De vives inquiétudes sur la Côte-Nord, pour l’avenir de la crevette

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«Est-ce qu’on a eu des quotas politiques, cette année?», questionne le gestionnaire des pêches de l’AMIK Serge Langelier. «Si oui, c’est le début de la fin. La crise de la morue a commencé comme ça, avant de prendre la forme d’un moratoire complet sur la pêche.»

Serge Langelier travaille avec les pêcheurs de la Côte-Nord depuis plusieurs décennies. Il a été témoin des ravages du moratoire dans les pêches aux poissons de fond dans la région. «La ressource, on ne peut pas en créer. La baisse de la crevette nordique va de mal en pis. Le déclin est prévisible depuis un certain temps», remarque l’ancien directeur du Regroupement des pêcheurs de la Haute et Moyenne-Côte-Nord.

QUOTAS POLITIQUES?

Lorsqu’il parle de «quotas politiques» pour la crevette nordique en 2019, Il fait bien sûr référence à la révision de la décision du ministère des Pêches et des Océans (MPO) d’annuler les baisses de quotas de crevette nordique annoncées une semaine plus tôt pour 3 des 4 zones de pêche, soit Sept-Îles, Anticosti et Esquiman.

Les crevettiers avaient vivement contesté une quatrième baisse consécutive imposée. Le pêcheur de crevette de Sept-Îles, Jean-Pierre Élément, voit la situation aller de mal en pis depuis 3 ans. «Je n’étais pas d’accord avec les avis scientifiques, cette année. Nous avons vu des améliorations de nos rendements dans le banc de Sept-Îles, l’an dernier. Les biologistes n’ont pas tenu compte de la fin de saison 2018 qui a été excellente en novembre», affirme M. Élément.

Ce dernier reproche aux scientifiques d’interpréter les livres de bord, sans jamais parler aux pêcheurs qui effectuent le travail sur le terrain. «Nous sommes tous tombés par terre, lorsqu’on a vu la première proposition des sciences, qui suggérait d’augmenter les quotas de crevette de 150 % dans la zone Estuaire. On n’a jamais vu ça de notre vie. Ils ont presque fermé cette sous-zone il y a 2 ans. Une hausse de 25 % à 50 % aurait été compréhensible, mais là, 150 %… Tout le monde est tombé par terre», critique le pêcheur de Sept-Îles qui accède à 3 des 4 secteurs de pêche de crevette dans le Saint-Laurent.

Jean-Pierre Élément remet aussi en question les dates de la pêche inscrite chaque année au plan de gestion. Selon lui, la capture de crevette nordique ne devrait pas se faire pendant la période de ponte. «Les crevettes frayent 2 fois par année et on pêche intensivement dans ces périodes. Plusieurs pêcheurs pensent comme moi. Il faut revoir les dates de pêche.»

M. Élément suggère de commencer la pêche le 15 avril au lieu du 1er pour laisser passer la ponte du printemps. Aussi, une fin de la pêche le 15 octobre donnerait plus de chance à la fraie d’automne. «Lorsque la crevette était abondante il y a 10 ans, tout le monde terminait sa saison de pêche en juillet. L’exemple est là», ajoute-t-il. La crevette n’a plus le temps de grossir, selon le pêcheur de Sept-Îles qui identifie aussi la prédation par le sébaste comme l’une des causes importantes du déclin.

LE SÉBASTE : UNE PRIORITÉ EN DEVENIR

Yan Tremblay, directeur de Pêcherie Uapan, qui opère un permis de capture de crevette dans 3 des 4 zones de la Côte-Nord, croit que le retour en abondance du sébaste devrait devenir la première priorité de l’industrie de la pêche au Québec.

«Il faut gérer la prédation, pas seulement la pêche. Il y a longtemps que les pêcheurs ont sonné l’alarme. Le MPO doit accélérer la reprise de la pêche. Il faut trouver des marchés pour le sébaste.»

Yan Tremblay juge qu’il manque nettement de concertation autour de l’avenir de la crevette nordique. Il dit comprendre la prudence du Ministère dans la gestion. Il espère une rencontre franche avec les scientifiques et les gestionnaires de la ressource. Selon lui, l’industrie de la crevette entre dans un état de crise. «Les connaissances et les solutions de tout le monde doivent contribuer à la réflexion et à la mise en place d’un plan d’action efficace», conclut Yan Tremblay.

Le biologiste Hugo Bourdages, de l’Institut Maurice-Lamontagne, de Mont-Joli, avoue que le déclin de la crevette, particulièrement au large de Sept-Îles, est perceptible depuis 10 ans par l’absence de jeunes crevettes. Il travaille à documenter davantage trois facteurs expliquant le déclin de la crevette, dont le réchauffement de l’eau et la prédation par le sébaste.

«La biomasse de sébaste dans le Saint-Laurent atteint des quantités jamais vues dans les 30 dernières années. Le stock de sébaste est sous moratoire depuis 1995. Les sciences fournissent un portrait, le plus exact possible pour alimenter la réflexion et les décisions», explique M. Bourdages.

LA CÔTE-N0RD – page 3 – Volume 32,2 Avril-Mai 2019

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À propos de l'auteur : 

Jean St-Pierre

Jean St-Pierre œuvre dans le domaine des communications depuis 1983, d’abord dans son Saguenay natal, puis à Havre-Saint-Pierre et à Sept-Îles. Il a travaillé comme animateur et journaliste, notamment au Nord-Est, à CILE-MF et Pur FM 94. Jean agit comme correspondant à Pêche Impact en Côte-Nord, depuis plusieurs années.

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