Les pêcheurs ensemenceront 200 000 homards cette année

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Depuis 2010, les pêcheurs gaspésiens ont ensemencé près de 600 000 jeunes homards pour repeupler les fonds marins autour de la péninsule. Seulement en 2018, ils auront déposé plus de 200 000 post-larves sur les fonds marins. Pour y arriver, ils utilisent des méthodes inédites en Amérique du Nord. Résultat: ils multiplient par 250 les chances de survie des jeunes homards. Le Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie s’attendait à atteindre un total de    640 000 post-larves ensemencées à la fin du mois de septembre. Pêche Impact est monté à bord du homardier de David-Henry Huard, qui pêche au large de Pabos, pour assister à la mise à l’eau de la prochaine génération de captures. Transportés dans des bacs isothermiques, des milliers de petits homards s’apprêtent à découvrir leur milieu naturel, après un début de vie en écloserie. Ces rejetons de deux centimètres de long sont répartis dans les alvéoles d’un plateau recouvert de papier. Une fois sur le fond, ils s’en extrairont pour aller se cacher sous une roche. On évite ainsi qu’ils soient gobés par un prédateur dès leur mise à l'eau. Norbert Huard, le père de David-Henry, est du voyage. L’homme de 73 ans a vécu le creux des captures de homard au début des années 2000. Il a connu des saisons de 8 000 livres, une pitié. En comparaison, son fils a pêché 60 000 livres l’an dernier. Un record atteint avec davantage de casiers, c’est vrai, mais rien qui explique cette hausse. «C’est difficile de dire si c’est à cause de l’ensemencement. Je pense que c’est un des engrenages de la roue. On a protégé la ressource et l’habitat est plus favorable à la reproduction du homard», observe David-Henry Huard. Ce printemps, M. Huard et les autres pêcheurs de sa sous-zone ont gardé à bord des femelles porteuses d’œufs attrapées dans leurs casiers. Ils ont apporté ces génitrices aux laboratoires de Merinov, à Grande-Rivière, que Jean Côté, le directeur scientifique du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie, nous a fait visiter. Les femelles sont déposées dans des bassins, où l’on hausse la température pour déclencher l’éclosion. De minuscules larves de homard sont alors libérées et   nagent vers la surface. Pour les faire croître, on les gave d’artémies, de petits crustacés élevés sur place. Les larves muent trois fois en 12 jours avant de devenir des post-larves. À cette étape, Jean Côté les appelle ses «petits Superman», parce qu’elles nagent les pinces jointes et tendues vers l’avant. RUCHE À HOMARDS Ces post-larves ne sont pas commodes : «Elles se battent, s’arrachent les pinces, se mangent entre elles», rapporte M. Côté. C’est le temps de les transférer dans l’Aquahive, littéralement «aquaruche», un système écossais que le Regroupement a été le premier à utiliser en Amérique du Nord. Les employés prélèvent à la poire à jus chaque petit homard et le déposent dans l’alvéole d’un plateau. Ces plateaux s’empilent pour former la «ruche», où l’eau et la nourriture circulent. «Les post-larves sont isolées, elles ne peuvent pas se manger entre elles. Et c’est plus facile d’entretien : en une heure, je nourris mes 48 000 homards répartis dans 12 ruches», indique Jean Côté. Vers l’âge de 24 jours, le petit homard devient capable de descendre au fond et de se cacher des prédateurs. En pleine nature, un seul homard sur 1 000 atteindra ce stade. En écloserie, le quart y arrivera, soit un taux de survie 250 fois plus élevé. «Ce qu’on veut, c’est compenser 5 % de ce qu’on prélève», explique Jean Côté. Avec 4 millions d’individus pêchés en 2017, ça veut dire un objectif de 200 000 petits homards annuellement. Au moment d’écrire ces lignes, le Regroupement naviguait vers l’atteinte de cet objectif en 2018. L’organisme investit environ       100 000 $ par an dans l’opération. L’impact de l’ensemencement est difficile à mesurer, reconnaît M. Côté. «On se dit que ça ne peut pas faire de tort. On aide mère Nature, mais on ne peut pas se substituer à elle.» Une chose est sûre : les pêcheurs tiennent au programme d’ensemencement, qui les sensibilise à la conservation, observe M. Côté. Sur le bateau de David-Henry Huard, pêcheurs et techniciens laissent filer le dernier plateau de homards vers le fond. «Je suis père de famille et quand je fais ça, je pense à la relève, à assurer la viabilité de la ressource», déclare le pêcheur. LA GASPÉSIE – page 11 – Volume 31,4 – Septembre-Octobre-Novembre 2018

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À propos de l'auteur : 

Geneviève Gélinas

Geneviève Gélinas travaille comme journaliste pour Graffici et à la pige principalement pour Le Soleil et The Spec. Elle se fait un plaisir de plonger dans le monde des pêches et de l’aquaculture plusieurs fois par année pour le compte de Pêche Impact. Elle s’est fixée à Gaspé pour de bon en 2002, après des études à l’Université de Montréal où elle a complété un certificat en journalisme et un baccalauréat en musique. Née et élevée à Yamachiche en Mauricie, rien ne la destinait à faire sa vie en Gaspésie, sinon des racines à Mont-Louis côté maternel. Elle a débarqué ses bagages à Gaspé, en 2002, et ne les a plus refaits depuis, sinon pour voyager avec son conjoint et leurs deux jeunes Gaspésiens, de souche ceux-là!

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