Marque certifiée Keshken : des produits de la mer bercés par la vague autochtone

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L’Agence AMIK a lancé à Sept-Îles/Uashat en avril la marque de certification Keshken, qui permettra de retracer le bateau de pêche, le lieu de capture et le chemin parcouru par un produit marin. Le projet prend vie avec le pétoncle de la Minganie.
Les premières étiquettes Keshken se retrouvent depuis quelques semaines sur des sacs de pétoncle d’Islande sur les tablettes de la Poissonnerie Fortier, propriété d’une entreprise du conseil de bande d’Ekuanitshit près de Havre-St-Pierre en Minganie. L’étiquette sera aussi bientôt apposée sur des homards de la Baie de Sept-Îles. Les homards pêchés ce printemps par l’entreprise Pêcheries Uapan seront étiquetés de la nouvelle marque de commerce autochtone.
Le projet Keshken chemine depuis 2014. Il vise à long terme une certification d’authenticité pour l’ensemble des Premières nations du Canada. Il prévoit d’abord la mise en marché de 5 produits issus des pêches des sept communautés membres de l’Agence AMIK (Mamu Innu Kaikusseht-Ensemble les pêcheurs autochtones), dont le buccin, le crabe des neiges, le homard, le pétoncle et l’oursin vert. L’agence spécialisée dans les pêcheries célébrait son 10e anniversaire à l’automne. Elle s’intéresse à toutes les sphères de l’industrie de la pêche, avec des initiatives en conservation, en gestion, en recherche et développement.
PREMIERE VAGUE SUR LE MARCHE
Les aliments Keshken (première vague en langue innue) garantissent un contrôle strict pour une qualité élevée et l’implication d’une Première nation à au moins deux des trois étapes de la commercialisation, soit la pêche, la transformation et la distribution. Grâce à un code unique inscrit sur l’étiquette de chaque produit de marque Keshken en magasin, la traçabilité permet au consommateur de connaître la date de capture, le lieu, le bateau de pêche, le quai de débarquement, l’usine de transformation et la poissonnerie où a transité le fruit de mer qui se retrouve dans son assiette.
L’acheteur peut même écrire au capitaine et à l’équipage. Des vidéos sur les pêches autochtones de chacune des espèces inscrites au projet Keshken sont déjà visibles sur le site web. On y parle de l’histoire des pêcheries autochtones, des communautés impliquées, de traditions… On y aperçoit les artisans en action pour la capture de diverses espèces sur plusieurs bateaux de pêche.
L’Agence AMIK a conclu un partenariat avec Ecotrust Canada pour l’utilisation du système de traçabilité Thisfish, qui permet une transparence totale grâce à un site Internet facile à utiliser. Ecotrust est une organisation sans but lucratif qui œuvre aussi avec des certifications en foresterie. Le site thisfish trace de nombreux bateaux de pêche dans l’Ouest canadien. Le logiciel de traçabilité se développe aussi à Terre-Neuve. Keshken devient le premier utilisateur au Québec.
On retrace maintenant les produits autochtones de la Côte-Nord sur le site www.keshken.com. Il renferme une foule d’informations sur la pêche par les Innus sur le vaste territoire s’étendant des Escoumins jusqu’à Saint-Augustin en Basse-Côte-Nord.
«Cela apporte une grande transparence pour le consommateur. Les gens veulent savoir d’où viennent leurs produits! La traçabilité pourra s’étendre à bien des aliments comme les algues de la Côte-Nord, qui sait un jour», affirme la responsable en recherche et développement à l’AMIK, Annie Gallant.
Sur le plan économique, les pêches autochtones se distinguent par le fait que les permis accordés par le ministère des Pêches et des Océans appartiennent aux conseils de bande. Sur la Côte-Nord, les pêches représentent plus de 250 emplois chez les Innus, mais aussi des profits qui reviennent dans leurs communautés. Keshken met en évidence une réussite économique de la nation innue.
«Le premier avantage, c’est que les gens savent qu’ils encouragent une communauté autochtone de la Côte-Nord. Tout l’argent retourne dans la communauté, autant les profits de la pêche que les salaires puisque les équipages sont presque 100% autochtones. Il s’agit d’une garantie d’authenticité, de soutien à une communauté et de fraîcheur et le tout est retraçable. Voilà la valeur ajoutée Keshken», ajoute madame Gallant.
Elle précise que le projet comprend des avantages tout aussi intéressants pour les pêcheurs et l’industrie. «Il y a une rétroaction lorsque le consommateur retrace son produit. Le pêcheur peut voir sur une mappemonde où a été acheté et tracé son produit. Ça humanise le métier de pêcheur. Le consommateur peut mettre un visage sur un travail qui l’alimente. Il peut voir qui se lève tôt le matin pour aller pêcher de bons pétoncles, par exemple.»
La traçabilité mis en place par l’AMIK se distingue de celle du homard de la Gaspésie. L’Agence innove en allant plus loin que la pêche dans les informations fournies. Le passage à l’usine et dans le commerce de vente s’ajoutent. «Même un produit transformé ou cuisiné pourra avoir une traçabilité», précise Annie Gallant.
DU CRABE KESHKEN
Avec des entreprises appartenant aux communautés comme Pêcheries Shipek (Ekuanitshit), Pêcherie Uapan (Uashat mak Mani-Utenam), l’usine Umek à Sept-Îles et l’Agence de pêche AMIK, les Innus sont devenus le cœur de l’industrie du crabe des neiges de la Côte-Nord. Dans la vaste et lucrative zone 16 en Moyenne-Côte-Nord, par exemple, les communautés autochtones cumulent 15 des 39 permis traditionnel de pêche au crabe.
La responsable du projet Annie Gallant croit que même les grandes quantités de crabe capturées par les Innus de la Côte-Nord pourront s’afficher Keshken et se retrouver aux États-Unis et au Japon. «Les codes uniques pourront très bien être apposés sur des boites qui prennent le chemin de Boston ou du Japon, remarque la porte-parole de l’AMIK. Les communautés innues ne sont pas tous rendues à la même place pour l’instant dans la commercialisation de leurs produits de la mer. Certaines ont déjà de bons outils, mais pour certaines pêches dont le buccin, l’implication des Autochtones est encore méconnue.»
Keshken garantit le respect de quatre critères: l’authenticité autochtone, le soutien aux communautés, la qualité et la traçabilité. Le projet crée déjà beaucoup de fierté chez les Innus de la Côte-Nord. «Il y a indéniablement un côté social au projet. Nous formons des capitaines autochtones pour nos bateaux de pêche autochtone depuis quelques années. Ils sont impliqués dans l’industrie», soutient Annie Gallant.
GRAND POTENTIEL POUR L’AVENIR
La première vague de produits Keshken est appelé à se développer progressivement. Grâce à une subvention de Développement Économique Canada, tous les outils du projet de traçabilité des Premières nations du Québec seront mises en place d’ici octobre 2017. Par la suite, la vague devrait inonder les marchés internationaux à partir 2018.
L’Agence de pêche autochtone voit un grand potentiel dans le projet Keshken qui répond bien à la volonté croissante du consommateur de connaître les produits qui se retrouvent dans son assiette. L’agence AMIK surveille l’évolution des technologies de conservation des produits alimentaires. Elle envisage de soutenir des projets de produits cuisinés, qui pourraient se voir apposer l’étiquette Keshken.
Des entreprises autochtones comme Pêcheries Shipek, honorée comme entreprise Innovation de l’année au récent Forum bioalimentaire Côte-Nord, est déjà proactif avec plusieurs projets sur des espèces marines d’avenir, la transformation et les nouvelles tendances de mise en marché. Le projet Keshken vient se substituer à celui d’obtenir un label d’appellation contrôlée pour les crevettes de Sept-Îles ou les pétoncles de la Minganie. «Le but ultime est de vendre nos produits, avec une valeur ajoutée. Notre marque de commerce permet de remonter jusqu’à la source. Ça permet de se distinguer dans l’océan de produits de la mer disponibles au Québec et ailleurs», conclut la responsable du projet de traçabilité des pêches autochtones au Québec, Annie Gallant.

Réf.: PÊCHES AUTOCHTONES – page 29 – Volume 30,2 – Avril-Mai 2017

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À propos de l'auteur : 

Jean St-Pierre

Jean St-Pierre œuvre dans le domaine des communications depuis 1983, d’abord dans son Saguenay natal, puis à Havre-Saint-Pierre et à Sept-Îles. Il a travaillé comme animateur et journaliste, notamment au Nord-Est, à CILE-MF et Pur FM 94. Jean agit comme correspondant à Pêche Impact en Côte-Nord, depuis plusieurs années.

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