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Le premier tiers de la saison des homardiers indique des captures en hausse de 12,7 %

Décalée du 2 au 9 mai en raison du réchauffement tardif de l’eau, la pêche au homard des Îles-de-la-Madeleine connaît un «bon début», selon les commentaires recueillis au terme du premier tiers de la courte saison de neuf semaines. En ce qui concerne les rendements, les pêcheurs ont beau parler de «stabilité» par rapport à l’an dernier, il n’en demeure pas moins qu’ils sont globalement en hausse de 12,7 % par rapport à la même période de l’an dernier, avec un volume global des 5 746 966 de livres.

«Mes prises sont un petit peu meilleures que l’an passé, mais la température n’est pas de notre bord, explique Nathaël Arseneau, capitaine du KEVIN ANNE de la Pointe-Basse du côté sud du territoire. Quand le vent nous vient de l’est, comme c’était le cas à la [3e] semaine, les prises sont moins bonnes. Mais de façon générale, ça travaille quand même bien.»

Même son de cloche chez Francis Éloquin qui pêche également au sud, dans le secteur de Grande-Entrée. «En général, ça va bien du côté des captures. On ne peut pas se plaindre. Mais côté météo, on prend ce qui passe. Le soleil n’est pas au rendez-vous, ni la chaleur. Et avec la houle de l’est, on se fait brasser pas mal. Ça fait diminuer les captures», convient le capitaine du SPIKE 3 qui en est à son 17e printemps.

Pêchant pour sa part du côté nord, David Burke, président de l’Inshore Fishermen Association et capitaine du PRINCESS JOLENE de Grosse-Île, parle d’un «mois de mai à l’ancienne», avec les vents qui ne cessent de virevolter entre nord-ouest, est-sud-est et nord-est. «La météo ne collabore pas du tout. C’est un printemps rude. Ça affecte, oui, les débarquements, mais ça  va quand même vraiment bien. On est chanceux malgré tout», assure-t-il.

Prix en hausse

Quant au prix du homard payé à quai, il est passé de 8,38 $ à 8,48 $/lb entre la première et la deuxième semaine, pour ensuite glisser à 8,14 $/lb pour la troisième. En fonction des volumes débarqués hebdomadairement, on en arrive à une moyenne pondérée de 8,34 $/lb, contre 7,40 $/lb pour la même période de l’an dernier. Cela représente également une hausse de 12,7 %. «C’est un prix très satisfaisant, affirme Alexandre Bourgeois, président de l’Office des pêcheurs de homard des Îles et capitaine du   SMOKE N’ OAKUM de L’Étang-du-Nord. Les acheteurs ont fait du bon travail pour le vendre et ça se reflète sur le prix aux pêcheurs. Alors j’espère qu’ils vont continuer de bien travailler.»

Cela dit, la directrice générale de la Coopérative des Pêcheurs de Cap Dauphin, Ruth Taker, signale que si le prix du marché a été avantageux pour l’industrie du homard ces trois premières semaines, c’est en raison de la faiblesse de l’offre attribuée au printemps frisquet, justement. «Cette année, c’était vraiment froid ailleurs aussi, ce qui a ralenti les captures en Gaspésie et dans les Maritimes,  relate-t-elle. Et l’offre de fin de saison d’hiver du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse était également limitée. Tout ça joue sur les prix.»

«Le prix est correct, poursuit Donald Vigneau, capitaine du BOURLINGUEUR II de Millerand. Avec les bonis qui s’ajoutent à chaque semaine, c’est parfait. On n’a rien contre!»

Bonis

Ces bonis auxquels fait référence M. Vigneau sont le résultat d’une surenchère initiée en fin de saison dernière par Homards des Îles Renaud, dans l’espoir d’attirer de nouveaux homardiers dans son camp après avoir perdu jusqu’à 30 % de ses approvisionnements dans la foulée de l’entrée en scène de la Coopérative des pêcheurs des Îles-de-la-Madeleine, en tant que 7e acheteur à quai (Pêche Impact, septembre 2025). La gratification varie selon les semaines, étant passée de 30 ¢, à 25 ¢, puis à 15 ¢ la livre jusqu’à présent. Or cette stratégie d’attraction n’a pas les effets escomptés admet le président de l’entreprise familiale fondée en 1997, Serge Renaud, puisque c’est toujours le statuquo qui prévaut au sein de ses troupes.

«Tous les autres acheteurs paient la même prime alors aucun pêcheur ne bouge, concède-t-il. Ça rend les pêcheurs très heureux, mais si ça ne m’apporte pas d’approvisionnements supplémentaires, est-ce que ça va durer seulement une saison? Chose certaine, si Homards des Îles ne payait plus de boni, personne n’en paierait parce que j’ai été approché par d’autres compagnies qui ont tenté de me dissuader d’en verser! C’est clair que ça coûte cher pour tout le monde. C’est un coût supplémentaire que tu n’as pas pour gérer ta business.»

Autrement, M. Renaud mise sur les marchés internationaux de niche pour dégager la marge de manœuvre nécessaire aux versements de primes hebdomadaires promises à ses 32 pêcheurs, cette année. Les nouvelles installations de conservation longue durée des crustacés vivants qu’il  inaugure ce printemps, lui ouvrent déjà les portes de l’Europe et de l’Asie du Sud-Est. Il dit en retirer une plus-value de 75 cents sur ses livraisons prises en charge par un tiers à l’aéroport de Dorval.

Coop vs MAPAQ

Et pendant ce temps, voilà que la Coopérative des pêcheurs des Îles-de-la-Madeleine a engagé des procédures judiciaires contre le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), afin d’obtenir une levée de la limite de 32 homardiers associée à son permis d’exploitation 2026, comme ce fut le cas à sa première saison d’opération. C’est qu’elle estime aujourd’hui que toute restriction ou condition imposée sur le nombre de pêcheurs pouvant lui vendre leurs prises est «indéfendable» de la part du ministère, d’autant plus qu’elle ne soit accompagnée d’aucune justification «Ce défaut de motivation constitue une erreur de droit», plaide le cabinet Ratelle, Ratelle et Associés dans sa demande de pourvoi déposée en Cour supérieure, parce qu’elle «constitue une atteinte à l’obligation d’équité procédurale (art. 8 de la Loi sur la justice administrative et article 20 de la Loi sur la transformation des produits marins).» Les avocats des pêcheurs font également valoir que leurs installations construites au coût de 6 M$ sont déjà créatrices de 26 emplois et qu’elles permettraient un approvisionnement de 45 homardiers.

LES ÎLES-DE-LA-MADELEINE – page 2 – Volume 39,2 Mai – Juin – Juillet 2026

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Hélène Fauteux
Hélène Fauteux est diplômée en communications et journalisme de l'Université Concordia. Établie aux Îles-de-la-Madeleine depuis 1986, elle a développé une solide expertise en matière de pêche et de mariculture.
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