Une crevette plutôt rare ce printemps et des négociations difficiles entre pêcheurs et transformateurs

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Les rares crevettiers qui pêchent depuis le 1er avril capturent moitié moins de crevette que les dernières années en ce début de saison. Les quotas pourraient être longs et difficiles à prendre, prévoient ces pêcheurs. Au moment d’écrire ces lignes, le 7 mai, la majorité des crevettiers étaient toujours à quai, faute d’entente avec les transformateurs sur le prix au débarquement. Pêche Impact a appelé certains des rares pêcheurs déjà en mer pour savoir comment se passait leur saison. Nicol Desbois a deux crevettiers qui pêchent dans la zone de Sept-Îles depuis le début d’avril. Il livre ses prises chez Crustacés des Monts à Sainte-Anne-des-Monts, seule usine québécoise à avoir fonctionné au mois d’avril et au début mai. «C’est difficile. Les prises ne sont pas au rendez-vous. On fait des voyages de six jours et le bateau rentre avec 35 000 à 40 000 livres de crevette. Avant, c’était 70 000 à 80 000 livres», indique M. Desbois. Le pêcheur est quand même optimiste pour la suite des choses. «Nous, on pense que ça va se replacer. Ça prendra plus de temps et de dépenses. On a vu pire dans les années 1980. Quand on prenait 15 000 livres dans une semaine, on était tout heureux.» Roberto Desbois, le capitaine du YOHAN MIRJA, pêche aussi dans la zone de Sept-Îles. Il est loin d’égaler ses prises de l’an dernier. En 2016, il avait capturé 220 000 livres de crevette le 12 mai. Cette année, le 5 mai, il atteignait 110 000 livres. Pourtant, son effort de pêche a été plus soutenu que l’an dernier, précise M. Desbois. «On est persévérant. On va pêcher tout le temps pareil […]. Ça fait plus de 30 ans que je pêche et je suis inquiet. De la crevette, il n’y en a nulle part. Les bateaux du Nouveau-Brunswick sont allés partout et ils n’en ont pas trouvé.» Le pêcheur a aussi subi le mauvais temps. «Depuis un petit bout, on a une tempête aux deux ou trois jours.» Il faut faire des nuances quand on compare les prises de 2017 avec celles des années 1980, croit Roberto Desbois. «On a vu plus dur qu’aujourd’hui, mais on n’avait pas les mêmes équipements et les mêmes bateaux. Les chaluts sont deux fois ou trois fois plus gros. L’effort de pêche est bien plus grand que dans ces années-là.» Roberto Desbois fait une prévision : «Tous les bateaux vont laisser du quota à l’eau. Et nous aussi. On va finir de pêcher en décembre. Ça sera une saison difficile pour tout le monde.» M. Desbois soulève l’hypothèse du retour du poisson de fond pour expliquer le déclin de la crevette. «Il y a des palangriers qui sont sortis pour le flétan [de l’Atlantique]. Ils en prennent beaucoup et ils prennent de la morue.» Roberto Desbois et son employeur Bertrand Desbois (propriétaire de Pêcheries Raymond Desbois) commercialisent leur crevette différemment de la plupart des pêcheurs. La crevette capturée est cuite entière et réfrigérée sur le YOHAN MIRJA. «On a des cuiseurs sur le pont, un système de ventilation pour refroidir la crevette et une chambre réfrigérée. On livre la crevette cuite à Sept-Îles et ça part vers des poissonneries du Québec, dont Montréal et Québec.» Distribution Bertrand Desbois possède notamment deux poissonneries à Québec, où est vendue la crevette pêchée et cuite sur le YOHAN MIRJA. À partir du 15 mai, la crevette n’a plus les propriétés nécessaires pour être cuite à bord du navire, dit Roberto Desbois. Le YOHAN MIRJA commence alors à livrer chez Fruits de mer de l’Est à Matane. Le capitaine garde une partie du quota de 1,43 million de livres pour recommencer à cuire de la crevette à bord en novembre et en décembre. PRÈS D’UNE ENTENTE? Au moment d’écrire ces lignes, le 9 mai en mi-journée, les crevettiers et les transformateurs du Grand Gaspé négociaient toujours les prix au débarquement avec l’aide d’une conciliatrice nommée par le gouvernement du Québec, Hélène Poulin. Cette médiatrice du ministère du Travail a entamé sa tentative de rapprochement des parties le 5 mai. Avant l’entrée en scène de la conciliatrice, les pêcheurs reprochaient aux usines de leur offrir des prix «beaucoup plus bas» qu’à Terre-Neuve, disait le directeur de l’Office des pêcheurs de crevette du Grand Gaspé, Patrice Element. Par communiqué, les usines ont fait valoir que les pays producteurs de crevette ont d’importants inventaires à commercialiser parce que les prix élevés de l’an dernier ont découragé les consommateurs. À Terre-Neuve, les prix au débarquement ont beaucoup diminué. Un comité d’arbitrage a fixé le prix minimal à 0,95 $ la livre. L’an dernier, les crevettiers du Grand Gaspé ont négocié des prix record de 1,50 $ pour la grosse crevette, 1,20 $ pour la moyenne et 1 $ pour la petite. Ils s’attendaient à une moyenne 1,36 $ la livre, mais la crevette a été de plus petite taille que prévu, et ils ont plutôt obtenu une moyenne de 1,18 $ la livre. L’année 2015 avait aussi été une année faste, avec des prix moyens de 1,13 $ la livre. Toutefois, de 2011 à 2014, les prix au débarquement ont plutôt oscillé, en moyenne, entre 0,60 $ et 0,78 $ la livre. TRAVAILLEURS MAL PRIS Le retard de la saison a touché 230 travailleurs dans les usines Fruits de Mer de l’Est de Matane et Pêcheries Marinard de Rivière-au-Renard. Ces syndiquées à la CSN se sont fait entendre depuis le début mai. S’ajoutent une centaine d’autres travailleurs, non syndiqués, de Crevette du Nord Atlantique de L’Anse-au-Griffon. Certains avaient déjà cessé de recevoir des prestations d'assurance-emploi et tous prévoyaient tomber dans ce "trou noir" d'ici la fin mai si les usines ne commençaient pas à transformer de la crevette. Le 4 mai, une trentaine de travailleurs a interpellé le premier ministre Philippe Couillard, en visite à Percé. «Les travailleurs se sentent démunis, nerveux. Certaines sont monoparentales, elles ont des loyers à payer et n’ont plus rien. Chaque semaine, il y en a qui tombent dans le trou noir», rapportait Annick Dupuis, employée chez Pêcheries Marinard et secrétaire-trésorière de son syndicat. En plus de souffrir de l’absence de revenu, ces travailleurs «se demandent, quand la saison va commencer, s’ils vont travailler assez d’heures pour se qualifier à l’assurance-emploi, et assez pour tenir jusqu’au printemps prochain. C’est le début d’un cercle vicieux», expliquait Justin Arcand, conseiller syndical à la CSN. Emploi-Québec doit soutenir les travailleurs par ses programmes, a demandé Jacques Mimeault, le président du Conseil central CSN de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine. «À long terme, il faut prévoir un mécanisme pour s’assurer que le prix de la crevette au débarquement soit déjà négocié avant le début de la saison de la pêche, comme c’est le cas de la pêche au crabe», ajoutait M. Mimeault. Réf.: GASPÉ-NORD – pages 2 et 3 – Volume 30,2 – Avril-Mai 2017

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À propos de l'auteur : 

Geneviève Gélinas

Geneviève Gélinas travaille comme journaliste pour Graffici et à la pige principalement pour Le Soleil et The Spec. Elle se fait un plaisir de plonger dans le monde des pêches et de l’aquaculture plusieurs fois par année pour le compte de Pêche Impact. Elle s’est fixée à Gaspé pour de bon en 2002, après des études à l’Université de Montréal où elle a complété un certificat en journalisme et un baccalauréat en musique. Née et élevée à Yamachiche en Mauricie, rien ne la destinait à faire sa vie en Gaspésie, sinon des racines à Mont-Louis côté maternel. Elle a débarqué ses bagages à Gaspé, en 2002, et ne les a plus refaits depuis, sinon pour voyager avec son conjoint et leurs deux jeunes Gaspésiens, de souche ceux-là!

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