Diagnostic sur la main-d’œuvre des pêches et de l’aquaculture : le recrutement de travailleurs, un enjeu critique

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Les problèmes de recrutement de travailleurs deviennent critiques dans le secteur des pêches et de l’aquaculture, et surtout en transformation des produits marins. Selon le dernier diagnostic commandé par le Comité sectoriel de main-d’œuvre des pêches maritimes (CSMOPM), il faut redoubler d’effort pour promouvoir cette industrie et ses formations. Les employeurs devront aussi mieux planifier la relève, et instaurer des échelles salariales et des avantages sociaux s’ils veulent attirer des travailleurs. Selon le précédent diagnostic de la main-d’œuvre, présenté en 2014, l’industrie des pêches et de l’aquaculture aurait eu besoin de 1 700 nouveaux employés dans les trois années suivantes. Le dernier diagnostic, complété en mars 2018, ne calcule pas cette donnée. Mais Marjorie Chrétien, directrice générale du Comité sectoriel, est sûre que ce chiffre est beaucoup plus élevé aujourd’hui. «La rareté de la main-d’œuvre s’accentue. [En 2014], ce n’était pas aussi criant», dit-elle. En transformation, «certaines entreprises interrogées affirment que le problème est tel qu’elles embauchent la totalité de la main-d’œuvre intéressée par un emploi», indique le rapport du groupe Agéco. Un employeur a affirmé que «notre seul critère d’embauche est l’absence de dossier judiciaire, car nous exportons aux États-Unis!» Les travailleurs vieillissent. En pêche et en transformation, 36 % des employés ont plus de 55 ans. Les jeunes de  15 à 24 ans représentent seulement 9 % ou 10 % des employés. Quant aux moins de 35 ans, ils sont moins du quart des travailleurs de l’aquaculture, de la pêche et de la transformation. «Ça veut dire que d’ici deux ou trois ans, combien vont quitter? Si tu ne planifies pas de bonne heure, tu es fait. Les travailleurs étrangers temporaires, c’est huit à neuf mois de démarches», commente madame Chrétien. Selon le rapport, 10 % des entreprises embauchent des travailleurs étrangers temporaires. Madame Chrétien estime que cette proportion est appelée à augmenter. Au moins quatre usines en Gaspésie et aux Îles y ont déjà recours, et plusieurs autres font des démarches pour recruter ce type de travailleurs. En capture, la moitié des employeurs ont du mal à recruter des capitaines, et les deux tiers ont des difficultés à trouver des aides-pêcheurs, indique le rapport. En transformation, une grande majorité d’entreprises ont du mal à recruter des manoeuvres (94 %), des directeurs de production (88 %), des contrôleurs de qualité   (86 %) et des commis (72 %). CONDITIONS DE TRAVAIL Marjorie Chrétien voit une nouveauté dans ce rapport : «Les conditions de travail, c’est la première fois que je le vois écrit tel quel». Même si la grande majorité des travailleurs se considèrent satisfaits des conditions de travail qui leur sont offertes, il existe une certaine insatisfaction dans les secteurs de la transformation et de la pisciculture (respectivement 16 % et 13 %). «Elle touche principalement les avantages sociaux et les primes/bonus offerts, les salaires, le nombre de congés offerts ainsi que les possibilités d’avancement», indique le rapport. L’absence d’avantages sociaux dérange des travailleurs qui ont participé à des groupes de discussion : «On a beau avoir fait une carrière de 45-50 ans, en sortant de là, on n’a rien», a commenté l’un d’eux. Parmi les travailleurs interrogés, 40 % gagnent moins de 14 $ l’heure. De cette proportion, 10 % sont au salaire minimum. Ces salaires nuisent au recrutement, estiment des travailleurs qui ont participé aux groupes de discussion. «Il n’y en a pas de relève, les jeunes ne veulent pas travailler au salaire minimum et, à 25 cents de plus, ça ne les convainc pas parce que le travail est difficile : horaire, salaire, rien n’est attirant.» «On parle d’échelle salariale, tant du côté des travailleurs que des employeurs, remarque Marjorie Chrétien. Il faut que quelqu’un qui travaille depuis 20 ans gagne plus qu’un nouveau. Il faudra tenir compte de l’ancienneté, mettre sur pied des programmes de reconnaissance. Des régimes de pension, des avantages sociaux, ce serait un plus. La conciliation travail-famille, aussi. Dans le crabe, quand ils commencent, ils peuvent faire jusqu’à 90 heures par semaine», dit-elle. Les entreprises sont sensibles à la question des conditions de travail, observe madame Chrétien. «Certaines entreprises disent que si elles mettent en place ces programmes, elles ne survivront pas. Mais si elles veulent garder leurs employés, elles devront travailler là-dessus.» L’incertitude ou la peur de ne pas se qualifier à l’assurance-emploi nuit aussi au recrutement, ajoute madame Chrétien. «Tout est tributaire de l’accès et de l’approvisionnement en matière première, ce qui rend peut-être le secteur moins attractif.» Pour arriver à ces constats, le groupe Agéco a mené des entrevues en profondeur avec dix propriétaires d’entreprises ou gestionnaires de ressources humaines et dix intervenants sectoriels ou gouvernementaux. Un total de 150 employeurs a rempli des questionnaires, tout comme 86 travailleurs des domaines de la transformation, de la mariculture et de la pisciculture. Des employés, au nombre de 28, ont participé à des groupes de discussion en Gaspésie, aux Îles-de-la-Madeleine et sur la Côte-Nord. RECOMMANDATIONS Le rapport recommande au comité sectoriel de continuer à promouvoir les pêches et l’aquaculture, et à valoriser les emplois qui y sont liés. «Ça fait des années qu’on travaille là-dessus mais ça prend des moyens. Il faudra peut-être une campagne nationale, se diriger vers les villes», dit Marjorie Chrétien. Le comité sectoriel devra continuer à valoriser la formation initiale et la formation continue, ajoute le rapport. Le document recommande de poursuivre la diffusion des bonnes pratiques, afin d’améliorer les conditions de travail. Le secteur des pêches et de l’aquaculture fait travailler 7 000 personnes au Québec. MAIN-D’ŒUVRE – page 15 – Volume 31,3 – Juin-Juillet-Aout 2018

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À propos de l'auteur : 

Geneviève Gélinas

Geneviève Gélinas travaille comme journaliste pour Graffici et à la pige principalement pour Le Soleil et The Spec. Elle se fait un plaisir de plonger dans le monde des pêches et de l’aquaculture plusieurs fois par année pour le compte de Pêche Impact. Elle s’est fixée à Gaspé pour de bon en 2002, après des études à l’Université de Montréal où elle a complété un certificat en journalisme et un baccalauréat en musique. Née et élevée à Yamachiche en Mauricie, rien ne la destinait à faire sa vie en Gaspésie, sinon des racines à Mont-Louis côté maternel. Elle a débarqué ses bagages à Gaspé, en 2002, et ne les a plus refaits depuis, sinon pour voyager avec son conjoint et leurs deux jeunes Gaspésiens, de souche ceux-là!

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