La baleine noire force près de 50 % des homardiers à conclure leur saison trois semaines plus tôt que prévu

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Près de la moitié des homardiers gaspésiens ont dû interrompre leur saison à trois semaines de la fin ou en modifier considérablement les conditions d’exploitation, en raison de fermetures de quadrilatères décrétées par Pêches et Océans pour protéger la baleine noire, des mesures que les pêcheurs estiment injustifiées. Ailleurs autour de la péninsule, les prises sont bonnes du côté nord et satisfaisantes en amont de Port-Daniel, même si elles ont un peu diminué par rapport à l’an dernier. TOUCHÉS PAR LA FERMETURE Pierre-Paul Couture, qui pêche de Grande-Rivière à Pabos, a dû retirer ses casiers de l’eau le 17 juin, après sept semaines de pêche, comme presque tous les homardiers de Percé à Port-Daniel. Avant cet arrêt, «c’était bon. On avait une petite diminution par rapport à l’an dernier, qui était une très bonne saison. La hausse de la taille minimale a eu un petit impact. Ça aurait été 1 500 à 2 000 livres en moins [sur dix semaines de pêche]», indique monsieur Couture. Interviewé le 19 juin, le pêcheur avait peu d’espoir que sa zone rouvre avant la fin de la saison. «Si on se fie aux zones de crabe des neiges, elles n’ont pas rouvert une fois fermées, à l’exception de peut-être une zone. Et rouvrir pour une semaine à la fin, on tombe dans les femelles œuvées. J’aime mieux garder ça là et ouvrir plus tôt l’an prochain», suggère monsieur Couture. «Le 1er avril, je suis sur l’eau pour le hareng de printemps. On pourrait mettre nos trappes à l’eau le 15 avril.» Monsieur Couture estime qu’il perdra 12 000 livres sur les 42 000 qu’il aurait pu pêcher en relevant ses casiers pendant dix semaines plutôt que sept. «Les trois semaines qu’il reste, c’est de l’argent qu’on peut prendre pour autre chose. Je voulais changer mon moteur de bateau, mais j’ai mis les breaks.» Mais une fermeture hâtive il y a dix ans, alors que le homard était beaucoup moins abondant, aurait été plus dramatique, juge monsieur Couture. «Une chance qu’on a pris notre ressource en mains, qu’on a monté la taille minimale, marqué la femelle.» Les prises connaissaient un regain au moment où Pêches et Océans a décrété la fermeture de quadrilatères où pêchent les homardiers, note monsieur Couture. «Le dimanche [17 juin], quand j’ai levé, le capelan était parti. C’était beaucoup mieux. Les gars disaient : on rentre nos trappes dans le meilleur.» La météo a été froide et venteuse, mais monsieur Couture n’a pas perdu un seul jour de pêche. «On a pêché dans le «rough». L’eau était à 2 °C, 4 °C, le homard était moins actif», dit-il. Kevin Caron pêche dans la sous-zone 20A4, à Percé, de l’obélisque du rocher à la route Bilodeau. La fermeture de quadrilatères pour protéger les baleines noires a privé les sept pêcheurs de sa sous-zone des deux tiers de leur espace. Ils ont dû concentrer leurs casiers dans le tiers restant. «Ce ne sera pas facile, c’est sûr, mais c’est mieux que si tout était fermé», commente monsieur Caron. Le pêcheur met à l’eau 335 casiers, puisqu’il vient de racheter un permis dans sa sous-zone avec un collègue. Jusqu’à la fermeture, la saison était «moyenne», dit-il. «On s’attendait à mieux que ça. La    météo a été «rough», c’est le froid. Avec l’augmentation de 0,5 millimètres, on a rejeté pas mal de homard», rapporte monsieur Caron. Pour les pêcheurs de la zone 20, la taille minimale du homard au céphalothorax est passée de 82 mm à 82,5 mm cette année. Certains jours, les homards rejetés parce qu’ils sont aux limites de la nouvelle mesure représentaient 10 % à 15 % des prises, indique monsieur Caron. Selon les prévisions faites avant la saison, la hausse de la taille minimale devait résulter en une baisse d’en moyenne 5 % des captures, et la remise à l’eau de 225 000 homards. La fin prématurée de la pêche de Percé à Port-Daniel changera, bien sûr, un peu la donne. BONNE PÊCHE DU CÔTÉ NORD Du côté nord, la saison est bonne pour Serge Cloutier, qui pêche entre le phare de Cap-des-Rosiers et Cap Gaspé. «Ça va bien. C’est à peu près pareil à l’an dernier, qui était une saison record», indique-t-il. monsieur Cloutier, interviewé le 19 juin, rapportait entre 1 400 et 1 600 livres de homard au quai chaque jour. Il lui restait quatre semaines de pêche, soit jusqu’au 15 juillet, puisque les homardiers du nord de la Gaspésie démarrent une semaine plus tard que leurs collègues du sud. «Si ça continue de bien aller, ça va être une saison entre 80 000 et 100 000 livres», prévoit monsieur Cloutier. Il pêche depuis 36 ans et a déjà vécu des années de   12 000 livres dans les années 1980. Monsieur Cloutier ne s’inquiétait pas trop pour les baleines noires. «Je n’en ai jamais vu dans le bout de chez nous. Il faudrait être malchanceux pour qu’il en passe une.» Trent Langlois met ses casiers à l’eau entre Rivière-au-Renard et Pointe-à-la-Renommée depuis 1993. «Je rapporte 1 000 livres par jour. C’est mieux que l’année dernière et l’année dernière était ma meilleure saison depuis que je pêche à L’Anse-à-Valleau», dit-il. monsieur Langlois s’attend à finir sa saison avec 50 000 à 60 000 livres de homard, comparativement à des saisons entre 8 000 et 10 000 livres dans les années 1990. Le vent souffle fort, note monsieur Langlois, qui n’a toutefois perdu qu’un jour et demi de pêche. Il recevait 5,80 $ la livre à la mi-juin, un moins bon prix que l’an dernier. «Maintenant, le marché est bon, il n’est pas saturé de homard, à cause de la baleine noire [qui a entraîné des   fermetures de zones]. On devrait avoir un meilleur prix», juge monsieur Langlois. Le pêcheur tient à commenter les mesures prises pour protéger la baleine noire. «Avant de pêcher le homard, je pêchais le poisson de fond sur le Banc des Américains. On voyait des baleines à bosses, des baleines noires. Mais depuis 25 ans que je pêche le homard, la seule baleine que je vois, c’est du petit rorqual. Mes casiers sont à moins d’un demi-mille de la rive. Je ne souhaite pas de mal aux baleines. Mais je ne pense pas que la pêche au homard leur nuise.» PLUS TRANQUILLE EN AMONT En amont, à Shigawake, les homardiers continuaient à pêcher, mais remontaient des prises inférieures à l’an dernier, indique Daniel Mercier. «Les deux premières semaines ont été très bonnes. Après, avec le vent froid, ça a été plus ordinaire. Ça peut être à cause de la température de l’eau ou de l’appât dans le fond. Le vent d’est favorise les prises; il n’y en a presque pas eu.» Les autres pêcheurs de sa sous-zone et des sous-zones voisines remontaient aussi des prises inférieures à l’an dernier, rapporte monsieur Mercier. Joint par Pêche Impact le 20 juin,   monsieur Mercier estimait avoir vendu son homard en moyenne entre 6,40 $ et 6,45 $ la livre, comparativement à 7,04 $ à la même période l’an dernier. «On nous dit que le prix va remonter d’ici la fin de la saison. Mais on s’attendait à avoir les mêmes prix que l’an dernier, C’est un peu décevant.» Au moment d’écrire ces lignes, les mesures de protection des baleines noires n’avaient pas influencé la saison de monsieur Mercier. «Ce qu’on n’aime pas, c’est le protocole rigide avec lequel agit Pêches et Océans. Les travailleurs sont tous près de la côte à ce temps-ci. On pêche tous à sept ou huit brasses de profondeur. Elle est perdue, la baleine, si elle se retrouve là.» LA GASPÉSIE – page 3 – Volume 31,3 – Juin-Juillet-Aout 2018

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À propos de l'auteur : 

Geneviève Gélinas

Geneviève Gélinas travaille comme journaliste pour Graffici et à la pige principalement pour Le Soleil et The Spec. Elle se fait un plaisir de plonger dans le monde des pêches et de l’aquaculture plusieurs fois par année pour le compte de Pêche Impact. Elle s’est fixée à Gaspé pour de bon en 2002, après des études à l’Université de Montréal où elle a complété un certificat en journalisme et un baccalauréat en musique. Née et élevée à Yamachiche en Mauricie, rien ne la destinait à faire sa vie en Gaspésie, sinon des racines à Mont-Louis côté maternel. Elle a débarqué ses bagages à Gaspé, en 2002, et ne les a plus refaits depuis, sinon pour voyager avec son conjoint et leurs deux jeunes Gaspésiens, de souche ceux-là!

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