Protection des coraux et des éponges du Golfe et de l’Estuaire : les pêcheurs de flétan protestent contre les zones sélectionnées

Actualités, Nouvelles, Pêche
0
Les pêcheurs de flétan gaspésiens protestent contre la décision d’Ottawa d’interdire leurs engins de pêche dans 11 zones totalisant 8 571 kilomètres carrés pour protéger les coraux et les éponges du golfe et de l’estuaire du Saint-Laurent. Cinq usines de transformation assumeront des coûts supplémentaires de 3 millions de dollars, calculent-elles, et c’est sans compter les pertes des pêcheurs, qui devront voguer plus loin de leur port d’attache. Sébastien Dunn pêche le flétan du Groenland (turbot) à quatre heures de bateau du quai de Rivière-au-Renard. Ses lieux de pêche coïncident avec des zones où ses engins sont désormais interdits. «On n’aura pas le choix d’aller plus loin, mais on n’a pas des bateaux pour ça. Ce sera plus cher et plus dangereux», dit-il. Monsieur Dunn pêche sur un navire de 44 pieds (13 mètres) et fait des sorties de 24 heures au total. Le trajet jusqu’au nord de l’île d’Anticosti, son plan B, prend à lui seul 24 heures. Il lui en coûterait 1 600 $ de carburant par voyage plutôt que 175 $. Il devrait aussi assumer des frais d'amarrage au port sur la Côte-Nord. Le turbot se pêche avec des filets maillants ancrés à chaque extrémité. Pour le flétan de l’Atlantique, les pêcheurs utilisent une palangre, soit une corde à laquelle sont suspendus une multitude d’hameçons. Ces engins ont très peu d’impact sur les fonds marins, arguent les pêcheurs. «Il y a juste les deux ancres à chaque bout du filet qui touchent le fond. C’est deux pieds carrés. Pour la palangre, il y a un poids, comme une petite brique de chaque bord», décrit M. Dunn. «Ça fait une quarantaine d’années qu’on pêche dans ces zones. Les plumes de mer [sorte de coraux] et les éponges sont toujours là. On ne doit pas les détruire tant que ça», dit Jean-René Boucher, directeur du Regroupement des pêcheurs professionnels du nord de la Gaspésie. «La palangre est une ligne d’hameçons qui va peut-être toucher le fond, mais sans le détruire. Le filet maillant va toucher le fond, mais sans le racler», poursuit-il. USINES Si les pêcheurs se déplacent, cinq usines gaspésiennes pourraient devoir prendre livraison des débarquements sur la Côte-Nord pour maintenir leurs emplois en transformation engendrant des frais de 3 millions de dollars au total. «Il faudra aller chercher le poisson en camion, mettre plus de glace», décrit Olivier Dupuis, directeur de production chez Pêcheries gaspésiennes, à Rivière-au-Renard. Les quatre autres usines sont Cusimer à Mont-Louis, Poissonnerie Blanchette à Tourelle, Poissonnerie de Cloridorme et Lelièvre, Lelièvre et Lemoignan de Sainte-Thérèse-de-Gaspé. Une centaine d’équipages capturent le turbot au Québec; ils sont entre 125 et 130 pour le flétan de l’Atlantique. Ces pêcheurs suivent le poisson. «Si on empêche des pêcheurs de pêcher près de chez eux, un impact possible est la surconcentration des pêcheurs dans d’autres endroits», craint M. Boucher. L’industrie de la pêche a été consultée par le ministère des Pêches et Océans (MPO), mais pas écoutée, se plaignent plusieurs pêcheurs. «Le croquis avec lequel ils sont arrivés, ça a été le dessin final», dit Pierre-Nicolas Tanguay Lévesque, qui pêche à partir de Tourelle. DES MESURES POUR 25 ANS Le gouvernement répond à des engagements «pris dans un contexte international», réagit Maryse Lemire, directrice régionale de Pêches et Océans Canada pour la gestion des pêches. Ottawa s’est engagé à protéger 5 % de son territoire marin d’ici 2017, et 10 % d’ici 2020. Les mesures de protection seront en vigueur pour 25 ans. Les coraux et les éponges «sont des organismes qui ne se déplacent pas, grandissent lentement, ont une longue durée de vie. Ils sont très sensibles. Tout engin de pêche touchant le fond représente un risque», ajoute Mme Lemire. Le nombre de zones refuges est passé de 20 à 11 au cours des consultations, indique la directrice. Les 11 zones refuges fournissent des valeurs au débarquement de 253 000 $ par an, selon des données de 2008 à 2015, estime le ministère. Des pêcheurs contestent ces chiffres. Rodrigue Langlois, qui capture du turbot dans une zone maintenant protégée au large de Rivière-au-Renard, rapporte qu’à lui seul, il a pêché pour 220 000 $ de turbot dans ce secteur l’an dernier. Les refuges identifiés par le MPO ne sont pas des lieux de pêche pour les crevettiers, à l'exception d'un, situé à l’ouest de l’île d’Anticosti, indique Patrice Element, directeur de l’Office des pêcheurs de crevette du Grand Gaspé. «Ça va affecter les crevettiers indirectement, dit M. Element, parce que ces zones sont importantes pour les pêcheurs à filets maillants. Puisqu’ils ne pourront plus aller dans ces zones, ils risquent d’aller plus où les crevettiers sont. On ne peut pas passer le chalut où il y a des filets. La cohabitation va être un enjeu.» «À l’ouest d’Anticosti [où se trouve l’une des zones refuges], c’est historiquement une des bonnes zones de pêche au sébaste. Ça va devenir un enjeu», ajoute M. Element. En effet, le sébaste est de retour en force dans le Golfe et la moitié de la forte cohorte née en 2011 devrait atteindre la taille minimale de capture en 2018. Le directeur de l’Association des capitaines-propriétaires de la Gaspésie, Jean-Pierre Couillard, espère que le MPO tiendra compte de l’opinion de la capture au moment de mettre en vigueur ses zones refuges. «On espère qu’un comité soit mis en place pour que ce soit appliqué selon une démarche acceptée par les pêcheurs», dit-il. «Il y a tellement de changements dans l’écosystème marin. On ne sait pas ce qui va se passer l’an prochain. Alors, se barrer ces zones-là pour 25 ans, ce n’est pas une bonne idée», note pour sa part Jean-René Boucher. LES POISSONS DE FOND – page 18 – Volume 30,5 – Décembre 2017-Janvier 2018

300 X 250 BAPAP
300 X 250 ZF
300 X 250 Polymos
300 X 250 Kohler Marine
300 X 250 Lelièvre, Lelièvre et Lemoignan
300 X 250 Raymarine
300 X 250 Entreprises Léo Leblanc
300 x 250 Trinav
300 X 250 Wajax Volvo Penta
300 X 250 Pétroles Poirier
300 X 250 Mackay Marine
300 X 250 Techno Soude Marine
300 X 250 Chantier naval Forillon
300 X 250 Marindustriel
300 X 250 Mirapakon
300 X 250 Diesel-Bec
300 X 250 Wajax MTU
300 X 250 Hydraunav
300 X 250 Desjardins

À propos de l'auteur : 

Geneviève Gélinas

Geneviève Gélinas travaille comme journaliste pour Graffici et à la pige principalement pour Le Soleil et The Spec. Elle se fait un plaisir de plonger dans le monde des pêches et de l’aquaculture plusieurs fois par année pour le compte de Pêche Impact. Elle s’est fixée à Gaspé pour de bon en 2002, après des études à l’Université de Montréal où elle a complété un certificat en journalisme et un baccalauréat en musique. Née et élevée à Yamachiche en Mauricie, rien ne la destinait à faire sa vie en Gaspésie, sinon des racines à Mont-Louis côté maternel. Elle a débarqué ses bagages à Gaspé, en 2002, et ne les a plus refaits depuis, sinon pour voyager avec son conjoint et leurs deux jeunes Gaspésiens, de souche ceux-là!

Nos partenaires

ÉPAQ
MAPAQ
AQIP
Comité sectoriel de main d'oeuvre des pêches maritimes

Abonnez-vous

Connexion des abonnés

Mot de passe oublié?

Réseaux sociaux

Nous Contacter

Journal Pêche Impact

167, Grande-Allée Est
Grande-Rivière (Québec) G0C 1V0

Téléphone : (418) 385-2126
Télécopieur : (418) 385-2888

Courriel : pecheimp@globetrotter.net