Prix de la crevette : les pêcheurs demandent un panel comme à Terre-Neuve

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Les crevettiers du Grand Gaspé demandent à la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec de mettre sur pied une méthode de fixation des prix calquée sur celle de Terre-Neuve, où un panel décide des prix avant le début de la saison. Les usines signataires du plan conjoint rejettent cette proposition et militent plutôt pour un prix variable en fonction du marché. Le 29 août, à Gaspé, la Régie des marchés agricoles et alimentaires (RMAAQ) a entendu la demande présentée par l’Office des pêcheurs de crevette du Grand Gaspé en octobre 2017. Les pêcheurs se plaignent que les négociations s’étirent trop souvent au-delà du 1er avril, date du début de la pêche, et que leurs voisins non assujettis au plan conjoint obtiennent de meilleurs prix qu’eux. À Terre-Neuve, les deux parties ont un délai limité pour s’entendre. Au cas où ils n’y arrivent pas, une date d’arbitrage est fixée d’avance, avant le début de la pêche. Un panel de trois personnes nommées par le gouvernement de Terre-Neuve reçoit alors les propositions des deux parties et leurs arguments. Il rend sa décision rapidement, en deux à trois jours en général. Ce mécanisme a lieu à trois reprises pendant l’année, pour déterminer des prix différents pour le printemps, l’été et l’automne. Le panel choisit l’une des deux propositions, celle des pêcheurs ou celle des transformateurs. «Pour espérer que le panel tranche en leur faveur, les deux parties se doivent d’être le plus réalistes possible, car une proposition frivole n’aurait à peu près pas de chance d’être considérée», argue l’Office des pêcheurs dans son mémoire présenté à la RMAAQ. L’Office demande à ce que le nouveau mécanisme soit en place à temps pour la saison de pêche 2019. Un mécanisme d’arbitrage des plans conjoints existe déjà au Québec, admet le directeur général de l’Office, Patrice Element. Toutefois, il est beaucoup trop lent, juge-t-il. À titre d’exemple, la Régie a déterminé en janvier 2017 quel prix obtiendraient les crabiers de la zone 16 pour leurs prises du printemps 2016. Les pêcheurs font valoir que depuis les débuts du plan conjoint en 2001, les usines et les capitaines ont signé la convention le 1er avril à seulement trois reprises, en 2005, 2011 et 2012. Une entente ou un arbitrage est intervenu plus tard dans tous les autres cas. Parfois aussi tôt que le 3 avril, comme en 2014. Mais souvent beaucoup plus tard, comme en 2017, alors que les parties ont signé seulement le 18 mai, ou en 2016, où cette signature a eu lieu le 19 avril. «La réalité du jeu de négociations et l’historique entre les deux parties font que les deux parties tentent toutes deux de mettre de la pression sur l’autre en retardant le moment de faire des concessions. Ainsi, dans les quatre dernières années, les prix offerts par les transformateurs au 1er avril étaient beaucoup plus bas que les prix sur lesquels les deux parties ont fini par s’entendre», écrit l’Office dans son mémoire. Une différence de quelques sous la livre peut grandement modifier la rentabilité d’une entreprise de pêche, font valoir les pêcheurs. Ils décrivent comme «un effet pervers du modèle actuel» le fait qu’il est presque toujours rentable pour eux de ne pas commencer à pêcher le 1er avril. Ce retard peut toutefois plonger des travailleurs d’usine de transformation de la crevette dans le «trou noir», une période sans prestation ni salaire. «La pression sociale est sur les pêcheurs, pour qu’ils sortent pêcher», observe Patrice Element, directeur de l’Office. «Les pêcheurs non assujettis au plan conjoint sont payés plus cher que nous», estime aussi M. Element. C’est le cas pour les crevettiers qui livrent leurs prises à l’usine de Matane, dit-il, mais aussi pour les pêcheurs de Terre-Neuve et de Norvège, souvent pour de la crevette plus petite et de qualité moindre. Dans son mémoire, l’Office compare les prix payés au Québec sur l’ensemble de la saison à ceux payés à Terre-Neuve au printemps, à l’été et à l’automne. En 2018, les crevettiers du Grand Gaspé ont obtenu une moyenne de 1,35 $ la livre, comparativement à 1,47 $ à Terre-Neuve. L’an dernier, les pêcheurs québécois ont reçu 0,95 $ la livre, tandis que les Terre-Neuviens étaient payés 0,95 $ au printemps,   1,25 $ à l’été et 1,30 $ à l’automne. Les crevettiers du Grand Gaspé estiment aussi qu’ils auraient de meilleures chances de convaincre leurs confrères qui livrent à l’usine de Matane de se joindre au plan conjoint s’ils avaient la garantie que la pêche démarre le 1er avril. «La première raison de leur opposition, c’était qu’on commence plus tard que le 1er avril», rapporte M. Element. L’Office des pêcheurs rapporte que cette année, les pêcheurs actionnaires de Marinard sont partis en mer dès le 31 mars, avant qu’une entente soit conclue. Les transformateurs ont convaincu quelques bateaux supplémentaires de faire de même par la suite. «Cette nouvelle donne aurait pu modifier le rapport de forces entre les deux parties», écrit l’Office. Une fois l’entente conclue, les autres usines ont commencé à offrir des prix supérieurs à l’entente, indiquent les pêcheurs du Grand Gaspé. «Nous sommes maintenant dans un schème où le reste de l’industrie attend que les prix du plan conjoint soient conclus pour offrir plus», conclut l’Office. Un peu moins de 30 crevettiers sont membres de l’Office des pêcheurs de crevette du Grand Gaspé. Ils livrent leurs prises chez Pêcheries Marinard de Rivière-au-Renard et La Crevette du Nord Atlantique de l’Anse-au-Griffon, deux usines représentées par l’Association québécoise de l’industrie de la pêche (AQIP). NON DE L’AQIP L’AQIP refuse catégoriquement la méthode proposée par les pêcheurs. Au Québec, la Loi sur la mise en marché des produits agricoles prévoit déjà des étapes de conciliation et d’arbitrage si la négociation échoue, insiste l’Association. La Régie des marchés agricoles a la responsabilité de trancher. «C’est le rôle de la Régie, pas d’un panel […]. On est convaincu que la Régie n’a pas le droit de déléguer ce pouvoir à un panel», dit Jean-Paul Gagné, le directeur général de l’AQIP. L’AQIP fait valoir qu’au printemps, il y a très peu de pêche à la crevette à Terre-Neuve, soit à cause des glaces, soit à cause de la priorité donnée à la capture du crabe des neiges. Contrairement aux usines gaspésiennes, une partie des usines de transformation de crevette de Terre-Neuve transforment plusieurs espèces, ce qui leur permet de mieux répartir leurs coûts fixes, ajoute l’AQIP. De 2001 jusqu’à aujourd’hui, seulement deux arbitrages ont été nécessaires, signale l’AQIP. «On peut sérieusement dire que le plan conjoint de la crevette a conduit à des conventions de mise en marché négociées année après année d’une façon exemplaire», écrit l’AQIP dans sa proposition à la Régie. L’AQIP affirme aussi être capable de démontrer que les crevettiers du Grand Gaspé ont «toujours reçu les meilleurs prix par rapport aux autres provinces productrices» de 2001 à 2014. À partir de 2015, les prix ont grimpé à Terre-Neuve à cause de la diminution des stocks de crevette, note l’AQIP. Contrairement aux pêcheurs, les propriétaires d’usines estiment qu’il n’y a «pas de délai indu» pour le début de la saison de pêche. Les transformateurs souhaitent plutôt une méthode de fixation des prix basée sur le marché, soit un pourcentage du prix de vente moyen pondéré obtenu sur le marché. Selon Jean-Paul Gagné, «notre proposition de pourcentage du prix de vente, on peut la faire demain matin! C’est la seule proposition qui peut marcher si on veut s’entendre d’avance». Cette méthode est utilisée avec succès pour le homard des Îles-de-la-Madeleine, fait-il remarquer. «Pourquoi la Régie, qui siège à trois régisseurs, ne peut-elle pas arbitrer le litige pour la saison entière avec une méthode de fixation des prix basée sur le marché pendant la saison?», demande l’AQIP. Les industriels déplorent que la décision d’un panel calqué sur celui de Terre-Neuve soit finale et sans appel. Une des deux parties pourrait se sentir lésée et cesser ses activités. «On ne serait pas plus avancés que de commencer quelques jours après le 1er avril chaque année», indique l’AQIP. L’Office des pêcheurs rétorque que les offres passées de l’AQIP utilisant la méthode d’un pourcentage du prix du marché auraient diminué les revenus des pêcheurs, tout en leur transférant une part plus importante du risque. CASE DÉPART À l’issue de l’audience du 29 août, «la Régie a invité les parties à retourner négocier. Elles devront faire rapport à la Régie de l’avancement des négociations. Si elles ne s’entendent pas, une date sera fixée à la mi-février pour les réentendre», indique Claudine Martineau Langevin, secrétaire par intérim de la RMAAQ. Monsieur Gagné estime que la Régie renvoie ainsi les parties «à la case départ». «Je ne suis pas à l’aise avec cette décision», dit-il. Si jamais les régisseurs finissaient par   accepter la proposition des pêcheurs de créer un panel, «ce serait illégal», ajoute   M. Gagné. «On irait en Cour supérieure», dit-il. GASPÉ-NORD – pages 8 et 9 – Volume 31,4 – Septembre-Octobre-Novembre 2018

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À propos de l'auteur : 

Geneviève Gélinas

Geneviève Gélinas travaille comme journaliste pour Graffici et à la pige principalement pour Le Soleil et The Spec. Elle se fait un plaisir de plonger dans le monde des pêches et de l’aquaculture plusieurs fois par année pour le compte de Pêche Impact. Elle s’est fixée à Gaspé pour de bon en 2002, après des études à l’Université de Montréal où elle a complété un certificat en journalisme et un baccalauréat en musique. Née et élevée à Yamachiche en Mauricie, rien ne la destinait à faire sa vie en Gaspésie, sinon des racines à Mont-Louis côté maternel. Elle a débarqué ses bagages à Gaspé, en 2002, et ne les a plus refaits depuis, sinon pour voyager avec son conjoint et leurs deux jeunes Gaspésiens, de souche ceux-là!

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