Sébaste : le stock abondant à venir présente néanmoins des défis

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Le stock de sébaste explose dans le golfe Saint-Laurent, selon des données observées par les biologistes du ministère fédéral des Pêches et des Océans. Des années de recrutement exceptionnelles en 2011, 2012 et 2013 propulsent le stock à de très forts volumes, les plus forts depuis 1984, ce qui laisse entrevoir une reprise de la capture à grande échelle.

Cette échelle reste toutefois à définir. L’expression «très forts volumes» n’est pas exagérée puisque la biologiste Caroline Senay, de l’Institut Maurice-Lamontagne, mentionnait lors du colloque du 17 septembre à Métis, que le stock du golfe Saint-Laurent s’établit présentement à 2,5 millions de tonnes pour les deux espèces de sébastes, mentella et fasciatus.

«C’est une pêche qui peut être bonne pendant 40 ans si on ne pige pas dans les petits sébastes», résume Caroline Senay pour donner une idée de la taille de la biomasse.

La taille du stock de sébaste mentella, nettement plus abondant, se situe à 2 166 000 tonnes métriques, pendant que la biomasse du fasciatus s’établit à 349 000 tonnes métriques. Cette abondance est telle que le sébaste constitue maintenant 72 % du stock des organismes évoluant à grande profondeur dans le golfe.

«Il évolue dans des eaux profondes de 250 mètres et plus pour le mentella, et entre 125 et 250 mètres pour le fasciatus. Une autre caractéristique, c’est qu’il grandit doucement. La cohorte de 2011 est à plus ou moins 20 centimètres de longueur et elle arrivera à 22 centimètres après six à huit ans. À huit ou dix ans, le sébaste atteint la maturité sexuelle, à 25 centimètres (…) Au sujet de sa diète, il mange du zooplancton quand il est inférieur à 20 centimètres, des crevettes s’il a plus de 22 centimètres et au-dessus de 25 centimètres, il mange des poissons, dont de petits sébastes. Il y a donc du cannibalisme», explique Caroline Senay.

La biologiste note qu’il faudra être prudent avec le stock moins abondant de fasciatus, et que cibler mentella ne sera pas facile, considérant que les deux espèces se chevauchent à une profondeur d’environ 250 mètres.

Elle précise que les gestionnaires et les pêcheurs auront des choix à faire quant à   la taille des sébastes à cibler. «Il y aura encore des petits poissons pour un petit bout de temps dans le golfe. Ça prend du temps avant que ce poisson croisse. Devons-nous juste attendre? Il y a des propositions d’engins de pêche qui s’offrent au secteur de la capture pour sélectionner les prises. Est-ce qu’ils devront choisir des mailles, des grilles, des séparateurs ou un chalut qui fonctionne sans toucher le fond? Le but c’est d’éviter les captures de petits poissons».

Les pêcheurs devront composer avec un autre facteur, la taille différente des poissons selon la profondeur. «Les gros poissons sont davantage concentrés dans les grandes profondeurs. La nuit, les petits poissons remontent», soulève notamment Caroline Senay.

Enfin, les pêcheurs ont tout intérêt à minimiser les prises accessoires, ou accidentelles. «Le but est d’éviter les endroits où il y a beaucoup de prises accessoires. On essaie de voir au développement d’une carte situant où on a fait les prises et quand. Ça aidera pour aller chercher une écocertification», conclut la biologiste.

LES DÉFIS

Les pêcheurs et les transformateurs de produits marins se retrouvent donc en présence d’un poisson abondant, d’une apparence extérieure ordinaire avant la transformation, un poisson qui arrivera bientôt massivement à une taille commerciale, 22 centimètres. Ce poisson croît néanmoins lentement et il évolue à grande profondeur, il a peu été pêché depuis le moratoire de 1995, et ses marchés sont conséquemment à rebâtir.

En 2018, le contingent de sébaste dans le golfe Saint-Laurent a été fixé à 4 500 tonnes métriques, en vertu d’un ajout de 2 500 tonnes notamment lié à des projets scientifiques. On s’attend à un contingent plus élevé lors des prochaines années.

Le 17 septembre en matinée, le pêcheur Denis Éloquin, des Îles-de-la-Madeleine, arrivait dans l’archipel avec une cargaison de plusieurs dizaines de milliers de livres de sébaste pêché au large de Terre-Neuve, sans savoir quelle usine allait lui acheter ses prises. Il s’attendait à l’envoyer en Gaspésie. Susciter l’intérêt des transformateurs constitue donc une partie du défi.

«Il y avait beaucoup de petits poissons mélangés avec les gros. Le poisson est abondant. Il m’est arrivé de remonter 5 000 livres après avoir laissé les engins à l’eau entre cinq et dix minutes», notait alors M. Éloquin. Il s’attendait à recevoir entre 50 et 60 cents la livre pour son poisson.

La table était ainsi mise pour les participants au colloque de ce 17 septembre, dont la tâche consistait à tenter de planifier comment se déroulera la reprise d’une pêche importante au sébaste.

Lors des nombreux échanges de la journée, Dan Normand, de l’usine Cusimer, de Mont-Louis, a fait remarquer que le sébaste «est un poisson qui ne reste pas frais longtemps. La peau blanchit dans le temps de le dire». Il faut mettre la chair à la vue du consommateur, un avantage, «parce qu’il voit le filet rougeâtre mais en même temps, il faut exposer les filets le moins possible à la lumière».

M. Normand, est d’avis que les pêcheurs québécois devraient opter pour une pêche axée sur la qualité plutôt que sur le volume.

«Il faudra raccourcir les traits de chalut, pour augmenter la qualité. Il faut amener le produit qu’on est capable de commercialiser», dit M. Normand.

Dan Cotton, un pêcheur de Rivière-au-Renard, estime que plusieurs questions fondamentales doivent trouver des réponses avant de prendre des décisions touchant la croissance des captures du sébaste.

«Je viens d’investir 900 000 $ pour rallonger mon bateau, sans équipement. Il faut que le pêcheur trouve son compte. Si je veux aller à la limite de 90 pieds, je peux encore rallonger mon bateau. Mais il faut savoir vers quel marché on va s’orienter. Est-ce que les produits seront congelés à bord? Si c’est le cas, ça prend un bateau neuf. On parle alors d’un investissement de 8 à 9 millions $», précise M. Cotton.

«Tout le monde voit ça gros, le retour du sébaste, avec le concept land-sea, des bateaux-usines. Moi, je vois une très grosse marche à monter», renchérit Dan Normand.

«Les quotas ne seront pas remis individuellement aux pêcheurs. Ce sera par flottilles. J’entends l’institution financière me dire : «Tu n’as pas de quota, pourquoi je devrais te financer?». Ceux qui avaient de l’historique dans le sébaste ne sont plus là», rappelle Dan Cotton.

Les participants se sont généralement entendus sur quelques points. Il y a notamment un marché à saisir au Québec, peut-être en ravivant le «fish and chips» avec le sébaste comme produit de base, comme le voulait la tradition d’avant moratoire, et en profitant de l’essor des microbrasseries. Le mariage bière-sébaste serait facile à sceller.

«Il faut éduquer notre monde à manger notre poisson. C’est clair qu’au Québec, les gens se raffinent», note à cet effet Dan Cotton.

«C’est clair qu’il y a un marché québécois à développer», renchérit dans le même sens Audrey Simard, de Papilles Développement, la firme-conseil ayant   organisé le forum sur le sébaste.

Puisqu’il faudra encore deux ans avant qu’un stock massif de sébastes atteigne une taille commerciale, et peut-être plus si pêcheurs et transformateurs s’entendent sur une taille de poisson significativement plus grande que 22 centimètres, le court et le moyen termes doivent servir de période d’essais et d’erreurs, notamment pour rendre les bateaux, et les usines, plus performants.

«Il y a de l’argent pas utilisé chez nous», souligne en ce sens Denis Desrosiers, du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ), où un fonds de soutien à l’industrie de 13,5 millions $ réparti en cinq ans n’est pas utilisé au complet.

Soucieux de ne pas entrer en compétition avec les crustacés, qui sont les vedettes du printemps et de l’été, plusieurs personnes s’entendent pour dire que le sébaste pourrait devenir la vedette de la rentrée de septembre.

«Il faut voir rouge en septembre, faire appel à Ricardo, développer un rituel. Il faut avoir une histoire à conter», affirme Audrey Simard, rappelant que l’Association québécoise de l’industrie de la pêche prépare actuellement une étude de marché sur le sébaste.

Cette histoire à conter pourrait faire référence au fait que le sébaste est un poisson sauvage, peut-être le nouveau roi du golfe, abondant, dont la pêche est écocertifiée, quand elle le sera. «Plus vite tu     embarques MSC (la certification Marine Stewardship Council), plus vite les chaînes d’alimentation embarquent», assure Pascal Noël, de Pêcheries Marinard.

Audrey Simard rappelle l’importance de miser sur «le côté sauvage du sébaste, tout en trouvant un équilibre entre un prix intéressant pour le pêcheur et le côté abordable pour le consommateur, de façon à assurer son accessibilité».

Louis Bigaouette, directeur de la Direction régionale de la Gaspésie du MAPAQ, parle en outre de l’importance de «faire une intégration entre les différents joueurs évoluant dans le sébaste sinon, seul, ça ne fonctionnera pas». Des ententes entre les transformateurs sont souhaitables. «Il faut travailler de façon sociale».

Puisqu’il faut assurer la présence du sébaste sur le marché de façon à répondre aux attentes des acheteurs, Johanne Michaud, de l’Association Gaspésie Gourmande, verrait favorablement une commercialisation en continu, «avec 52 chefs, pendant 52 semaines et une grosse job de communications. C’est une façon de garder un œil sur le poisson d’ici».

Robert Nicolas, en sa qualité de responsable du Bureau école-industrie de l’École des pêches et de l’aquaculture du Québec, ajoute un défi à l‘émergence du Québec comme force dans la capture et la mise en marché du sébaste, le défi de trouver de la main-d’œuvre pour le transformer.

«Il y avait des menaces de fermeture, il y a huit ans, à l’École des pêches. Maintenant, on atteint des records d’inscriptions dans la plupart de nos programmes, excepté un, la transformation des produits marins. J’observe une pénurie de main-d’œuvre partout. C’est le seul programme qu’on n’arrive pas à ouvrir. Le côté saisonnier fait reculer. Les jeunes ont le choix des emplois, dans le contexte de la pénurie de main-d’œuvre. Même avec la mécanisation des tâches, ça prend du monde. Elle viendra d’où, cette main-d’œuvre? Il y a une opportunité, oui, avec le sébaste, mais il va falloir assurer la relève dans les usines», observe Robert Nicolas.

La réflexion sur le sébaste amène Dan Normand à faire un constat général. «C’est l’image au complet de l’industrie des pêches qui doit être refaite. On a une image de saisonnier, travaillant dans des conditions difficiles, et une image de surexploitation. Pourtant, notre secteur est beaucoup plus florissant que ça», souligne-t-il.

Le modèle de l’Islande est souvent évoqué par les promoteurs d’un retour en force du sébaste, notamment parce qu’il repose sur la qualité du produit.

L’Association québécoise de l’industrie de la pêche et le MAPAQ mènent présentement les actions visant à donner des lendemains au colloque du 17 septembre.

DÉVELOPPEMENT– pages 17-18 – Volume 31,5 – Décembre 2018 – Janvier 201

 

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À propos de l'auteur : 

Gilles Gagné

Gilles Gagné, né à Matane, le 26 mars 1960. J'ai fait mes études universitaires à Ottawa où j'ai obtenu un baccalauréat avec spécialisation en économie et concentration en politique. À l'occasion d'une offre d'emploi d'été en 1983, j'ai travaillé pour Pêches et Océans Canada comme observateur sur deux bateaux basés à Newport, deux morutiers de 65 pieds. Le programme visait l'amélioration des conditions d'entreposage des produits marins dans les cales des bateaux et de leur traitement à l'usine. Cet emploi m'a ouvert des horizons qui me servent encore tous les jours aujourd'hui. En 1989, après avoir travaillé en tourisme et dans l'édition maritime à Québec, je suis revenu vivre en région côtière et rurale, d'abord comme journaliste à l'Acadie nouvelle à Campbellton. C'est à cet endroit que j'ai rédigé mes premiers textes pour Pêche Impact, à l'été 1992. Je connaissais déjà ce journal que je lisais depuis sa fondation. En octobre 1993, j'ai déménagé à Carleton, pour travailler à temps presque complet comme pigiste pour le Soleil. J'ai, du même coup, intensifié mes participations à Pêche Impact. Je travaille également en anglais, depuis près de 15 ans, pour l'hebdomadaire anglophone The Gaspé SPEC et je rédige l'éditorial du journal Graffici depuis 2007.

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