Homard gaspésien : première baisse des captures en huit ans

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Pour la première fois en huit ans, les homardiers de la Gaspésie voient leurs prises diminuer. Ils ont capturé 207 tonnes de homard de moins que l’an dernier, soit une baisse de 8,3 %. Cette chute est en grande partie attribuable à la fermeture de dix sous-zones après l’observation de baleines noires. La baisse du prix au débarquement a aussi miné le bilan : la valeur totale des prises est en diminution de 14,4 %, soit une différence de 5,5 millions $ dans les poches des pêcheurs. Les homardiers gaspésiens ont capturé 2 279 tonnes de crustacés en 2018, selon les données préliminaires compilées par Pêches et Océans Canada. Ils avaient pêché 2 486 tonnes en 2017. Le bilan de 2018 reste meilleur qu’en 2016, alors que les pêcheurs avaient débarqué 1 926 tonnes de homard. La dernière fois que les homardiers de la Gaspésie avaient subi une baisse, c’était entre 2010 et 2011. Le bilan avait alors légèrement fléchi, de 887 tonnes à 875 tonnes, des totaux bien en-dessous des       résultats de ces années-ci. Le prix moyen des captures s’est établi à 6,52 $ la livre en 2018, comparativement à 6,98 $ la livre en 2017. Il s’agit d’une baisse de 6,6 %. La saison avait bien commencé, avec un prix de 7,70 $ la livre dans la première semaine. Il a chuté dès la deuxième semaine à 6,58 $ la livre, pour atteindre un creux de 5,86 $ la sixième semaine, puis remonter progressivement jusqu’à 7,88 $ la dixième semaine. La valeur totale des prises au débarquement s’élève à 32,8 millions $ en 2018. Cette valeur était de 38,3 millions $ en 2017 et de 27,5 millions $ en 2016. BALEINES NOIRES La pêche a fermé le 17 juin pour les sous-zones de Percé à Gascons (20A4 à 20B2), soit à la fin de la septième semaine de pêche, parce que des baleines noires, une espèce en voie de disparition, avaient été aperçues au large. Au total, 64 pêcheurs sur 160 ont été touchés. La grande majorité ont dû retirer leurs casiers de l’eau pendant deux semaines. Les cinq pêcheurs de la sous-zone 20A4 à Percé ont eu accès au tiers de leur territoire habituel. La pêche a rouvert le 2 juillet. À ce moment, il restait entre quatre ou sept jours de pêche aux homardiers avant la fin de la saison. La plupart ont décidé de rester à terre : seulement 15 pêcheurs sur 64 ont déclaré des prises après la réouverture du 2 juillet. Les pêcheurs touchés par les mesures de protection de la baleine noire ont subi une baisse de près du quart de leurs captures (-24,8 %) comparativement à 2017, soit 262 tonnes de homard de moins       (576 800 livres). Si on multiplie cette quantité par le prix moyen obtenu en 2018, on arrive à des pertes de 3,76 millions $. Les homardiers les plus affectés sont ceux qui pêchent au large de Chandler (20A10) et de Pabos (20A9A). Les tonnages débarqués dans leurs sous-zones ont diminué respectivement de 32 % et de   27,5 % par rapport à 2017. Toutefois, rien ne dit que les pêcheurs des sous-zones fermées à cause de la baleine noire auraient obtenu d’aussi bons résultats que l’an dernier, même sans les mesures de protection du cétacé. Leurs voisins des secteurs en amont, de Port-Daniel à New Carlisle (20B3 à 20B7), ont vu les prises moyennes par pêcheur baisser par rapport à l’an dernier, des diminutions de 5 % à 13 % selon les sous-zones. La taille minimale du homard au cépha-lothorax est passée de 82 mm à 82,5 mm cette année pour les pêcheurs de la zone 20, ce qui explique en partie la diminution des prises. Selon les prévisions faites avant la saison, cette hausse de la taille minimale devait résulter en une baisse moyenne de 5 % des captures, et à la remise à l’eau de 225 000 homards. En fait, ce sont les excellentes captures des secteurs aux extrémités qui permettent au bilan de 2018 de ne pas plonger davantage. Les huit homardiers de Cap Gaspé à Mont-Louis (zone 19) ont débarqué en moyenne 32 633 kilos de homard, soit près de 72 000 livres par pêcheur. C’est une hausse de 32 % par rapport à 2017 et presque le double des captures de 2016. Même scénario en amont de la baie des Chaleurs, où les homardiers de New Carlisle vers l’ouest (sous-zone 20B8 et zone 21) ont débarqué 28,4 % plus de homard que l’an dernier, pour une moyenne de 16 628 kilos par pêcheur (environ 36 700 livres). 2019 EN PRÉPARATION Le Regroupement des pêcheurs professionnels de la Gaspésie travaille avec le ministère des Pêches et des Océans (MPO) pour trouver des solutions en vue de 2019, afin de diminuer les impacts des mesures de protection de la baleine noire sur les pêcheries. «On a déjà eu une rencontre avec le MPO et on en a une autre de prévue en septembre», rapporte Joël Berthelot, le président du Regroupement. Le MPO possède plus d’information que jamais sur les aires d’alimentation des baleines noires dans le golfe, note M. Berthelot. Le ministère amasse des données depuis 2015, mais a intensifié ses travaux en 2018. «Cette année, il y a eu quatre fois plus de vols [pour repérer les cétacés]. On avait les expériences des pêcheurs, qui disaient n’avoir jamais vu de baleine noire [près des côtes]. Ils ont maintenant les preuves scientifiques. Ils vont réévaluer», dit M. Berthelot. «La pêche au homard en Gaspésie est vraiment côtière. Il faut regarder la zone d’alimentation des baleines noires. Est-elle bien dessinée?», poursuit-il. Le Regroupement propose une «zone tampon» le long des côtes, là où l’eau est d’une profondeur de 20 brasses (37 mètres) et moins, soit la plupart du temps à moins d’un kilomètre de la terre ferme. «La baleine noire la plus proche vue cette année entre Chandler et Miscou, celle qui a provoqué la fermeture de zones, elle était à 10 km», indique M. Berthelot. La délimitation des zones à fermer en cas d’observation de baleine pourrait aussi être adaptée, estime le président du Regroupement. «Ils se sont servi des quadrilatères de pêche en haute en mer, qui servent à fermer des zones quand le crabe est en train de muer. Ils ont choisi cette solution simple», rappelle-t-il. «Aux États-Unis, c’est quand ils aperçoivent trois baleines qu’ils ferment un quadrilatère. Ici, ça en prend juste une», ajoute M. Berthelot, qui croit que le MPO pourrait réajuster le tir là aussi. Par ailleurs, le président du Regroupement observe que le programme de formation pour les aides-pêcheurs a «amoindri la crise». «La grande crainte des capitaines-propriétaires, à part les pertes de revenus, c’était : nos aides-pêcheurs vont faire quoi? Ça a été un poids de moins pour les capitaines.» Au total, 104 aides-pêcheurs ont bénéficié du programme de formation remboursé par Québec pour combler la diminution de leurs heures de travail. Ce facteur a pesé dans la balance quand les capitaines ont dû décider s’ils retournaient pêcher le 2 juillet, pour les quelques jours restants. «Dans ma sous-zone, 20B1, on s’est dit : il reste juste quatre jours de pêche, il faudrait tout remettre les casiers à l’eau. On a dit : on n’y va pas. Dans certains cas, en plus, les aides-pêcheurs étaient à l’école.» Appelé à commenter le fait que certains capitaines ont choisi de retourner en mer,   M. Berthelot déclare que «ce sont des entreprises privées, chaque capitaine est maître, et le MPO avait rouvert la pêche». LA GASPÉSIE – page 10 – Volume 31,4 – Septembre-Octobre-Novembre 2018

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À propos de l'auteur : 

Geneviève Gélinas

Geneviève Gélinas travaille comme journaliste pour Graffici et à la pige principalement pour Le Soleil et The Spec. Elle se fait un plaisir de plonger dans le monde des pêches et de l’aquaculture plusieurs fois par année pour le compte de Pêche Impact. Elle s’est fixée à Gaspé pour de bon en 2002, après des études à l’Université de Montréal où elle a complété un certificat en journalisme et un baccalauréat en musique. Née et élevée à Yamachiche en Mauricie, rien ne la destinait à faire sa vie en Gaspésie, sinon des racines à Mont-Louis côté maternel. Elle a débarqué ses bagages à Gaspé, en 2002, et ne les a plus refaits depuis, sinon pour voyager avec son conjoint et leurs deux jeunes Gaspésiens, de souche ceux-là!

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