesurent maintenant en moyenne 20 centimètres et commencent à se nourrir de crevettes. «Pour les prochaines années, la crevette va devenir plus importante dans leur diète», prévoit M. Bourdages. Au moment d’écrire ces lignes, le MPO ne savait pas si la pêche au sébaste serait rouverte en 2018. L’évaluation des stocks de cette espèce était prévue à la mi-mars. En parallèle, un groupe de travail formé de pêcheurs, d’industriels, de gestionnaires de la pêche et de scientifiques œuvrait à déterminer comment le sébaste pourrait être pêché dans les prochaines années. L’abondance actuelle du sébaste est une première depuis que les scientifiques suivent la population. La taille minimale de capture est de 22 cm et la taille de reproduction, de 25 cm. Le poisson grandit de 1 à 2 cm par année et peut vivre jusqu’à 50 ans. Hugo Bourdages invite à la prudence dans la gestion des stocks de crevette : «Quand on voit de tels changements, il faudrait être plus prudents que la normale. Il faut garder de la crevette dans l’écosystème. On pourrait avoir de bonnes conditions de printemps pour la survie des larves, mais il faut en produire, des larves.» STATUQUO Les crevettiers s’attendaient à une diminution des stocks, indique Vincent Dupuis, président de la Coopérative des capitaines-propriétaires de la Gaspésie. «Mais on ne s’attendait pas à une si grosse baisse dans Estuaire et Sept-Îles», ajoute-t-il. «Une baisse comme celle-là a beaucoup d’impact. Ça affecte directement la rentabilité. Il faut trouver des solutions. Il y a le défi économique pour nos entreprises, nos villages», déclare M. Dupuis. Les pêcheurs demandent le statuquo en 2018, c’est-à-dire le même TAC qu’en 2017 et donc une suspension des règles de l’approche de précaution. «Quand on a choisi ce modèle, il n’y avait pas autant de prédation sur la crevette. Le sébaste mange six fois ce qu’on pêche! Si on arrêtait la pêche actuellement, la population de crevette continuerait à descendre», justifie M. Dupuis. Au moment de l’entrevue, à la mi-février, les pêcheurs de crevette du golfe attendaient une rencontre avec le ministre des Pêches et des Océans, Dominic LeBlanc, qui a le dernier mot sur les plans de pêche. Les TAC de 2017 n’ont pas été capturés; 4300 tonnes sont restées à l’eau, fait remarquer Pêche Impact à Vincent Dupuis. «Parce que l’an dernier, on a commencé avec deux mois de retard [l’entente entre pêcheurs et transformateurs sur le prix n’a été conclue que le 16 mai]. Les quotas de pêche au crabe ont doublé. Les gens avec deux permis sont arrivés encore plus en retard pour la saison de crevette. Les mois d’avril et de mai sont nos meilleurs.» M. Dupuis ne craint pas de compromettre la population de crevette avec un statuquo sur les TAC. «On a un bon suivi avec l’approche de précaution […]. Pour protéger la ressource, il faut se dépêcher à pêcher le sébaste. Il y a des populations comme on n’en a jamais vu.» Les crevettiers pressent Ottawa de lever le moratoire sur la pêche au sébaste. «Il faudrait ouvrir une pêche en 2018, si minime soit-elle. Il faut préparer nos bateaux et que les transformateurs préparent leurs équipements» dit M. Dupuis. COHABITATION Les crabiers de la zone 17 et les crevettiers qui pêchent dans Estuaire se sont entendus pour partager le territoire en début de saison. Les crevettiers éviteront les secteurs de moins de 75 brasses de profondeur jusqu’à ce que la pêche au crabe se termine. Quant aux crabiers, ils n’installeront pas de casiers à des profondeurs de plus de 75 brasses. À partir de 2011, l’effort de pêche des crevettiers s’est déplacé de l’est à l’ouest de la péninsule de Manicouagan, d’où une superposition des territoires de pêche des crabiers et des crevettiers. Le chalut à crevettes n’a pas d’impact, ou un effet négligeable, sur la biomasse de crabe des neiges, indique Pêches et Océans. JOURNAL DE BORD ÉLECTRONIQUE Les crevettiers seront invités à utiliser un journal de bord électronique en 2018 pour fournir des données sur leurs prises et leur effort de pêche. À partir de 2019, l’utilisation de ce journal deviendra obligatoire. GASPÉ-NORD – page 2 – Volume 31,1 – Février-Mars 2018  

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À propos de l'auteur : 

Geneviève Gélinas

Geneviève Gélinas travaille comme journaliste pour Graffici et à la pige principalement pour Le Soleil et The Spec. Elle se fait un plaisir de plonger dans le monde des pêches et de l’aquaculture plusieurs fois par année pour le compte de Pêche Impact. Elle s’est fixée à Gaspé pour de bon en 2002, après des études à l’Université de Montréal où elle a complété un certificat en journalisme et un baccalauréat en musique. Née et élevée à Yamachiche en Mauricie, rien ne la destinait à faire sa vie en Gaspésie, sinon des racines à Mont-Louis côté maternel. Elle a débarqué ses bagages à Gaspé, en 2002, et ne les a plus refaits depuis, sinon pour voyager avec son conjoint et leurs deux jeunes Gaspésiens, de souche ceux-là!

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