Pêche au turbot : importante diminution des captures autorisées

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Après les maigres prises de turbot de l’année dernière, Pêches et Océans Canada pourrait diminuer de moitié le total des captures autorisées. Les pêcheurs s’y opposent et suggèrent plutôt de diminuer de 25 % l’allocation pour la saison 2018-2019.

L’an dernier, seulement 44 % de l’allocation de 2018-2019 a été capturée, soit 1 665 tonnes sur    3 750 tonnes. Comme la saison de turbot s’échelonne du 15 mai d’une année au 14 mai de l’année suivante, les pêcheurs ont l’habitude de laisser un peu de leur quota à l’eau pour le printemps suivant, mais jamais autant.

L’indice de performance de la pêche a diminué de 36 % entre 2016 et 2017 dans l’ensemble du golfe, calculent les scientifiques de Pêches et Océans. Il est maintenant sous la moyenne des années 1999 à 2016. Dans l’ouest du golfe, la chute de cet indice atteint 50 %.

Le recrutement à la pêche, c’est-à-dire les turbots qui s’apprêtent à atteindre la taille légale de 44 centimètres, est incertain. «La croissance des deux très fortes cohortes de 2012 et 2013 est beaucoup moindre qu’attendu», explique Johanne Gauthier, biologiste en évaluation des stocks de poisson chez Pêches et Océans Canada.

Les relevés du ministère montrent une baisse de 44 % des indices de biomasse des turbots de plus de 40 centimètres; les résultats des pêches sentinelles, une diminution de 30 %.

Des températures records ont été enregistrées en 2017 dans les eaux profondes du golfe. Pour le turbot, une espèce d’eau froide, cette hausse peut entraîner une perte d’habitat et une diminution de la croissance.

«On note une diminution de l’oxygène à la tête des chenaux, notamment du chenal laurentien, où il y a une pouponnière de turbot. La croissance diminue quand l’oxygénation diminue», note Mme Gauthier.

L’arrivée massive de sébaste, espèce en concurrence avec le turbot, pourrait aussi lui nuire. «Ils ont des niches écologiques   et des proies similaires, notamment la crevette nordique», indique la biologiste.

Après un début de printemps prometteur en 2017, des pêcheurs ont noté une baisse de leurs prises à la suite de fortes crues. Mme Gauthier ne peut dire si ce facteur a nui au turbot. «Le turbot se pêche à 200 à 300 mètres de profondeur alors que l’eau douce se distribue en surface», remarque-t-elle toutefois. L’arrivée d’eau douce s’est fait sentir surtout dans l’ouest du golfe, mais la diminution a été constatée partout dans le golfe, ajoute la biologiste.

PERSPECTIVES PRÉOCCUPANTES

Les perspectives à court terme pour le turbot sont préoccupantes, jugent les scientifiques de Pêches et Océans. «Conséquemment, les prélèvements devraient être diminués pour la saison de pêche 2018-2019 afin d‘éviter une augmentation du taux d’exploitation», écrivent-ils dans leur évaluation.

Pour garder le même taux, il faudrait diminuer l’allocation de 50 %, indique Mme Gauthier.

Au moment d’écrire ces lignes, le ministre n’avait pas statué sur le plan de pêche 2018-2019.

Une baisse de moitié des captures autorisées serait «trop drastique», croit le directeur du Regroupement des pêcheurs professionnels du nord de la Gaspésie, Jean-René Boucher. «Il y a tellement de changements dans l’écosystème, 2016 a été tellement une bonne année, ça ne peut pas avoir diminué d’un coup sec.»

«Les gens à la gestion savent qu’on prône la stabilité. Il y a des années où on aurait pu augmenter le TAC [total des captures autorisées], on ne l’a pas fait. Une baisse de 50 % aurait énormément d’effets négatifs», ajoute M. Boucher.

Le Regroupement propose une baisse de 25 %, ce que le directeur déclare être «un pas dans la bonne direction».

La pêche au turbot s’autorégule de toute façon, explique M. Boucher. «Les filets maillants sont sélectifs. On ne prend que les plus gros turbots. La relève ne serait pas affectée. Si le poisson n’est pas au rendez-vous, les gars n’iront pas à la pêche, question de rentabilité.»

PÊCHE DIFFICILE

Steeve Breton, de Cap-Chat, a commencé à pêcher dès le 1er avril, près de la Côte-Nord puis en face de Cap-Chat. «Ça va pareil comme l’an dernier, ça va pas fort. Je sors tous les deux jours et je prends 1 500 à 2 000 livres par sortie, pas plus. Les années où ça va bien, on prend 4 000 à 5 000 livres, facile», rapporte le pêcheur au moment de l’interview, le 26 avril. L’an dernier, M. Breton a laissé à l’eau 90 000 des 170 000 livres de son quota. Il ne s’attend pas à compléter sa pêche d’ici le 14 mai.

D’autres pêcheurs sont allés au turbot, mais plus tard et moins assidument. Danny Cassivi avait levé ses filets deux fois le 26 avril, au large de Grande-Vallée, en allant vers Mont-Louis. «C’est tranquille. Mais la météo n’a pas aidé, on n’a pas pu se placer comme on voulait.» Il aurait         60 000 livres à prendre ce printemps. S’il a laissé une si large part de son quota à l’eau, note M. Cassivi, c’est qu’il a réagi à la rareté du turbot en mettant une partie de ses efforts ailleurs, l’an dernier. «On a diversifié notre pêche, prolongé notre saison de crabe en louant du quota. J’ai fait la pêche au flétan [de l’Atlantique] et à la morue en même temps que le turbot.»

INTERFÉRENCE DU CRABE

Plusieurs pêcheurs de turbot qui capturent aussi du crabe des neiges ne savaient plus sur quel pied danser ce printemps. «Habituellement, je serais allé pêcher le turbot avant le 15 mai. Mais on s’est dits : il faut qu’on se garde prêts pour le crabe», indique Rosario Junior Dunn, de Rivière-au-Renard. Il n’a pas mis ses filets à l’eau même s’il avait encore 10 000 livres du turbot à pêcher de son quota 2017-2018. Il connaît plusieurs autres pêcheurs qui ont agi comme lui. «Si Pêches et Océans avait ouvert de bonne heure la pêche au crabe, avec nos petits quotas, on aurait déjà fini et il n’y aurait plus nos cordages dans l’eau.»

Le ministre des Pêches et des Océans, Dominic LeBlanc, s’était engagé à ouvrir la pêche au crabe dans la zone 12 le plus tôt possible. Le but : que les pêcheurs retirent leurs cordages et leurs casiers de l’eau avant l’arrivée de la baleine noire, une espèce menacée de disparition, qui s’empêtre parfois dans les engins de pêche. Finalement, la pêche au crabe a seulement commencé le 29 avril, en raison de la présence de glaces dans les ports du nord du Nouveau-Brunswick.

Pêches et Océans prévoit des fermetures de secteurs de pêche pour 15 jours si une baleine noire y est aperçue. Ces mesures rendent les pêcheurs nerveux, note M. Dunn. «S’il n’y avait pas eu la question de fermer des zones, je serais allé pêcher mon turbot et j’aurais pris mon crabe après.»

Réal Cotton, de L’Anse-au-Griffon, n’a pas mis tous ses filets à l’eau pour le turbot, soucieux lui aussi d’être paré à partir pour la pêche au crabe. «Avoir su que ça ouvrirait si tard, je serais parti le 1er avril pour Matane pour pêcher le turbot […]. Je ne comprends pas qu’ils n’aient pas ouvert la pêche au crabe pour nous qui étions prêts. Il faut toujours attendre après Caraquet. En deux ou trois semaines, tous nos quotas auraient été pris. Ça aurait pu enlever plusieurs bateaux et plusieurs cordages dans le coin.»

LES POISSONS DE FOND – page 16 – Volume 31,2 – Avril-Mai 2018

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À propos de l'auteur : 

Geneviève Gélinas

Geneviève Gélinas travaille comme journaliste pour Graffici et à la pige principalement pour Le Soleil et The Spec. Elle se fait un plaisir de plonger dans le monde des pêches et de l’aquaculture plusieurs fois par année pour le compte de Pêche Impact. Elle s’est fixée à Gaspé pour de bon en 2002, après des études à l’Université de Montréal où elle a complété un certificat en journalisme et un baccalauréat en musique. Née et élevée à Yamachiche en Mauricie, rien ne la destinait à faire sa vie en Gaspésie, sinon des racines à Mont-Louis côté maternel. Elle a débarqué ses bagages à Gaspé, en 2002, et ne les a plus refaits depuis, sinon pour voyager avec son conjoint et leurs deux jeunes Gaspésiens, de souche ceux-là!

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