Les homardiers gaspésiens ont connu un début de saison marqué par de forts écarts de captures, selon le secteur fréquenté. Le printemps capricieux pendant l’essentiel du mois de mai a compliqué le travail de la plupart d’entre eux.
Ce début de saison a été tardif, s’amorçant entre le 3 et 9 mai, tout dépendant du secteur. Le vent, l’eau brouillée et le froid ont caractérisé la plupart des journées de capture, jusqu’au 3 juin, précise O’Neil Cloutier, homardier et directeur du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie, le RPPSG.
«On a pêché dans des conditions excessivement difficiles. On a bénéficié de trois jours de beau temps depuis le début de la saison, quatre au maximum. On travaille continuellement dans le vent et dans le froid. On travaille aussi dans des conditions de ponte, de présence abondante de capelan qui roule de Carleton à Percé. Le homard en mange et il entre moins dans les casiers», aborde M. Cloutier.
«On a supposément des quantités importantes de hareng, qu’on ne voit pas de nos yeux mais oui, qui apparaît sur les sondeuses. On a aussi une grande présence de maquereau», ajoute-t-il.
O’Neil Cloutier précise que certains secteurs sont frappés par une chute assez importante des prises, une tendance observée depuis trois ans.
«Les captures sont variables. On remarque que les pêcheurs de Grande-Rivière, Newport, Gascons et Port-Daniel, environ 45 homardiers, ont des captures faibles. Ils nous disent qu’il faut faire quelque chose. Depuis 2023, ça descend, les captures. Ils enregistrent une baisse de 20 % par rapport à 2025. On me dit que les autres secteurs se maintiennent et que les débarquements sont bons dans le haut de la Baie des Chaleurs», rapporte M. Cloutier.
Le 3 juin, au milieu de la cinquième semaine de pêche pour les homardiers ayant amorcé la saison le 3 mai, il exprimait de l’inquiétude quant à l’imprévisibilité des vents, en cette période de pleine lune. Par contre, les prises dans les secteurs à l’est de Grande-Rivière allaient bien, à ce moment.
«À Cap d’Espoir, Percé, Cannes-de-Roches, Malbaie, Anse-à-Brillant et Gaspé, on me dit que c’est bon. En fait, à partir de Sainte-Thérèse vers l’est, c’est bon, tout comme dans Gaspé-Nord (zone 19), où les homardiers ont du temps pour se reprendre, parce qu’ils ont commencé la saison une semaine plus tard», explique M. Cloutier.
Le 3 juin, le prix de la quatrième semaine de pêche était connu, à 8,14 $ la livre. Ce prix suivait deux semaines à 8,38 $, et 8,48 $ lors de la troisième.
«Ils sont élevés, mais beaucoup de pêcheurs vont dire qu’il faut qu’ils soient élevés, à cause des coûts croissants d’exploitation. On sait qu’il n’y a pas de guerre entre les industriels depuis que le prix est déterminé par les transactions aux Îles-de-la-Madeleine», rappelle-t-il.
Un secteur préoccupant
Les coûts d’exploitation croissants et le pro-blème spécifique des homardiers dans le secteur compris entre Grande-Rivière et Port-Daniel préoccupent M. Cloutier à un degré élevé.
«Je me mets dans la peau des pêcheurs de ce secteur. Ils sont découragés, ils se demandent s’ils vont prendre 30 000 livres cette année. Dans la tête d’un fonctionnaire, il va dire que c’est trois fois plus qu’en 2010. Sauf que le carburant a monté, les aides-pêcheurs demandent 20 semaines de travail, à trois par bateau. Les casiers coûtent 220 $ l’unité, alors que c’était 60 $ en 2017-2018, sans le mouillage, les assurances qui grimpent à 7 200 $, dans mon cas, mais c’est le cas des autres pêcheurs en difficulté. Le maquereau pour les appâts coûte 2,75 $ la livre, et parfois c’est 3,50 $. Les coûts ont triplé, voire quadruplé, et les gars (du secteur Grande-Rivière-Port-Daniel) n’arrivent pas dans bien des cas. On cher-che des solutions», explique M. Cloutier.
Un groupe d’entre eux s’est rendu le rencontrer au bureau du RPPSG le 2 juin. Ils se sont informés au sujet d’un possible rachat de permis.
«Le programme du MAPAQ concernant les prêts sans intérêt est terminé et à Pêches et Océans Canada (MPO), c’est fini depuis 2022. Il faudrait un autre décret. Il n’y a pas de solution à court terme. Pour le moment, il faut recueillir des statistiques sur la saison, pour le MPO», note M. Cloutier.
Mise en marché : un départ fort et une fin de saison prometteuse
Du côté de la mise en marché, Bill Sheehan, vice-président de la firme E. Gagnon et Fils, de Sainte-Thérèse-de-Gaspé, signale que le début de saison tardif a favorisé des prix élevés, parce qu’il est survenu à quelques jours de la Fête des mères.
De plus, le réseau étendu de collecte des prises de l’entreprise donne à M. Sheehan une idée assez globale des débarquements.
«Les prises sont encore fortes, même si elles ont baissé un peu, selon ce qu’on voit à nos installations de Shigawake, Dégust-Mer à Sainte-Thérèse, Poissonnerie Caron à Cap d’Espoir, l’Anse-à-Brillant et Marinard à Rivière-au-Renard», disait-il le 1er juin.
La légère baisse de prix de la quatrième semaine de capture ne constitue pas l’amorce d’un mouvement durable, selon lui.
«Ça ne baissera pas longtemps. Après, ça repartira vers le haut. Il y aura la Fête des pères, la Saint-Jean-Baptiste, la Fête du Canada et surtout, la Fête de l’Indépendance américaine, le 4 juillet. Avec la Saint-Jean-Baptiste vient le temps des vacances, avec les cantines et les restaurants qui mettent le homard sur les menus, Quand le crabe n’est plus disponible, le homard prend le contrôle», décrit Bill Sheehan.
La demande reste forte aux États-Unis, même si l’incertitude et l’inflation marquent les derniers mois.
«On ne contrôle pas tout en Gaspésie, loin de là. Le homard, c’est une industrie de 350 à 375 millions de livres par année en Amérique du Nord, et il se débarque 17 millions de livres en Gaspésie. L’an passé, on a eu des débarquements records ici, mais on a reçu des prix records aussi», rappelle Bill Sheehan.
«La croissance des prises du côté nord de la Gaspésie et à Anticosti, ça nous donne un avantage, pour profiter d’un prix intéressant», ajoute-t-il.
Il n’écarte pas un nouveau record de captures en 2026, malgré les écarts entre certains secteurs. «C’est encore possible. Je dirais que ce n’est pas tout le monde qui est en avance sur ses données de l’an passé, mais c’est fort».
Un volume de 7,5 millions de livres de homard, vendu vivant ou transformé, est passé dans les installations de E. Gagnon et Fils l’an passé, un seuil encore atteignable en 2026, selon Bill Sheehan.
Du côté de Lelièvre, Lelièvre et Lemoignan, le président de la compagnie, Roch Lelièvre, précise que le début de saison tardif en Gaspésie l’a obligé à modifier les habitudes de l’usine aussi située à Sainte-Thérèse-de-Gaspé.
«J’ai été obligé d’acheter du homard dans les Maritimes et à Terre-Neuve pour satisfaire mes marchés», dit-il.
M. Lelièvre a vu un illogisme dans les signaux envoyés par le marché en début de saison, alors que les grossistes achetaient en petites quantités, mais en fonction d’un prix élevé. Une demande modérée ne se traduit généralement pas par un prix élevé, note-t-il.
LA GASPÉSIE – page 3 – Volume 39,2 Mai – Juin – Juillet 2026

























