Un autre virage s’annonce pour les pêches en Basse-Côte-Nord

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Le retour de la morue et la nouvelle explosion des populations de sébaste annoncent d’autres changements importants dans les pêcheries en Basse-Côte-Nord. Après le moratoire de 1993, l’industrie est passée du poisson de fond à celle des crustacés, dont le crabe des neiges et la crevette. Assistera-t-on prochainement à un retour d’une exploitation plus considérable de certains poissons de fond? Selon le directeur de l’Association des pêcheurs de la Basse-Côte-Nord Paul Nadeau, la région est bien équipée pour prendre le deuxième grand virage de l’industrie. Surtout s’il s’agit d’un retour à la pêche des poissons de fond, un domaine où la Basse-Côte-Nord dispose d’une longue histoire et d’une riche expérience. Les communautés de pêche du vaste territoire de Kégaska à Blanc-Sablon ont vécu un grand bouleversement après les moratoires sur la pêche de la morue et d’autres espèces de poisson de fond dans les années 1990. Ce virage vers la pêche de crustacés a nécessité beaucoup de rationalisation, une modernisation de la flottille et plusieurs autres changements, allant jusqu’à l’écocertification de certaines pêcheries. «Il y a eu une véritable révolution dans les pêches au Québec. Le deuxième virage s’en vient. La Basse-Côte-Nord est mieux outillée. Nous avons tout ce qu’il faut pour pêcher plus de morue et de poisson rouge (lire le sébaste)», croit Paul Nadeau. Pour 2017, le crabe des neiges demeurera largement la ressource la plus lucrative malgré des baisses de 15% dans les zones 14 et 15, de 10% dans la zone 16-A, un statu quo pour la 12C et une hausse des prises autorisées de 20% dans la zone 13. Par contre, le ministère des Pêches et des Océans (MPO) devrait doubler le quota de morue cette année pour le nord du golfe du Saint-Laurent, soit la zone 4RS 3Pn. Tous les indicateurs de l’état du stock montrent que, depuis trois ans, la morue est en santé pour le secteur compris entre Port-Cartier et Blanc-Sablon. Plusieurs pêcheurs de la Côte-Nord constatent que le sébaste, qui a été absent pendant plus de 30 ans, est revenu soudainement. Les prises accidentelles de poissons rouges sont fréquentes. Les pêcheurs de la Côte-Nord aimeraient bien obtenir des quotas de pêche et profiter de la nouvelle abondance de cette espèce. VERS UNE REPRISE DE LA PÊCHE DU SÉBASTE «Le sébaste constitue un problème depuis 2 ans, soutient le directeur de l’Association des pêcheurs de la Basse-Côte-Nord. Nous aurons certainement de bonnes discussions sur le sujet avec les gestionnaires de la ressource du MPO. Tout le monde veut maintenant pêcher du sébaste. L’espèce est envahissante. Les sciences voient déjà que ça affecte d’autres pêches. Pas le crabe des neiges pour l’instant, mais pour la crevette et le turbot, c’est évident.» La pêche du sébaste est interdite depuis 1995. Le sébaste atlantique a été classé espèce menacée en 2010, mais on constate son retour en abondance dans le golfe du Saint-Laurent depuis quelques années. Le poisson rouge se nourrit en bonne partie de petits crustacés. Parallèlement, les populations de crevette auraient diminué de façon significative dans les bancs au large de Sept-Îles/ Port-Cartier, Anticosti et Esquiman en Basse-Côte-Nord, fréquentés par de nombreux pêcheurs de la Gaspésie et du Nouveau-Brunswick. Depuis 2012, les scientifiques du MPO remarquent une hausse des populations de sébaste et beaucoup de jeunes recrues. Le ministère fédéral pourrait rouvrir les pêches en 2019. Les nouvelles cohortes de sébaste se répartissent sur tout le golfe du Saint-Laurent et même au-delà, jusque dans la rivière Saguenay, par exemple. Le sébaste a une croissance plutôt lente. Il atteint la taille commerciale après huit ans. La reprise de la pêche du sébaste soulève l'intérêt en Basse-Côte-Nord. «Ce poisson de couleur vit 40 à 50 ans. Il y a peu d’historique chez nos membres, parce que cette pêche s’effectuait davantage par de gros navires appartenant à des compagnies. Au début des années 1970, on comptait 148 chalutiers à la pêche au sébaste en Basse-Côte-Nord», se souvient Paul Nadeau. Un des grands défis de l’industrie sera de développer des marchés pour le poisson rouge. Pour l’instant, les quelques pêcheurs qui ont accès à la ressource pour des pêches sentinelles ou scientifiques reçoivent un prix trop bas pour une reprise commerciale. «Le Ministère a d’importantes décisions à prendre dans les prochaines années, avant une reprise de cette pêche. Je crois que les gens qui possèdent déjà des permis de pêche à la morue et au poisson de fond devraient obtenir des droits de capture du sébaste. Il faudra aussi établir les techniques de pêche, aider les usines pour la transformation et construire un marché», constate le directeur de l’Association des pêcheurs de la Basse-Côte-Nord. TAC À LA HAUSSE POUR LA MORUE Concernant la morue du nord du golfe du Saint-Laurent, l’Association de la Basse-Côte-Nord demandait cette année des quotas de 3 185 tonnes. Le MPO double les captures, qui passent de 1 500 à 3 000 tonnes dans la zone 4RS 3Pn. Pour l’instant, les stocks de morue du Nord reprennent de la vigueur, mais la situation semble différente pour la morue du sud du golfe. L’abondance de phoques gris en Gaspésie, au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse nuirait à la reconstruction des stocks de morue, selon certains avis scientifiques. Le flétan atlantique est aussi plus présent dans le golfe du Saint-Laurent. Les prises autorisées par le ministère des Pêches et des Océans ont augmenté considérablement en 15 ans. Les changements climatiques et l’abondance de nourriture expliqueraient en bonne partie la reprise des stocks de poissons de fond, selon les scientifiques. Le flétan s’alimente parfois de jeunes sébastes. «Si les quotas doublent sur la Côte-Nord, c’est une très bonne nouvelle! Les acheteurs vont mettre plus d’efforts pour commercialiser la morue. Le prix versé aux pêcheurs est très bas, puisqu’il n’y a plus de marché depuis longtemps. Nous restons loin des quotas historiques de 80 000 tonnes autorisés pour la Basse-Côte-Nord, avant les moratoires», remarque Paul Nadeau. Dans le passé, la morue du Québec trouvait de bons marchés en Europe, pour un produit séché et salé. «Les diètes ont changé. Les gens veulent vivre plus vieux et consomment moins de produits salés. Le défi est d’envergure pour mettre en marché de la morue fraîche en grande quantité. La morue congelée est encore peu connue et peu vendue. Il y a beaucoup d’espèces de poisson d’élevage qui envahissent le marché. Ces poissons comme le tilapia ont remplacé la morue sauvage sur les tablettes des poissonneries et des supermarchés.» Paul Nadeau rêve d’un projet d’envergure comme «sea ranching» en Basse-Côte-Nord. La conservation des poissons pêchés dans la région dans des bassins d’eau de mer permettrait de commercialiser de la morue fraîche six mois par année. «Nous pourrions la nourrir sans problème avec du capelan, du hareng ou du maquereau et approvisionner le Québec. Je pense même à un pont aérien entre Sept-Îles et Boston. Je rêve un peu en couleurs, mais ce qu’il faudrait surtout, c’est un promoteur sérieux pour un tel projet», affirme monsieur Nadeau. Le prix versé au pêcheur était d’environ 65 cents la livre l’an dernier. Même en doublant les quotas pour chaque pêcheur, la pêche à la morue est peu lucrative. Elle demeure néanmoins une activité très appréciée des pêcheurs de la Basse-Côte-Nord en raison du lien ancestral avec l’espèce. Le MPO devra aussi augmenter la limite hebdomadaire et déterminer une limite du nombre d’agrès de pêche pour la capture de la morue. INQUIÉTUDE FACE À TERRE-NEUVE Le litige a repris pour la répartition des captures de crabe des neiges autorisées pour la zone 13 entre les pêcheurs de Terre-Neuve et ceux du Québec. «Ça revendique fort à Terre-Neuve, ce printemps. Ils souhaitent augmenter le nombre de participants dans les pêches. Terre-Neuve a bien plus de poids politique que la Basse-Côte-Nord. Il y a eu des manifestations et autres gestes d’éclat à Terre-Neuve récemment pour obtenir plus de permis de pêche lucratifs», rapporte le directeur de l’Association des pêcheurs Paul Nadeau. Lors de manifestations à Saint John’s (capitale de Terre-Neuve-et-Labrador) en avril devant des bureaux du MPO, des pêcheurs ont directement fait allusion à l'idée de revoir le partage des ressources avec le Québec. Un pêcheur indépendant de Terre-Neuve a aussi entrepris une grève de la faim. Robert Gillett demandait une rencontre avec le ministre Dominic LeBlanc pour discuter d'une compensation à la diminution des quotas de crevette et de crabe des neiges. L’inquiétude grandit en Basse-Côte-Nord face aux revendications de l’industrie des pêches de Terre-Neuve-et-Labrador. Les leaders de cette province ont tendance à utiliser leur pouvoir d’influence sur les gouvernements fédéraux qui se sont succédé. Les pêcheurs terre-neuviens ont souvent profité de décisions favorables de ministres des pêches originaires des Maritimes par le passé. Réf.: LA BASSE-CÔTE-NORD – page 13 – Volume 30,2 – Avril-Mai 2017

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À propos de l'auteur : 

Jean St-Pierre

Jean St-Pierre œuvre dans le domaine des communications depuis 1983, d’abord dans son Saguenay natal, puis à Havre-Saint-Pierre et à Sept-Îles. Il a travaillé comme animateur et journaliste, notamment au Nord-Est, à CILE-MF et Pur FM 94. Jean agit comme correspondant à Pêche Impact en Côte-Nord, depuis plusieurs années.

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