p-21

Les algues de culture : des techniques qui s’affinent

Actualités, Aquaculture, Nouvelles, Pêche, R&D
0

Pour récolter de grandes quantités d’algues et assurer une qualité constante, des mariculteurs et des organismes de recherche tentent de développer la culture en mer. Ajuster les méthodes de croissance, peaufiner les produits alimentaires ou l’extraction de molécules, voir à ce que les résidus soient valorisés… Autant de questions qui mijotent, notamment chez Merinov et ses partenaires.

L’Association de gestion halieutique Mi’gmaq et Malécite (AGHAMM) s’intéresse aux algues depuis quelques années. Elle a d’abord tenté la récolte d’algues sauvages.

«On est situés à Gesgapegiag [près de Maria], où il y a d’assez grandes forêts de laminaires. On a fait l’inventaire de la ressource sauvage, puis des tests. On s’est rendus compte que la qualité était assez variable. On s’est ensuite renseignés sur l’aquaculture d’algues», indique Marie-Hélène Rondeau, biologiste à l’AGHAMM.

Avant tout, l’Association voulait savoir si les algues pouvaient être valorisées. Elle a confié un mandat à une firme de développement bioalimentaire. Résultat : «c’est un produit prometteur, avec des proprié-tés nutritionnelles, qui rehausse le goût et donne de la texture», rapporte Mme Rondeau.

En 2015, l’AGHAMM a installé des plantules de laminaire sucrée sur les filières de moules d’un mariculteur, Éric Bujold, dans la baie de Tracadigache et celle de Cascapédia. Les résultats sont «assez prometteurs» dans une de ces baies, indique Mme Rondeau. Les algues récoltées ont subi diverses transformations à l’usine-pilote de Grande-Rivière, dont une première stabilisation, du séchage et du fumage.

En parallèle, l’AGHAMM a demandé à un chef de préparer des recettes d’algues. Elle a donc dans ses cartons cinq produits à base d’algues, rapporte Mme Rondeau. Reste à définir la suite des choses. «C’est important pour nous d’utiliser des algues produites localement, idéalement par les gens de la communauté. La transformation se ferait sur la réserve», dit-elle.

Jean-Philippe Hébert, président de Fermes marines de Gaspé, en est à son quatrième essai de mise en croissance d’algues dans la baie de Gaspé. Les plantules de deux millimètres sont mises en mer à l’automne et récoltées vers la fin du printemps ou au début de l’été.

«Il y a deux ans, les algues ont survécu mais n’ont pas grandi beaucoup. Elles mesuraient environ un pied. Cette année, on avait des algues jusqu’à quatre mètres de long et toutes mesuraient au moins deux ou trois mètres, avec une belle densité. On s’en vient très bons dans la baie de Gaspé», estime M. Hébert.

L’hiver 2015-2016 était «un peu spécial», admet le mariculteur. «Le couvert de glace a tardé. Les algues ont reçu plus de lumière. Je veux voir si, lors d’un hiver plus normal, avec les modifications qu’on a faites, on pourra répéter les résultats.»

Les plantules de laminaire sont produites à l’écloserie de Newport, qui appartient à l’entreprise sœur, Fermes marines du Québec. M. Hébert estime que la production de plantules de laminaires est maintenant bien maîtrisée. «Nos collecteurs sont bien pleins.»

Pour la suite, «on regarde pour produire deux autres espèces d’algues, dont l’alarie succulente. On fera une nouvelle mise à l’eau à l’automne. [À l’écloserie], on construit une section pilote pour les plantules d’algues commerciales. On voudrait en faire pour récolter 300 à 400 tonnes [poids lors de la récolte]», indique M. Hébert.

Le mariculteur estime que l’étape de commercialisation est arrivée. «On vise à faire de gros tonnages, pour faire de l’extraction de molécules. Une délégation de Chine est venue nous rencontrer le 14 juillet. Ils viennent de Qingdao. Ils achètent des dizaines de milliers de tonnes d’algues par an, d’Australie, du Chili, d’un peu partout. Ils en extraient des alginates, des carotènes. Ils cherchent des algues du Canada. On leur a présenté 14 espèces et on prépare des échantillons pour leur envoyer. Ils ont de l’intérêt au moins pour trois espèces.»

«D’après nos premiers calculs, on pense que ça peut s’avérer très rentable, affirme M. Hébert. Mais il manque des pièces au puzzle. Aura-t-on des algues de quatre mètres tous les ans?», illustre-t-il.

OPTIMAL

Merinov mène toujours le programme de cinq ans Optimal, qui vise à accompagner le développement d’une industrie de culture et de transformation de laminaire. Outre la baie de Gaspé avec Fermes marines, Merinov suit trois autres sites de croissance, indique Isabelle Gendron-Lemieux, chargée de projet pour Optimal.

Merinov a mis des algues en culture au large de Paspébiac pendant cinq saisons de croissance ces dernières années. «C’est un site assez prometteur, où l’on s’attend à de bons rendements, un site témoin avec lequel on peut comparer des paramètres environnementaux», dit la chargée de projet.

Jusqu’ici, Merinov a obtenu la meilleure combinaison de biomasse et de qualité en mettant les algues à l’eau à la mi-septembre et en les récoltant fin mai, indique Mme Gendron-Lemieux.

En 2015-2016, Merinov a testé pour une première fois la culture d’algues sur la Côte-Nord, avec la ferme maricole Purmer, dans la baie de Sept-Îles. «Il y avait une belle densité d’algues. Les rendements étaient moindres qu’à Paspébiac, mais il faut dire que l’eau se refroidit plus vite l’automne sur la Côte-Nord. On réessaye cet automne. Avec une mise à l’eau plus hâtive et un autre type de support, on a espoir d’obtenir de meilleurs résultats», rapporte Mme Gendron-Lemieux.

Aux Îles-de-la-Madeleine, les Moules du large s’essaient depuis deux ans à la culture de laminaire dans la baie de Plaisance. «Il y a eu une amélioration cette année, rapporte la chargée de projet. On a testé de nouveaux supports qui ont permis de meilleurs rendements, mais il y a encore du travail à faire. Le mariculteur est intéressé à essayer une autre année.»

La croissance des algues dépend de plusieurs facteurs : la luminosité, la température de l’eau, le taux de nutriments     et la salinité, explique Mme Gendron-Lemieux.

Les algues récoltées cette année ont servi à toutes sortes de tests. «Une équipe développe des produits alimentaires qui pourraient être repris par des entreprises. On fait le fumage des algues, séchées avant, on fait des croustilles d’algues. L’équipe travaille aussi sur les méthodes de séchage, pour déterminer quelles sont les meilleures pour conserver les molécules qu’on veut extraire.»

Merinov travaille avec divers centres de recherche pour vérifier les propriétés édulcorantes de certaines algues et leur teneur en antioxydants. Cintech de Saint-Hyacinthe testera l’intégration d’algues à des pâtes alimentaires et à des biscottes. Ce centre d’innovation a d’ailleurs réuni un panel de consommateurs peu habitué aux algues, chargé de goûter les produits.

Merinov a lui aussi formé son panel   d’experts, plus aguerri, qui s’entraîne à goûter les algues pour pouvoir porter un jugement sur les produits.

«Le troisième volet, c’est : que fait-on avec les résidus? Les crampons, les gens ne se les arrachent pas. Peut-il y avoir une application pour eux? Et que peut-on faire avec la pâte d’algues qui reste après l’extraction [de molécules]?», poursuit Mme Gendron-Lemieux.

Innofibre, un centre d’innovation de Trois-Rivières, teste des emballages thermomoulés (barquettes) compostables, faits à partir de cette pâte. L’utilisation des algues pour fabriquer du carburant, selon le procédé de biométhanisation, sera aussi testée dans les prochaines années.

Optimal s’étend jusqu’en 2019.

Réf.: DÉVELOPPEMENT – page 21 – Volume 29,4 – Aout – Septembre 2016

300 X 250 AssurExperts Clovis Morris
300 X 250 Lelièvre, Lelièvre et Lemoignan
300 X 250 Marindustriel
300 X 250 Polymos
300 X 250 Mackay Marine
300 X 250 Pétroles Poirier
300 X 250 ZF
300 X 250 Biorex
300 X 250 Hydraunav
300 X 250 Desjardins
300 x 250 Trinav
300 X 250 Entreprises Léo Leblanc
300 X 250 Wajax Volvo Penta
300 X 250 Fairway
300 X 250 Wajax MTU
300 X 250 Kohler Marine
300 X 250 Merinov
300 X 250 BAPAP
300 X 250 Diesel-Bec
300 X 250 GREMM

À propos de l'auteur : 

Geneviève Gélinas

Geneviève Gélinas travaille comme journaliste pour Graffici et à la pige principalement pour Le Soleil et The Spec. Elle se fait un plaisir de plonger dans le monde des pêches et de l’aquaculture plusieurs fois par année pour le compte de Pêche Impact. Elle s’est fixée à Gaspé pour de bon en 2002, après des études à l’Université de Montréal où elle a complété un certificat en journalisme et un baccalauréat en musique. Née et élevée à Yamachiche en Mauricie, rien ne la destinait à faire sa vie en Gaspésie, sinon des racines à Mont-Louis côté maternel. Elle a débarqué ses bagages à Gaspé, en 2002, et ne les a plus refaits depuis, sinon pour voyager avec son conjoint et leurs deux jeunes Gaspésiens, de souche ceux-là!

Nos partenaires

ÉPAQ
MAPAQ
AQIP
Comité sectoriel de main d'oeuvre des pêches maritimes

Abonnez-vous

Connexion des abonnés

Mot de passe oublié?

Réseaux sociaux

Nous Contacter

Journal Pêche Impact

167, Grande-Allée Est
Grande-Rivière (Québec) G0C 1V0

Téléphone : (418) 385-2126
Télécopieur : (418) 385-2888

Courriel : pecheimp@globetrotter.net