Le turbot continue à se faire rare et le TAC est en baisse de 25 %

Actualités, Nouvelles, Pêche
0
La pêche au turbot a démarré très lentement ce printemps. Le poisson est peu présent, plusieurs pêcheurs ont préféré se concentrer sur le crabe des neiges en début de saison et le total des captures autorisées est en baisse de 25 %. Les usines qui transforment le turbot tournent au ralenti, au point où certaines comptent sur des programmes de formation pour dépanner leurs travailleurs. Rosario Junior Dunn, de Rivière-au-Renard, avait mis ses filets à l’eau deux jours auparavant quand Pêche Impact l’a contacté le 19 juin. Il n’avait pas encore débarqué une seule livre de turbot. «Habituellement, à la mi-juin, je suis rendu entre 40 % et 45 % de mon quota», dit monsieur Dunn. Comme beaucoup de pêcheurs de turbot, monsieur Dunn a pêché le crabe des neiges en début de saison. Frank Dubé, un pêcheur de Portneuf-sur-Mer, sur la Côte-Nord, s’apprêtait également à partir pêcher le turbot le 19 juin. La plupart des pêcheurs de son secteur commençaient tout juste eux aussi, rapporte-t-il. En temps normal, monsieur Dubé part pêcher le turbot dès le début mai, ou la mi-mai. «Sur la Côte-Nord, le crabe de la zone 17 a été difficile à prendre. Ça nous a pris le double de voyages», explique-t-il. Le pêcheur ne s’attend pas à une pêche miraculeuse dans le turbot. «Je vais aller essayer, mais ça va être plus tranquille», dit-il. Langis Côté, qui pêche à partir de Rivière-au-Renard, essayait de capturer du turbot depuis plus de cinq semaines le 20 juin. «Un, ce n’est pas fort. Deux, il vente, on ne peut pas pêcher. Trois, avec les carrés qu’ils ont mis pour protéger les plumes de mer, j’aurais aimé aller essayer ailleurs, mais on ne peut pas.» Monsieur Côté débarquait entre 4 000 et 5 000 livres de turbot par semaine, avec deux levées de filet. Une année normale, il en rapporte 14 000 livres par semaine. «L’an dernier, j’ai pris mon quota au complet. C’est des cycles. Je m’attends à une dure année», dit-il. Monsieur Côté peste contre le vent : «Il vente, c’est l’enfer! On a du 40 nœuds!» Les nouvelles zones de protection marine ne font pas son affaire non plus. Le gouvernement du Canada a interdit les engins de pêche des pêcheurs de turbot et de flétan dans 11 zones du golfe et de l’estuaire totalisant 8 571 kilomètres carrés. Le ministère des Pêches et des Océans a fait valoir que la valeur des prises dans ces zones était minime, soit moins de 300 000 $ par an au total. Toutefois, vu la difficulté à trouver du turbot cette année, monsieur Côté aurait aimé essayer de pêcher dans un secteur voisin du sien, devenu une zone de protection marine. «Je suis juste accoté sur leur carré : je ne peux pas», lance-t-il. «On ne s’enligne pas vers une saison à tout casser», convient Jean-René Boucher, directeur du Regroupement des pêcheurs professionnels du nord de la Gaspésie. «Mais parfois, le début de saison est tranquille et plus tard, ça part.» Monsieur Boucher remarque aussi que bien des pêcheurs de turbot se concentrent sur d’autres espèces cette année. «Dans un contexte comme ça, on voit l’importance d’avoir un portefeuille de permis diversifié […]. Mais dans les coins de Matane, Cap-Chat, Méchins, des gars sont à la pêche. Ils ne capturent pas les quantités des dernières années, mais avec leurs prises combinées au prix, ça demeure une pêche rentable pour eux.» TAC EN BAISSE Pêches et Océans a établi un total des captures autorisées (TAC) de 3 375 tonnes de turbot pour la période allant du 15 mai 2018 au 14 mai 2019. C’est 25 % de moins que le TAC de 2017-2018. «Les prélèvements doivent être diminués pour la saison 2018-2019 afin d’éviter une augmentation du taux d’exploitation», justifie le ministère. «Vingt-cinq pourcent (25 %) de baisse de TAC, c’est exactement ce qu’on avait demandé», réagit Jean-René Boucher. «On trouverait qu’une baisse de 50 % aurait été trop drastique. Vingt-cinq pourcent (25 %) est une baisse appropriée.» En 2017-2018, les pêcheurs québécois ont capturé 1 538 tonnes de turbot, soit seulement 49 % de la part du TAC qui leur revient. Même s’ils étaient loin d’avoir pêché tout leur quota l’automne dernier, la pêche de printemps a été maigre. À peine 221 000 livres de turbot a été capturé avant le 14 mai, soit    31 % de plus qu’au printemps 2017. USINES Chez Poissonnerie Blanchette à Tourelle, on n’avait transformé que 160 000 livres de turbot le 19 juin, comparativement à 350 000 livres à ce temps-ci d’habitude. C’est la seule espèce transformée par l’entreprise, qui emploie 40 personnes. Elle doit monter des programmes de formation rémunérée avec l’aide d’Emploi-Québec, pour éviter aux travailleurs le trou noir, soit une période sans paie ni prestations d’assurance-emploi. «Ça va prendre au moins 24 jours de formation», rapporte Gérard Collin, directeur de Poissonnerie Blanchette. La formation commencera dans la deuxième semaine de juillet. Monsieur Collin s’attend à transformer entre 500 000 et 600 000 livres de turbot plutôt que le million de livres habituels. «Ce n’est pas une année où on va rénover», lance-t-il. Le directeur craint que les pêcheurs laissent à l’eau leurs quotas de turbot, puisqu’ils auront déjà pêché le crabe des neiges et le flétan auparavant. Pêches et Océans «aurait dû s’organiser pour que les quotas de turbot compétitif sortent en même temps que les quotas annuels», juge-t-il. Davantage de turbot aurait ainsi été pris en début de saison, croit monsieur Collin. Pêcheries gaspésiennes de Rivière-au-Renard avaient transformé 125 000 livres de turbot le 20 juin. Normalement, à cette époque-ci, l’usine atteint 450 000 à 500 000 livres. Les pêcheurs sont moins pressés d’aller au turbot, remarque le propriétaire, Luc Reeves. «Les captures de turbot sont moins bonnes et ils ont pêché le crabe, ce que je comprends. Le turbot, ils peuvent le pêcher plus tard. Et ils en ont 25 % de moins à prendre.» Les travailleurs d’usine en subissent les conséquences. Pêcheries gaspésiennes embauche d’habitude 65 personnes dans la haute saison du turbot. Ces temps-ci, ils sont seulement 15 sur la feuille de paie. Environ 25 travailleurs suivront une formation à l’usine grâce à un programme d’Emploi-Québec, pour combler la période de trou noir. Pêcheries gaspésiennes transforme en moyenne entre 1,2 et 1,3 million de livres par an en temps normal, et doit récupérer, pour cette année, le turbot transformé d’habitude au Marché Blais de Pabos, soit 500 000 livres. L’usine a brûlé plus tôt ce printemps. «Étant donné le retard, si je pouvais faire un million de livres, ce serait vraiment correct. Mais je m’attends plus à faire 800 000 livres», indique monsieur Reeves. LES POISSONS DE FOND – page 16 – Volume 31,3 – Juin-Juillet-Aout 2018

300 X 250 Pétroles Poirier
300 X 250 BAPAP
300 X 250 Entreprises Léo Leblanc
300 X 250 Diesel-Bec
300 X 250 Mirapakon
300 X 250 Wajax MTU
300 X 250 Techno Soude Marine
300 X 250 Desjardins
300 X 250 ZF
300 X 250 Mackay Marine
300 X 250 Lelièvre, Lelièvre et Lemoignan
300 X 250 Hydraunav
300 X 250 Raymarine
300 X 250 Polymos
300 X 250 Wajax Volvo Penta
300 X 250 Kohler Marine
300 X 250 Marindustriel
300 x 250 Trinav
300 X 250 Chantier naval Forillon

À propos de l'auteur : 

Geneviève Gélinas

Geneviève Gélinas travaille comme journaliste pour Graffici et à la pige principalement pour Le Soleil et The Spec. Elle se fait un plaisir de plonger dans le monde des pêches et de l’aquaculture plusieurs fois par année pour le compte de Pêche Impact. Elle s’est fixée à Gaspé pour de bon en 2002, après des études à l’Université de Montréal où elle a complété un certificat en journalisme et un baccalauréat en musique. Née et élevée à Yamachiche en Mauricie, rien ne la destinait à faire sa vie en Gaspésie, sinon des racines à Mont-Louis côté maternel. Elle a débarqué ses bagages à Gaspé, en 2002, et ne les a plus refaits depuis, sinon pour voyager avec son conjoint et leurs deux jeunes Gaspésiens, de souche ceux-là!

Nos partenaires

ÉPAQ
MAPAQ
AQIP
Comité sectoriel de main d'oeuvre des pêches maritimes

Abonnez-vous

Connexion des abonnés

Mot de passe oublié?

Réseaux sociaux

Nous Contacter

Journal Pêche Impact

167, Grande-Allée Est
Grande-Rivière (Québec) G0C 1V0

Téléphone : (418) 385-2126
Télécopieur : (418) 385-2888

Courriel : pecheimp@globetrotter.net