Mieux structurer les pêches avec moins de morue

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2019, une autre année de changements pour la pêche à la morue en Basse-Côte-Nord. Les pêcheurs rêvent de plus de stabilité. L’Association des pêcheurs qui les représentent entrevoit une stabilisation après avoir investi beaucoup de temps pour mieux structurer une industrie en décroissance depuis les moratoires il y a 30 ans. Le ministère des Pêches et des Océans (MPO) a annoncé une réduction du total autorisé des captures (TAC) pour la pêche à la morue dans le nord du golfe du Saint-Laurent, soit la zone 4RS 3Pn. Le TAC passant ainsi de 3 185 à 1 000 tonnes pour 2 ans, c’est-à-dire du 15 mai 2019 ou 14 mai 2021. Les associations de pêcheurs concernés, dont celle de Terre-Neuve et du Labrador, réclamaient un TAC d’au moins 1 500 tonnes de morue annuellement. Au moment d’écrire ces lignes, la pêche en Basse-Côte-Nord devait se poursuivre jusqu’au 28 septembre, mais le manque de personnel comme observateur en mer et pour la pesée à quai, risque d’écourter la saison. Et ce n’est là qu’un des irritants déplorés par les pêcheurs cette saison. «Ça va très mal pour les pêches cette année, témoigne Jean-Marie Jones, de Lourdes-de-Blanc-Sablon. L’an passé, j’étais autorisé à capturer 7 000 livres de morue, cette année 1 500 livres. C’est artisanal! Ça se prend en trois sorties en mer. La pêche a commencé en retard à la fin d’août et voilà qu’il n’y a plus d’observateurs en mer disponibles. Il faut chercher des solutions du côté du Labrador.»

PÊCHE COMPLÉMENTAIRE

Le pêcheur polyvalent, Jean-Marie Jones, précise qu’au moins, le prix que lui verse la Poissonnerie Blanc-Sablon pour sa morue a augmenté à 1 $ la livre, compara- tivement à 65 cents l’an dernier. De plus, selon monsieur Jones, la pêche au crabe des neiges a été plus difficile en Basse-Côte-Nord comme ailleurs dans la région. Il a subi une baisse de son quota de crabe de 25 % dans la zone 12C. La pêche du flétan a été très bonne en 2019 pour les pêcheurs polyvalents de la Basse-Côte-Nord avec une hausse de 15 % des captures autorisées et un meilleur prix à 6 $ la livre.«C’est quand même une année bien peu rentable en bout de ligne. C’est le crabe qui est lucratif dans les pêches. Les pêcheurs polyvalents ont des petites  allocations de crabe des neiges. 3 200 livres dans mon cas, et je dois me déplacer de Blanc-Sablon jusqu’au large de Kégaska», résume Jean-Marie Jones. Le pêcheur prétend, que les détenteurs de permis pour la morue de Terre-Neuve & Labrador, qui sont actifs dans la même zone que les pêcheurs de Blanc-Sablon, ont commencé la saison un mois plus tôt. Jean-Richard Joncas, ancien président de l’Association des pêcheurs polyvalents de la Basse-Côte-Nord, est déçu de la gestion des pêches du poisson de fond par le MPO en 2019. Il note une bonne collaboration de la Direction Côte-Nord basée à Sept-Îles, mais les décisions se prennent à Québec et d’autres à Terre-Neuve, déplore-t-il.

PÊCHE ANCESTRALE

La mauvaise nouvelle d’une baisse considérable du TAC de morue du nord du golfe Saint-Laurent pour les pêcheurs côtiers de la flottille à engins fixes de la Basse-Côte est tombée à la fin du printemps, soit le 12 juin. «La pêche est bonne chez nous, à Blanc-Sablon, mais il a fallu attendre tardivement en août pour le début de la pêche. Puis, nous avons essuyé les restants de l’ouragan Dorian. Pour bien des pêcheurs comme moi, la pêche au poisson de fond c’est notre activité préférée. C’est ancestral en Basse-Côte-Nord. Ça fait partie de nos racines. La pêche à la morue a été l’activité principale des gens d’ici pendant des années», rappelle Jean-Richard Joncas, qui voit son plaisir diminué d’année en année avec les baisses de quotas.Selon Paul Nadeau, directeur de l’Association des pêcheurs de la Basse-Côte-Nord, l’abondance de phoques apparaît comme un facteur qui affecte durement les stocks de morue du nord du golfe du Saint-Laurent. Le banc de poissons qui fréquentent surtout la Gaspésie, est plus touché par les phoques gris, trois fois plus gros que les phoques du Groenland qui fréquentent la rive Nord et la côte du Labrador. Le banc de morues de la Côte-Nord se répartit sur un vaste territoire, de Blanc-Sablon à Sept-Îles. Les indices d’abondance semblent meilleurs pour le secteur Ouest que pour celui de l’Est, selon les premières constatations des pêches sentinelles. Quoique les pêcheurs d’Old Fort, Middle Bay et Blanc-Sablon ont vu beaucoup de morue en juillet, notamment dans les trappes à capelan. Randy Anderson, de Kégaska, a obtenu un mandat de pêche sentinelle dans son secteur pour contribuer à fournir des informations aux scientifiques du MPO. Il a effectué le travail en mer du 15 juillet au vendredi 13 septembre. Les rendements de cette pêche sentinelle se rapprochent de la moyenne des dernières années. «La morue est belle! Les rendements pour la capture étaient meilleurs au début, ensuite la pêche était quand même pas pire, jusqu’à la tempête Dorian, après plus de morue», résume Randy Anderson. Le pêcheur de Kégaska a aussi capturé 110 000 livres de crabe des neiges dans la zone 15. Il a éprouvé lui aussi comme les autres crabiers de la Côte-Nord, des difficultés pour repérer la ressource cette année.

RÉDUIRE LES IRRITANTS

Le prix en hausse à 1 $ la livre pour la morue capturée en 2019 et le succès de la pêche au flétan atlantique ne compensent pas pour la baisse de quotas de morue et de crabe des neiges, selon Jean-Richard Joncas qui fait transformer son poisson à Rivière-Saint-Paul. Le pêcheur de Blanc-Sablon note aussi une baisse de rendement pour la pêche au crabe cette année dans les zones 13 et 16-A, accessible à 37 pêcheurs polyvalents du Québec. Maintenant qu’il n’y a qu’une seule association pour mieux représenter les pêcheurs de la Basse-Côte-Nord, Jean-Richard Joncas espère une gestion par le MPO plus à l’écoute permettant une planification avec des dates de pêche confirmées plus tôt. Il espère aussi une meilleure collaboration de l’industrie en Basse-Côte-Nord avec le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) dans le domaine de sa juridiction. Les baisses successives des quotas de morue posent plusieurs défis pour l’Association des pêcheurs de la Basse-Côte-Nord. «Les quotas sont devenus ridicules en comparaison aux années 1980, mais les indices d’abondance sont aussi en baisse. On a des miettes maintenant, mais il faut bien vivre avec», commente le directeur de l’Association Paul Nadeau. Avec la confiance de l’industrie, l’association souhaite une restructuration qui permettra aux pêcheurs de métier de vivre dignement. Une structure qui permettra à    la relève de pouvoir acheter des permis de pêche en connaissant la valeur et les revenus potentiels de l’entreprise. «La situation n’est pas facile en 2019, mais plusieurs pêcheurs comprennent les bienfaits à long terme et la sensibilisation se poursuit», affirme Paul Nadeau. Il croit qu’il faut clarifier ce qui entoure l’accès à la ressource. L’Association a travaillé de pair avec le MAPAQ pendant un certain temps, dans une démarche de rationalisation pour réduire le nombre de détendeurs de permis, afin que chaque entreprise de pêche ait accès à de meilleurs quotas. Le processus n’a pas abouti comme prévu. La nouvelle restructuration vise un peu les mêmes objectifs. «Les changements n’arrêtent pas depuis 1994 dans l’industrie du poisson de fond. Plus récemment, c’est le dossier des baleines noires et celui des aires marines protégées qui sont venus bouleverser les choses. Malgré les baisses de quotas et les pertes de revenus, les changements, comme l’obligation d’ajouter des observateurs à bord ou les nouvelles technologies, s’effectuent toujours au frais des pêcheurs», note Paul Nadeau.

ENCORE BEAUCOUP DE BUREAUCRATIE

Il constate que le MPO n’a pas toujours pris les bonnes décisions, mais que la Direction régionale de la Côte-Nord du ministère est plus à l’écoute des pêcheurs des communautés isolées de la région. Plusieurs irritants se sont ajoutés aux autres changements toujours difficiles à digérer pour les pêcheurs même s’ils sont justifiés par une baisse de la ressource expliquée par des rapports scientifiques. Paul Nadeau ne voit pas de mauvaise volonté au ministère fédéral des Pêches, mais constate que parfois les baleines noires, par exemple, obtiennent une attention exagérée. «C’est clair qu’il y a beaucoup de bureaucratie dans la gestion des pêches au Canada. La collaboration est bonne, mais parfois les annonces aux pêcheurs arrivent avec un mauvais «timing» ou trop tard quand même», déclare celui qui œuvre comme directeur de l’Association depuis de nombreuses années. Il a apprécié une récente tournée en Basse-Côte-Nord de quelques dirigeants du MPO, ce qui a permis une meilleure compréhension du contexte actuel. Paul Nadeau comprend la situation précaire des pêcheurs polyvalents. Une situation bien différente des pêcheurs traditionnels de crabe, qui profitent d’entreprises plus stables, grâce à des quotas individuels qui varient seulement en fonction du cycle de reproduction de la ressource. Dans le cas des pêcheurs qui puisent dans les stocks de morue, de flétan atlantique, de buccin, de hareng… avec de petites allocations de crabe des neiges, il reste difficile d’évaluer les revenus d’une entreprise et sa valeur. Pour ces pêcheurs polyvalents, ce sont souvent leurs quelques sorties avec des casiers de crabe qui leurs permettent de gagner le plus d’argent, surtout lorsque le prix du crabe est bon comme en 2019 sur les marchés mondiaux. Il est quand même difficile d’emprunter pour des réparations ou l’achat d’un bateau, par exemple. Une situation qui ne facilite rien pour les jeunes de la Basse-Côte-Nord qui aimeraient saisir des opportunités d’achat lors du retrait de certains pêcheurs polyvalents. Pour Paul Nadeau, l’établissement d’une pêche avec des quotas individuels pour la morue contribuera à moyen terme à stabiliser les entreprises. Il précise que cette façon de faire contribue à réduire les risques et à améliorer la santé et la sécurité au travail dans les pêches. Dans une formule de pêches compétitives avec peu de jours prévus pour capturer du poisson, des expéditions s’effectuent parfois dans des conditions météorologiques moins favorables. «Les ajustements doivent maintenant aller dans la bonne direction. Il faut également simplifier la paperasse. Il faut pouvoir tracer un portrait fiable des entreprises des pêcheurs d’un certain âge. La valeur des permis fait partie de toute l’équation dans la négociation avec les usines de transformation qui achètent les produits des pêcheurs. La stabilité aura aussi un effet positif sur les plus petits acheteurs. Toute l’industrie va profiter d’une nouvelle structure qui clarifie les choses. La pêche ne doit plus être une chasse au trésor en terrain inconnu», conclut Paul Nadeau.

 

 

LA BASSE-CÔTE-NORD– page 5 – Volume 32,4 Septembre-Octobre-Novembre 2019

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À propos de l'auteur : 

Jean St-Pierre

Jean St-Pierre œuvre dans le domaine des communications depuis 1983, d’abord dans son Saguenay natal, puis à Havre-Saint-Pierre et à Sept-Îles. Il a travaillé comme animateur et journaliste, notamment au Nord-Est, à CILE-MF et Pur FM 94. Jean agit comme correspondant à Pêche Impact en Côte-Nord, depuis plusieurs années.

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