Homard gaspésien : les captures et la valeur des débarquements en forte hausse

Actualités, Nouvelles, Pêche
0

Les prises de homard en Gaspésie fracassent de nouveaux records avec 2476 tonnes capturées en 2017, soit 28,5 % de plus qu’en 2016, qui était déjà une année record. Le prix moyen s’est établi à 6,98 $ la livre, le meilleur depuis 2007, ce qui permet également aux homardiers d’afficher des valeurs record au débarquement, selon les données préliminaires compilées par Pêches et Océans Canada. Il s’est pêché pour 38,1 millions de dollars de homard en Gaspésie en 2017. La hausse est encore plus marquée que pour les prises : c’est 38,7 % de plus que la valeur de 2016, qui s’établissait à 27,5 millions.

La hausse est constante ces dernières années. En comparaison avec l’année 2013, les prises totales des Gaspésiens ont été multipliées par deux, tandis que la valeur au débarquement est trois fois plus élevée.

Les 154 homardiers gaspésiens, six de moins qu’il y a quatre ans, ont obtenu des revenus bruts de 247 491 $ en moyenne en 2017, comparativement à 75 119 $ en 2013.

Les pêcheurs gaspésiens sont très satisfaits de leurs prises. Alexandra Labbé a connu une saison record près de Cannes-de-Roches, au nord de Percé. «Quand mon père a acheté son permis en 1995, il se pêchait 11 000 à 15 000 livres par saison dans mon secteur. Ces années-ci, c’est 30 000 à 40 000 livres», dit-elle. Dans sa sous-zone, la 20A3, la moyenne est de près de 33 000 livres par pêcheur en 2017.

Au large du côté nord du parc Forillon, Serge Cloutier estime avoir pêché 20 % plus de homard que l’an dernier, qui était déjà une année record pour lui. Ses prises ont dépassé les 80 000 livres en 2017. «Ça va toujours en s’améliorant. Ça fait 36 ans que je pêche. C’est ma meilleure année à vie», dit monsieur Cloutier.

Il n’est pas seul à avoir bien fait; les quatre pêcheurs de sa sous-zone, la 19C, ont une moyenne de 68 000 livres. «Ça fait rouler l’économie. On s’équipe un peu plus, on change nos casiers», remarque monsieur Cloutier.

Ces résultats ont été obtenus malgré une météo parfois difficile. «La deuxième semaine a été pourrie. On a perdu quatre ou cinq jours en ligne. C’était du vent d’est; on est direct dedans.»

Pour les prochaines années, «ça s’enligne bien, observe monsieur Cloutier. Dans les derniers jours, on prenait plus que ce qu’on prenait au début. J’avais 500 à 600 livres par jour au début, et 800 livres à la fin.» Les femelles œuvées sont abondantes, ajoute le pêcheur, qui a sorti ses casiers de l’eau le 8 juillet.

Les résultats de la zone de monsieur Cloutier ne sont pas les plus forts. Dans la zone 21A, entre Bonaventure et New Richmond, les quatre homardiers ont capturé en moyenne 81 500 livres par pêcheur, pour des revenus bruts de près de 578 000 $ par bateau.

Même si la valeur des prises par pêcheur est plus modeste dans certaines zones, elle ne descend nulle part sous les 100 000 $. À titre d’exemple, la zone 20A2, qui rassemble 20 pêcheurs entre Gaspé et Barachois, a fourni 38 800 livres par permis. Les pêcheurs de la sous-zone 20B1, de Newport vers Gascons, ont ramené en moyenne 22 000 livres de homard à quai.

ENVIRONNEMENT FAVORABLE

Les eaux gaspésiennes offrent un environnement de plus en plus favorable au homard, explique le biologiste de Pêches et Océans Benoit Bruneau. «C’est bien connu que pour le homard, une hausse de la température est favorable à la croissance des œufs et des larves, qui vont avoir une meilleure survie.»

Le cycle naturel du homard est très complexe, avertit le biologiste. Les changements climatiques ne signifient pas que l’eau sera plus chaude à l’année longue, ajoute-t-il. Mais globalement, «on dit que les conditions environnementales sont favorables à la production et à la survie du homard. Dans ces bonnes conditions, un homard adulte va aller chercher l’énergie nécessaire pour s’accoupler et se reproduire.»

Les mesures de conservation ont aussi un impact, comme l’augmentation de la taille minimale de capture, le rachat de permis et la diminution du nombre de casiers. «La production d’œufs a augmenté depuis l’établissement des mesures. Une hausse de la taille minimale veut dire que plus de homards peuvent se reproduire», dit monsieur Bruneau. L’instauration d’une taille maximale permet aussi de protéger les gros individus, qui produisent le plus d’œufs.

Le taux d’exploitation demeure élevé, note le biologiste. Il était de 75 % selon les dernières données disponibles en 2014, ce qui signifie que les trois quarts des homards qui atteignent la taille minimale de capture sont capturés dans l’année qui suit. «Ce n’est pas enviable d’avoir un tel taux d’exploitation, mais la population [de homard gaspésien] a une bonne résilience», précise monsieur Bruneau. Ce taux est en diminution depuis 2011, ajoute-t-il. «Si on voit que le taux d’exploitation continue de diminuer graduellement, peut-être que les mesures de conservation sont suffisantes.»

UN PRIX HISTORIQUE?

À 6,98 $ la livre, le prix moyen au débarquement cette année est 7,9 % plus élevé qu’en 2016, où il s’était fixé à 6,47 $. Les homardiers qui pêchent depuis des décennies n’ont jamais vu un tel prix. Par contre, si on tient compte de l’inflation, les prix obtenus entre 2000 et 2005 étaient tous au-dessus de 7 $ la livre en dollars d’aujourd’hui, atteignant même 7,95 $ la livre en 2002. À l’époque, les quantités pêchées étaient toutefois bien moindres à aujourd’hui.

Plusieurs facteurs expliquent le bon prix de 2017 et sa hausse constante depuis 2014, indique Ali Magassouba, économiste chez Pêches et Océans Canada. De 2008 à 2013, les prix du homard avaient souffert de la crise financière et de la récession. Depuis, la reprise économique a permis à ces prix de grimper à nouveau.

«La Chine achète de plus en plus de homard, donc il y a de moins en moins de homard sur le marché américain», ajoute monsieur Magassouba. En Nouvelle-Écosse, des Chinois ont racheté des usines de transformation du homard, dont toute la production prend le chemin de la Chine, illustre l’économiste. Cette «pénurie» sur le marché nord-américain pousse à la hausse le prix du homard, y compris pour les pêcheurs québécois, même si le gros de leur production est encore vendu au Canada.

Pendant que la demande mondiale augmente, les quantités de homard pêchées sont généralement stables, indique monsieur Magassouba. En effet, ce ne sont pas toutes les zones qui vivent les années dorées des pêcheurs québécois. «Dans tous les états au sud du Maine, comme le Massachusetts et le Rhode Island, les pêcheurs ont du mal à capturer les quantités qu’ils prenaient avant», dit monsieur Magassouba.

L’économiste se dit «optimiste sur le prix du homard à long terme». «À court terme, l’économie va bien. On n’a pas à s’inquiéter.» La demande pour le crustacé augmente grâce à l’Asie. Quant à l’offre, monsieur Magassouba se dit «curieux de voir comment le Maine et La Nouvelle-Écosse vont se comporter». Ces zones sont celles situées les plus au sud qui continuent pour l’instant à bien aller.

«La seule chose à vérifier, c’est le taux de change. Si la valeur du dollar canadien s’emballe, ça peut avoir un impact négatif sur le prix», indique monsieur Magassouba.

LA GASPÉSIE – page 10 – Volume 30,4 – Septembre-Octobre-Novembre 2017

300 X 250 Techno Soude Marine
300 X 250 Pétroles Poirier
300 X 250 Wajax Volvo Penta
300 X 250 Lelièvre, Lelièvre et Lemoignan
300 X 250 Polymos
300 X 250 Desjardins
300 X 250 ZF
300 X 250 Kohler Marine
300 x 250 Trinav
300 X 250 Mirapakon
300 X 250 Raymarine
300 X 250 Entreprises Léo Leblanc
300 X 250 Wajax MTU
300 X 250 Diesel-Bec
300 X 250 Mackay Marine
300 X 250 Marindustriel
300 X 250 Hydraunav
300 X 250 Chantier naval Forillon
300 X 250 BAPAP

À propos de l'auteur : 

Geneviève Gélinas

Geneviève Gélinas travaille comme journaliste pour Graffici et à la pige principalement pour Le Soleil et The Spec. Elle se fait un plaisir de plonger dans le monde des pêches et de l’aquaculture plusieurs fois par année pour le compte de Pêche Impact. Elle s’est fixée à Gaspé pour de bon en 2002, après des études à l’Université de Montréal où elle a complété un certificat en journalisme et un baccalauréat en musique. Née et élevée à Yamachiche en Mauricie, rien ne la destinait à faire sa vie en Gaspésie, sinon des racines à Mont-Louis côté maternel. Elle a débarqué ses bagages à Gaspé, en 2002, et ne les a plus refaits depuis, sinon pour voyager avec son conjoint et leurs deux jeunes Gaspésiens, de souche ceux-là!

Nos partenaires

ÉPAQ
MAPAQ
AQIP
Comité sectoriel de main d'oeuvre des pêches maritimes

Abonnez-vous

Connexion des abonnés

Lost Password?

Réseaux sociaux

Nous Contacter

Journal Pêche Impact

167, Grande-Allée Est
Grande-Rivière (Québec) G0C 1V0

Téléphone : (418) 385-2126
Télécopieur : (418) 385-2888

Courriel : pecheimp@globetrotter.net