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Rapports de nécropsie des baleines noires : transport maritime et pêche au crabe des neiges concernés

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Les activités humaines de transport maritime et de pêche au crabe des neiges sont responsables du décès de sept des 12 baleines noires trouvées mortes dans le golfe du Saint-Laurent depuis le mois de juin. Les rapports de nécropsie de cette demi-douzaine d’animaux révèlent que deux ont succombé à leur empêtrement dans les cordages de pêche, tandis que tous les autres ont souffert d’hémorragies internes causées par la collision avec un navire.

Selon Émilie Couture, vétérinaire du Zoo de Granby membre du Réseau canadien pour la santé de la faune, rien ne démontre qu’ils aient pu souffrir préalablement d’une maladie infectieuse, d’intoxication ou de malnutrition. «Il est très peu probable que ces différents facteurs aient joué un rôle dans les mortalités qui ont été observées chez les baleines noires de l’Atlantique Nord dans le Golfe cet été», dit-elle.

Quoi qu’il en soit, l’heure n’est pas à trouver des coupables, a-t-on souligné en conférence de presse le jeudi 5 octobre, mais bien à adopter un plan d’action pour minimiser les risques d’interaction avec la baleine noire, espèce menacée d’extinction. Il y a urgence d’agir, affirme le vétérinaire Pierre-Yves Daoust, de l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard : «L’urgence est évidente. C’est une espèce en très grand danger d’extinction et, si je comprends bien, une seule mortalité par année dans cette population très menacée, déjà c’est quelque chose de très sérieux! Quand nous avons au moins 12 mortalités, ça indique l’ampleur énorme.»

FAIBLE REPRODUCTION

Or, ce ne sont pas que les activités humaines qui menacent ces mammifères classés parmi les plus en péril de la planète. En fait, aux 16 décès enregistrés cette année, dont quatre sur la côte atlantique américaine, s’ajoute le constat que les baleines noires étaient moins nombreuses dans leur aire de reproduction des côtes de la Floride, l’hiver dernier. Selon Lyne Morissette, biologiste spécialisée en écosystèmes marins, on en a vues moins de 10 dans leur pouponnière du sud des États-Unis, contre un nombre habituel de plus de 200. «Elles sont probablement ailleurs, mais il se passe clairement un phénomène d’adaptation à, probablement, un environnement qui change, souligne-t-elle. Présentement, on est à l’ère des hypothèses. Est-ce que c’est une question de température qui change en lien avec les changements climatiques?»

De plus, selon les observations de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) – le pendant américain du ministère canadien des Pêches et des Océans – les baleines noires en âge de se reproduire n’ont pas mis bas cette année. Les petits sont le fruit des baleines plus âgées. «On se penche sur la question pour essayer de comprendre si elles ont colonisé un nouvel environnement qui est plus adapté pour elles. Ou encore, elles ont un sérieux problème de reproduction, puis il n’y a juste pas de nouveaux nés, ou pas de relève», note Mme Morissette.

Une mise à jour des statistiques de population de cette espèce menacée d’extinction, présentée le dimanche 22 octobre à la réunion annuelle du Consortium de la baleine franche de l’Atlantique Nord, à Halifax, démontre également que les femelles ne produisent plus qu’une moyenne d’un ou deux rejetons au cours de leur vie, contre une normale de six à sept. La chercheure spécialisée en baleines du Saint-Laurent précise que leur période de fertilité varie entre 10 et 20 ans. «On se rend compte que c’est une espèce qui est capable de produire un petit aux deux ou trois ans, et des fois elles ne vont avoir qu’un petit tous les cinq, six ans. Donc, ça fait que durant toute leur vie où elles pourraient avoir des petits, elles vont en produire au final un ou deux, ce qui est très peu pour une espèce qui est déjà en très grand danger de disparition», affirme Lyne Morissette.

Le réseau anglophone de Radio-Canada rapporte pour sa part que les scientifiques n’ont suivi que cinq baleineaux sur leur route de migration entre la Floride et le Canada, cette année. Il s’agit d’une baisse de 40%.

MANQUE DE NOURRITURE

Par ailleurs, la raréfaction de la nourriture préférée des baleines noires fait elle-même planer une menace additionnelle sur l’espèce. Selon Stéphane Plourde, chercheur spécialisé en zooplancton de l’Institut Maurice-Lamontagne (IML) à Mont-Joli,   on observe une diminution du Calanus finmarchicus, un crustacé planctonique riche en gras, dans l’aire habituelle d’alimentation des mammifères, soit au sud-ouest de la Nouvelle-Écosse et dans le golfe du Maine. C’est le réchauffement de l’eau qui serait en cause, dit-il. «Il y a un réchauffement marqué des eaux depuis le début des années 2010; surtout dans le golfe du Maine. Et ça pourrait affecter la productivité de ce zooplancton-là.»

Cette baisse de la principale source d’alimentation des mammifères pourrait, du reste, en expliquer le faible taux de reproduction, poursuit M. Plourde. «Ça peut être une réponse à un manque de nourriture, explique le chercheur de l’IML. Souvent, chez ces espèces-là, si les femelles ne sont pas en bonne condition, donc n’ont pas assez de gras et d’énergie, elles peuvent sauter des cycles de reproduction.»

Stéphane Plourde constate aussi que la biomasse du Calanus, bien que très abondante dans le golfe du Saint-Laurent, s’y trouve également en baisse. Cela fait dire au scientifique que les baleines noires pourraient n’y être qu’en transition, étant donné l’importante interaction qu’elles ont avec les activités humaines de pêche et de transport.

Selon les observations, plus du quart de la population mondiale de baleines noires, totalisant 458 individus, se trouvait dans le Golfe cette année. On s’attend à ce qu’elles en soient toutes sorties en décembre, pour leur migration vers la Floride.

ACTUALITÉS – page 3 – Volume 30,5 – Décembre 2017-Janvier 2018

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À propos de l'auteur : 

Hélène Fauteux

Hélène Fauteux, journaliste et coordonnatrice de la salle des nouvelles de CFIM, la radio communautaire des Îles-de-la-Madeleine depuis 29 ans. Je collabore à Pêche Impact depuis les premières heures du journal. Diplômée de l'Université Concordia, à Montréal, où je me suis spécialisée en presse électronique, au sein des facultés de communication et de journalisme. J’ai fait mes premières armes dans la presse écrite pendant mes études, au Canada français, à l'hebdo du Haut-Richelieu. Depuis j’habite dans l'archipel madelinot où elle j’ai épousé un pêcheur de homard et j’ai développé une solide expertise du secteur des pêches et de la mariculture, épine dorsale de l'économie locale.

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