La protection de la baleine noire provoque une situation chaotique dans le crabe des neiges

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Les mesures de protection de la baleine noire dans le sud du golfe Saint-Laurent, telles qu’imposées par le ministère fédéral des Pêches et des Océans, a créé une situation chaotique dont les crabiers gaspésiens se souviendront longtemps. L’imposition d’une zone statique dans laquelle ils n’avaient pas le droit de pêcher a généré le principal débalancement. Cette zone statique de 4 690 kilomètres carrés a été annoncée à la fin de mars pour entrer en vigueur le 28 avril, quelques heures avant l’ouverture de la capture dans le sud du golfe, et 17 jours avant l’observation d’une première baleine noire, près du Cap-Breton, encore loin de la zone de protection. Daniel Desbois, président de l’Association des crabiers gaspésiens, et crabier lui-même, a réussi à prendre son quota cette année mais il se considère chanceux. «C’est carrément un chaos, ce que nous avons vécu. Le quota est pris à 95 % mais il y a des pêcheurs qui ont pris 100 % de leur quota et d’autres qui sont à 70 %. Ce n’est pas un beau résultat. Les propriétaires de bateaux plus petits se sont retrouvés concentrés en périphérie de la zone statique parce qu’elle n’est pas trop loin des côtes. Ceux qui ont déménagé des casiers trois fois à cause des fermetures ont perdu beaucoup de temps. Quand tu déménages des casiers trois ou quatre jours après les avoir déjà bougés, ce n’est pas long que tu perds une semaine de pêche», déplore Daniel Desbois. Les éléments troublants de la saison 2018 abondent, mais ceux qui dérangent le plus les crabiers, ce sont l’effet de la fermeture de la zone statique et les effets domino des cinq autres fermetures ayant ponctué la saison. Près de 10 000 kilomètres carrés étaient fermés à la capture en même temps, dans les pires moments du printemps. «C’est officiel qu’il y a eu des secteurs surpêchés. Comment ça va récupérer, les secteurs où les pêcheurs ont été concentrés? On n’a jamais vécu quelque chose de pareil. Ce sont les gars du Québec qui ont été les plus pénalisés parce qu’ils sont les plus proches de la zone statique», ajoute monsieur Desbois. Certains pêcheurs ayant capturé leur quota sont allés aider les autres en louant leurs services pour qu’ils s’approchent du contingent auquel ils avaient droit. L’autre élément ayant sidéré les crabiers gaspésiens du sud du golfe, c’est l’absence de consultation de Pêches et Océans Canada à leur endroit pour un enjeu aussi important. «Ça n’a jamais été de la cogestion, notre rapport avec Pêches et Océans, mais là, on peut dire que les communications n’ont jamais été aussi mauvaises. C’est l’aboutissement de tout ce qu’ils (les gestionnaires du ministère) ont fait», ajoute Daniel Desbois. En prévision de la saison 2019, il souhaite «au minimum être consulté et très tôt. C’était bien parti en 2018 mais ils ont fait fi de nos suggestions au comité consultatif, le 1er mars. Ça a basculé là», dit-il. Le ministre Dominic LeBlanc a notamment failli à la tâche en ne respectant pas son engagement d’ouvrir la saison de pêche au crabe avant l’entrée en vigueur de la zone statique de fermeture, le 28 avril. «Pêches et Océans Canada n’a pas fait les efforts nécessaires pour ouvrir les havres de pêche au Nouveau-Brunswick. Ce sont des endroits restreints. C’était certain que les brise-glaces ne pouvaient se rendre dans les havres. L’aéroglisseur est arrivé pour tenter de sauver la mise, mais il en utilise un seul et c’était trop peu trop tard», ajoute monsieur Desbois, soulignant que bien des ports sont déglacés avec des remorqueurs. Le ministère n’ouvre la pêche pour toute le monde qu’une fois les havres néo-brunswickois dégagés, malgré que les crabiers soient détenteurs de quotas individuels. Daniel Desbois conclut que les erreurs de gestion de Pêches et Océans Canada «ont débouché sur trois semaines perdues, dans la zone statique». Le crabier Luc Gionest, de Pabos Mills, est encore plus cinglant à l’endroit du   ministère et de Dominic LeBlanc. «Les mesures de protection ont été adoptées sans consultation et sans être appuyées sur des données fiables, alors qu’il avait été établi, selon les observations scientifiques, qu’il n’y avait pas eu de baleine noire avant le 15 mai dans le sud du golfe, biologistes à l’appui. On a fait nos devoirs mais les décisions ont été prises derrière les portes closes par… on va l’appeler le bon Dieu», aborde monsieur Gionest en parlant du ministre. «C’est un régime militaire, alors qu’on nous parle de consultations. Ça a créé des tensions énormes. L’imposition de la zone statique a forcé des pêcheurs qui connaissaient ce secteur à aller ailleurs. Tu les exclus de leur territoire historique. Ils sont perdus», note-t-il. Le 22 juin, Luc Gionest avait capturé 252 000 des 260 000 livres de son quota. «Je me suis éloigné de cette zone-là (zone statique). Je savais que tous les petits bateaux se concentreraient autour. Je suis allé à 12 heures de navigation. Pour moi, ça a bien été; j’ai été chanceux, mais d’autres n’ont pas eu la même chance même s’ils sont allés loin. J’ai aussi regardé où les scientifiques avaient trouvé du crabe lors du relevé (de 2017) et où j’avais terminé ma saison l’an passé. Il y avait encore du crabe quand j’ai fini et je suis allé là. Après quatre voyages, j’avais 100 000 livres. Puis ils (les autres pêcheurs) m’ont inondé de casiers. Ça s’est su que ma pêche était bonne mais je comprends ça», raconte Luc Gionest. Il est convaincu que la crise provoquée par les décisions de protection «détourne l’attention de la responsabilité du ministère des Pêches et des Océans sur le taux de mortalité des baleines noires l’an passé.» En déterminant que «la biomasse de crabe des neiges se situait à près de 100 000 tonnes métriques dans le sud du golfe et en établissant un taux d’exploitation de 40 à 44 %, le ministère a augmenté le quota de 103 % par rapport à 2016. Les détenteurs d’allocations (les permis présentés comme nouvel accès) ont augmenté leur flotte pour capturer le crabe. Il y a eu une hausse importante du nombre de casiers. Les crabiers traditionnels, qui ont droit à 150 casiers normalement, ont eu droit à 24 casiers de plus. Mais pour les crabiers du nouvel accès, l’augmentation était encore plus importante, toutes proportions gardées. Il y a eu comme un mur de casiers dans la mer. Alors on nous vise pour les mortalités de l’an passé, même si on n’a pas fait beaucoup de liens entre les baleines mortes et les engins des crabiers», analyse Luc Gionest. «Le volume de casiers et le volume de crabe ont été trop élevés l’an passé. J’ai eu 476 000 livres de quota en 2017. À 400 000 livres, ça aurait été bien convenable. Quand on a vu la hausse de 103 %, on est tombé assis. D’où ça vient? Je n’en croyais pas mes yeux. On nous a dit :«la ressource est là, prenez-la». C’était facile de nous pointer du doigt cette année. Il y a eu 16 baleines mortes en eaux canadiennes, mais juste deux empêtrements prouvés dans des engins de pêche. Il était par contre facile de mettre les réflecteurs sur nous», souligne-t-il. Luc Gionest craint des perturbations de biomasse au cours des prochaines années en raison des décisions de Pêches et Océans Canada. «La zone statique fournissait 30 % de nos prises. Si ces 30 % du volume total ont été ajoutés aux 70 % de quota à l’extérieur de la zone statique, si on applique une pression de pêche de 30 % dans des autres secteurs, ça donne     7 000 à 8 000 tonnes de prises – 30 % du contingent de cette année - pêchés à la périphérie de la zone statique. Ça donnera quoi comme pêche, l’an prochain, s’il y a encore une zone statique et qu’on a siphonné 7 000 ou 8 000 tonnes dans des secteurs qui n’étaient pas supposés connaître une telle pression? On va avoir un grave problème», analyse monsieur Gionest. «J’appréhende une autre fermeture comme ils l’ont fait cette année. J’espère, si c’est le cas, qu’ils vont rapetisser la zone statique et qu’ils vont la moduler dans le temps», dit-il. «Pêches et Océans Canada est en train de lier les pêcheurs entre eux, de renforcer les solidarités. Je ne dis pas qu’il n’y avait pas de solidarité entre les pêcheurs, mais il y a aussi eu des divisions. Là, il y a vraiment une solidarité», observe Luc Gionest. Il affirme que le ministre LeBlanc n’est plus l’homme de la situation. «Le ministre doit être mis dehors, pour son manque d’écoute». Une baisse de 43,4 % du quota des prises admissibles caractérise l’année 2018 dans le sud du golfe Saint-Laurent, où le contingent est passé de 43 475 à 24 614 tonnes métriques de crabe des neiges. Il reste 450 baleines noires dans le monde. Elles sont essentiellement concentrées le long de la côte est américaine, mais elles fréquentent le golfe Saint-Laurent depuis 2014 avec une certaine assiduité. LE SUD DU GOLFE – pages 6 et 7 – Volume 31,3 – Juin-Juillet-Aout 2018

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À propos de l'auteur : 

Gilles Gagné

Gilles Gagné, né à Matane, le 26 mars 1960. J'ai fait mes études universitaires à Ottawa où j'ai obtenu un baccalauréat avec spécialisation en économie et concentration en politique. À l'occasion d'une offre d'emploi d'été en 1983, j'ai travaillé pour Pêches et Océans Canada comme observateur sur deux bateaux basés à Newport, deux morutiers de 65 pieds. Le programme visait l'amélioration des conditions d'entreposage des produits marins dans les cales des bateaux et de leur traitement à l'usine. Cet emploi m'a ouvert des horizons qui me servent encore tous les jours aujourd'hui. En 1989, après avoir travaillé en tourisme et dans l'édition maritime à Québec, je suis revenu vivre en région côtière et rurale, d'abord comme journaliste à l'Acadie nouvelle à Campbellton. C'est à cet endroit que j'ai rédigé mes premiers textes pour Pêche Impact, à l'été 1992. Je connaissais déjà ce journal que je lisais depuis sa fondation. En octobre 1993, j'ai déménagé à Carleton, pour travailler à temps presque complet comme pigiste pour le Soleil. J'ai, du même coup, intensifié mes participations à Pêche Impact. Je travaille également en anglais, depuis près de 15 ans, pour l'hebdomadaire anglophone The Gaspé SPEC et je rédige l'éditorial du journal Graffici depuis 2007.

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