Mariculture en Gaspésie : récolte modeste de moules, records dans le pétoncle et l’huître

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Les récoltes de moules bleues ont été très modestes cette année en Gaspésie, avec moins de 150 000 livres au total dans la baie de Gaspé et dans la baie des Chaleurs. Des quantités de pétoncle record ont toutefois été récoltées par Fermes marines de Gaspé, et les huîtres William B. de la baie des Chaleurs   connaissent aussi leur troisième et meilleure saison d’existence.

Chez Les Moules de la baie de Gaspé, on avait déjà commencé à se préparer pour l’hiver le 20 novembre, au moment de l’entrevue avec Pêche Impact. L’arrivée hâtive du froid devance la fin de la saison. «Hier, on calait des lignes [pour les protéger des glaces]. Aujourd’hui et demain, on récolte», lançait le copropriétaire Étienne Dufresne.

M. Dufresne estime qu’il aura récolté environ 55 000 livres de moules en 2018. C’est bien loin de l’objectif de 300 000 livres par an fixé lorsqu’Étienne a pris la relève de son père avec son frère Jacques Junior, en 2014. L’absence de système de transport pour distribuer des produits vivants hors de la Gaspésie limite son marché, explique M. Dufresne. «Tu ne peux pas laisser ça dans un truck pendant trois jours!» Seuls les restaurateurs et poissonniers gaspésiens, ainsi que quelques épiceries de la région, sont donc approvisionnés.

Les moules de Gaspé connaissent quand même un succès d’estime : leur grande taille, leur côté charnu et coloré leur valent des compliments. C’est que l’entreprise récolte des moules de quatre ou cinq ans alors qu’elles sont normalement commercialisées après trois ans de croissance.

La méthode de récolte joue aussi sur la qualité. Une fois récoltée, la moule de la baie de Gaspé est «dégrappée», triée et mise en sacs de 25 livres sur le bateau. Elle est ensuite entreposée dans un bac de contention dans les eaux de la baie. «On les laisse au moins trois heures dans le bac, pour qu’elles se regorgent d’eau et se nettoient», explique M. Dufresne.

À cause de la problématique du transport, les moules s’accumulent sur les lignes de production. «On en a beaucoup de prêtes pour l’an prochain. On accumule. Cette année, je n’ai pas pu libérer assez de lignes pour mon nouveau naissain. J’ai pu mettre juste six lignes de captage», indique M. Dufresne.

MEILLEURS PRIX

Les Moules de la baie de Gaspé vendent leur produit 1,30 $ la livre à leurs distributeurs. À la Ferme maricole du Grand Large, à Carleton, Éric Bujold vend ses moules entre 1,50 $ et 1,60 $ la livre à son distributeur. Il s’agit d’une hausse depuis 2010, alors ce type de commercialisation rapportait entre 1 $ et 1,25 $ la livre. «On n’a pas un gros volume, on a un produit haut de gamme. Nos volumes ont descendu, il a fallu augmenter les prix pour y arriver», dit M. Bujold.

Dans la baie des Chaleurs, les quatre producteurs encore actifs ont récolté 90 000 livres de moules au total. C’est peu, reconnaît Éric Bujold, qui s’occupe des productions des trois autres – Moules     Carleton-sur-Mer (20 000 livres cette année), Moules Tracadigash (aucune récolte) et Ferme de développement maricole Nord Sud (30 000 à 35 000 livres) – en plus de sa propre production        (35 000 livres).

«Depuis trois ou quatre ans, c’est ce que les canards nous laissent!», lance M. Bujold. Les macreuses, un canard marin, mangent les moules des mariculteurs. Les moyens testés pour protéger les mollusques ont donné des résultats mitigés. «On a mis des cages de rétention qui protègent les collecteurs mais la croissance est lente», dit le mariculteur.

HUÎTRES

M. Bujold et son fils William ont récolté environ 200 000 huîtres cette année, comparativement à       115 000 huîtres en 2017 et 25 000 en 2016, la première année de production. Il s’agit d’huîtres importées du Nouveau-Brunswick, qui passent un minimum de quatre semaines dans les eaux de la baie des Chaleurs, côté Gaspésie, «le temps qu’elles prennent l’accent gaspésien», lance M. Bujold. «Ça va bien, le marché est là et les canards n’en mangent pas!», ajoute-t-il.

M. Bujold pense à se diversifier en mettant en culture du pétoncle, vu les problèmes de prédation dans la moule et la fragilité de la partie huîtres de son entreprise. «On est à la merci d’un fournisseur du Nouveau-Brunswick. S’il arrive quelque chose, on est fait», dit-il.

PÉTONCLES

Justement, dans le pétoncle, Fermes Marines de Gaspé connaît en 2018 sa meilleure année de ventes à vie. Le président Jean-Philippe Hébert préfère toutefois garder pour lui le nombre de pétoncles vendus. Il estime que le pétoncle élevé dans la baie de Gaspé est de plus en plus connu : «Au cours des dernières années, on a fait connaître la production. Cette année, au fur et à mesure qu’on récoltait, on était toujours back order.»

Ces bonnes ventes font que Fermes Marines se retrouvera plus vite à court de pétoncle. «Je n’ai pas pu remplir mes viviers autant que d’habitude. Avant, on avait des pétoncles jusqu’au Grand prix de Montréal [en juin]. L’an passé, on s’est rendu à la Saint-Valentin. Cette année, je ne suis même pas sûr qu’on va se rendre à Noël», indique M. Hébert.

Deux raisons expliquent que Fermes Marines manque de pétoncle. Ses inventaires ont diminué à cause d’un arrêt de production vers 2014. À l’époque, Fermes Marines s’était retrouvée à court d’argent parce qu’elle avait été privée d’un crédit d’impôt qu’elle espérait recevoir. La météo difficile – du vent et du froid – a également raccourci la saison de récolte cette année. Fermes Marines a sorti son bateau de l’eau le 15 novembre. «Normalement, on le sortait entre le 29 novembre et le 15 décembre. On perd trois semaines», rapporte M. Hébert.

Cette année, Fermes Marines a mis non seulement du pétoncle en culture dans la baie de Gaspé en vue des prochaines années, mais également 500 000 jeunes huîtres mesurant entre 4 et 30 millimètres de diamètre.

Du côté de son écloserie de Newport, «on a eu une très bonne saison de production de naissain [de pétoncle]. On a fortement amélioré le temps entre la ponte et la fixation. On a quasiment enlevé 30 % du temps», rapporte M. Hébert. Ce raccourcissement du processus a permis de multiplier par quatre le taux de pétoncles qui parviennent à se fixer, une «poussée spectaculaire», selon M. Hébert.

«On a augmenté notre capacité de production au plan des huîtres, ajoute M. Hébert. On a de belles avancées pour les plantules d’algues, de nouveaux clients potentiels qui nous laissent croire que le marché va décoller.»

Fermes Marines du Québec est également en démarche pour transférer à son écloserie le cheptel de loup tacheté (un poisson marin) appartenant à Pêches et Océans Canada et hébergé à l’Institut Maurice-Lamontagne de Mont-Joli. Les loups, qui ont fait l’objet d’études, devaient être euthanasiés. «On a monté un projet pour les maintenir dans nos bassins et les reproduire. On élabore une étude de faisabilité économique avec une autre entreprise québécoise qui est intéressée à faire le grossissement», explique M. Hébert.

Les 600 loups pèsent entre six et quinze kilos chacun. «On trouvait important de les sauver. Beaucoup d’argent a été investi, c’est un cheptel d’une espèce protégée. Ça veut dire que s’il est abattu, c’est interdit d’aller en chercher d’autres géniteurs [à l’état sauvage].»

MARICULTURE – page 32 – Volume 31,5 – Décembre 2018 – Janvier 2019

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À propos de l'auteur : 

Geneviève Gélinas

Geneviève Gélinas travaille comme journaliste pour Graffici et à la pige principalement pour Le Soleil et The Spec. Elle se fait un plaisir de plonger dans le monde des pêches et de l’aquaculture plusieurs fois par année pour le compte de Pêche Impact. Elle s’est fixée à Gaspé pour de bon en 2002, après des études à l’Université de Montréal où elle a complété un certificat en journalisme et un baccalauréat en musique. Née et élevée à Yamachiche en Mauricie, rien ne la destinait à faire sa vie en Gaspésie, sinon des racines à Mont-Louis côté maternel. Elle a débarqué ses bagages à Gaspé, en 2002, et ne les a plus refaits depuis, sinon pour voyager avec son conjoint et leurs deux jeunes Gaspésiens, de souche ceux-là!

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