Lent début de saison de la pêche au crabe des neiges

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Les forts vents du printemps ont limité le nombre de jour de pêche sur la Côte-Nord en début de saison. De plus, les rendements des premiers voyages de crabe des neiges étaient plutôt faibles.

Le capitaine Zack Bellefleur et l’équipage d’un des 4 bateaux de Pêcherie Uapan ont effectué un premier débarquement intéressant à Sept-Îles le 2 mai. L’ouverture de la pêche était autorisée depuis le 7 avril dans la zone 16. Le directeur de l’entreprise d’Uashat, Yan Tremblay, croit que «l’eau plus froide en raison de la neige abondante de l’hiver dernier retarde les bonnes pêches.»

Il croit que la météo est donc responsable des rendements plus faibles dans la vaste zone qui s’étend de Pointe-des-Monts à Natashquan. Il s’attend à un réveil de la nature au début de mai et un redressement des rendements dans la récolte de crabe des neiges.

Les équipes des 4 bateaux de pêche de Pêcherie Uapan alimentent l’usine UMEK de Sept-Îles, qui doit composer avec les humeurs de Dame Nature pour la gestion de ses ressources humaines.

BAISSE DE QUOTA DE 15 %

Yan Briand, ancien président de l’Office des pêcheurs de crabe des neiges de la zone 16,  confirme lui aussi un lent début de saison. «On n’est pas vraiment surpris. Ça ressemble à ce qu’annonçaient les gens des sciences. On a déjà vécu ce genre de situation en début de saison. C’est toujours un peu décevant lorsqu’on revient à quai moins chargé, mais la saison ne fait que commencer», résume le pêcheur de Sept-Îles.

Serge Langelier, gestionnaire des pêches à l’Agence AMIK qui opère 3 bateaux de crabe des neiges pour 4 communautés innues, rappelle que l’on est à la fin d’un cycle. Il constate également que le crabe des neiges n’est pas pressé d’entrer dans les casiers cette année. La zone 16 fait l’objet d’une baisse des captures de 15 % en 2019.

Pour Serge Langelier, il n’est pas question de mettre en jeu la sécurité d’un équipage. Les gestionnaires des usines ne doivent jamais mettre de pression. «C’est au capitaine de prendre la décision de sortir en mer pour une journée de pêche et les conditions météorologiques demeurent le facteur qui éclaire la décision.»

Selon le gestionnaire des pêches à l’AMIK, la situation en début de saison est comparable sur le grand étendu de Port-Cartier à Natashquan. L’équipage de l’Agence AMIK basé à Havre-Saint-Pierre a effectué très peu de voyages en avril.

«C’est plus dur pour les travailleurs à bord d’un bateau de pêche lorsque le crabe des neiges n’est pas au rendez-vous, ne serait-ce que pour le moral des troupes. Ça crée un peu d’inquiétude. On attend de voir la suite. On espère de meilleurs  rendements», affirme Serge Langelier.

ESTUAIRE RENDEMENT VARIABLE

Dans l’estuaire du Saint-Laurent, la saison de pêche de la zone 17 a commencé le 28 mars. Après 20 jours de sorties en mer, Ian Chouinard, de Rimouski, constate des rendements plutôt faibles, quoique variables. Il a profité de quelques voyages intéressants au début, puis la pêche a été dérangée par la grande marée et le creux d’eau du printemps.

«C’est un début de saison un peu difficile. On comprend encore mal le comportement du crabe des neiges. L’an passé, on a réalisé de bonnes pêches dès le début. Il y a eu ensuite un petit ralentissement. Par contre, les post-saisons ont donné de bons résultats», remarque Ian Chouinard.

Il constate que les rendements varient aussi d’un secteur à l’autre dans la zone 17. Les pêcheurs peuvent tenter leur chance sur les deux rives, puisque le fleuve se traverse en 2h30 dans l’estuaire.

«Cette année, les captures de crabe des neiges sont plus abondantes en début de saison sur la Côte-Nord. L’an dernier, c’était l’inverse!» Pour l’instant, Ian Chouinard effectue des expéditions de pêche avec une moyenne des captures de 3 000 à 5 000 livres de crabe des neiges. Normalement, sa moyenne par sortie en mer tourne autour de 6 000 livres.

«Nous avons déjà fait des voyages de 10 000 livres. Dans la zone 17, nous sommes au début du déclin dans le cycle de vie du crabe des neiges.» Les pêcheurs de la zone 17 subissent une baisse de quota de 15 % eux aussi avec le plan de pêche 2019.

RESSOURCE CYCLIQUE

Concernant l’état de la ressource crabe des neiges sur la Côte-Nord, l’évaluation scientifique défendue par le biologiste Cédric Juillet, de l’Institut Maurice-Lamontagne (IML), de Mont-Joli, au début mars à Sept-Îles devant les pêcheurs, montre un cycle de recrutement pour les pêches que les  sciences comprennent de mieux en mieux.

«On parle d’un cycle qui amène de bonnes vagues de crabe des neiges disponibles pour les pêches à tous les 9 ans. Pour l’instant, nous n’avons aucun indice de changements. Le cycle du crabe des neiges poursuit sa route. Notre compréhension, c’est que les stocks seront plus abondants dans 2 ans. Dans la zone 16, on ne sentira pas la vague de recrutement avant 2021», indique Cédric Juillet.

La biomasse attendue pour 2019 incite le biologiste de l’IML à recommander une diminution pour une troisième année consécutive du total autorisé des captures pour une gestion durable de la zone 16.

Les scientifiques n’ont pas les mêmes  inquiétudes concernant l’avenir du crabe des neiges dans les zones de la Côte-Nord du Saint-Laurent, que celles qui touchent la crevette nordique. «Nous essayons de mettre en place une approche systémique au Ministère. Nous tentons de comprendre l’évolution des stocks en fonction des autres ressources. L’impact des changements climatiques fait l’objet de beaucoup d’études. Un de mes collègues chercheurs réalise un beau travail pour documenter les températures de l’eau et les conditions au fond du fleuve. Nous pourrons bientôt intégrer ces informations à nos évaluations de stocks. Elles viendront s’intégrer à nos recommandations», explique le biologiste Cédric Juillet.

L’équipe de scientifiques de l’IML active aussi un programme de recherche de suivi démographique par marquage lors de captures pour mieux comprendre les mouvements du crabe des neiges du Saint- Laurent. L’étude s’effectue dans la zone 16. «Nous avons commencé à marquer du crabe des neiges l’an dernier en collaboration avec l’industrie. Les crabes des neiges ont été relâchés. Nous allons voir où ils seront repêchés.»

Cédric Juillet voit ces informations comme complémentaires aux carnets de bord des pêcheurs et aux relevés post-saisons. Le MPO réalise aussi un relevé annuel dans la baie Sainte-Marguerite à Gallix, pour l’étude du succès de reproduction des femelles.

Le cycle du crabe des neiges varie de Rimouski à Blanc-Sablon, selon Cédric Juillet. «Nous entrevoyons que la biomasse commence à diminuer dans l’estuaire. Du côté de la Basse-Côte-Nord, ce qui émerge, c’est qu’on est au plus bas du cycle.»

Pour la zone 16, le plan de gestion de la pêche au crabe des neiges 2019 accorde 14 semaines aux pêcheurs pour récolter leurs captures autorisées. La zone regroupe 51 permis, dont 15 détenus par les communautés autochtones de la Côte-Nord.

LITIGE QUI PERDURE

Après une année de trêve en 2017, le conflit entre les pêcheurs de crabe des neiges de la zone 16, et les propriétaires d’usines de transformation concernés de la Côte-Nord, a repris de plus belle en 2018. Il demeure entier en 2019.

Les négociations avant le début de la saison de pêche n’ont pas abouti entre l’Association québécoise de l’industrie de la pêche (AQIP) et l’Office des pêcheurs de crabe des neiges de la Moyenne-Côte-Nord. Les deux parties attendent une décision de la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec pour l’année 2018.

Les pêcheurs reçoivent un prix provision de 5 $ la livre pour 2019. L’Office des pêcheurs réclame 48 % du prix obtenu pour leur produit sur le marché international à Boston, ce qui signifierait 5,75 $ la livre.

L’AQIP, qui négocie pour les usines de Baie-Trinité, Sept-Îles, Longue-Pointe-de-Mingan et Havre-Saint-Pierre, maintient une offre à 5 $ la livre.

Le directeur de l’Office des pêcheurs de crabe de la zone 16, Jean-René Boucher, précise que le recours au tribunal administratif est utilisé pour plusieurs plans conjoints au Québec. «On ne cache pas que certaines pêches, comme le crabe des neiges sont très lucratives. Ça entraîne des conflits. L’arbitrage est utilisé aussi dans la crevette en Gaspésie et le homard aux Îles-de-la-Madeleine. Les pêcheurs aimeraient mettre leur temps et leur argent dans autres choses qu’un litige avec les usines, mais ils ne se priveront pas de leur outil de négociation. Le prix du crabe des neiges a atteint des sommets inégalés en 2017 et 2018. Nous cherchons à avoir la juste part des pêcheurs», défend Jean-René Boucher.

Le directeur général de l’AQIP, Jean-Paul Gagné, croit que leur proposition    est rentable pour les deux parties. Les propriétaires d’usines de crabe des neiges sur la Côte-Nord s’attendent à une baisse du prix sur les marchés internationaux fixé à Boston. La diminution de la valeur du crabe des neiges du Saint-Laurent a commencé.

«Ça ne virera pas à l’envers, mais il y aura une baisse en 2019», prétend le directeur de l’AQIP. Il constate que ce n’est pas facile de trouver l’entente gagnante-gagnante avec les crabiers de la Côte-Nord.

«La situation demeure tendue. On devrait être capable d’en arriver à un partage équitable. On a offert des pourcentages au lieu d’un prix fixe au débarquement. Dans la transformation du crabe des neiges, il y a un rendement et des pertes sur la matière première. Les pêcheurs ont de la difficulté à comprendre notre réalité», selon le porte-parole des usines Jean-Paul Gagné.

Pêcheurs et industriels ne sont pas inquiets pour l’avenir de l’industrie du crabe des neiges sur la Côte-Nord. Ils reconnaissent tous le travail essentiel des   scientifiques. Il reste à trouver une formule de partage de leur richesse.

ESTUAIRE ET NORD DU GOLFE – pages 8-9 – Volume 32,2 Avril-Mai 2019

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À propos de l'auteur : 

Jean St-Pierre

Jean St-Pierre œuvre dans le domaine des communications depuis 1983, d’abord dans son Saguenay natal, puis à Havre-Saint-Pierre et à Sept-Îles. Il a travaillé comme animateur et journaliste, notamment au Nord-Est, à CILE-MF et Pur FM 94. Jean agit comme correspondant à Pêche Impact en Côte-Nord, depuis plusieurs années.

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