La biomasse du stock de sébaste de l’Unité 1 du golfe du Saint-Laurent a diminué de 14 % en 2025, comparativement à 2024. C’est ce qui ressort de la mise à jour de l’évaluation scientifique publiée l’hiver dernier, que le ministère des Pêches et des Océans (MPO) a présenté à la réunion annuelle du Comité consultatif sur le sébaste, tenue ce mardi 7 avril. Il a fait état d’un volume de 1,6 million de tonnes métriques (TM), contre 1,9 million TM l’année précédente, et ce, pour les deux espèces S. mentella et S. fasciatus combinées.
La biologiste Caroline Senay de l’Institut Maurice-Lamontagne (IML), de Mont-Joli, précise que S. mentella compte pour plus de 85 % de ce volume. Sa biomasse est cinq fois plus élevée que le seuil de référence supérieur de la zone saine définie par le MPO pour la gestion durable du stock. Quant aux poissons de l’espèce S. fasciatus, bien qu’également considérés dans la zone saine avec une biomasse estimée à 230 000 TM, ils se situent tout juste à la frontière de la zone de prudence. «C’est encore beaucoup, beaucoup de poisson, particulièrement pour S. mentella, mais il faut se rappeler qu’on était à un record de 4,3 millions de tonnes en 2019, ajoute-t-elle. On a donc perdu plus de la moitié de la biomasse en six ans.»
Mais ce déclin n’est une surprise pour personne puisque lors de son évaluation scientifique de janvier 2024, le MPO concluait que la population enregistre un taux moyen de mortalité naturelle de 25 %, en raison de sa trop forte densité (Pêche Impact, février 2024). Autrement dit, il n’y a pas suffisamment de nourriture dans l’écosystème pour supporter les cohortes exceptionnellement abondantes apparues en 2011, 2012 et 2013. «Le Golfe était un peu débalancé, à 4,3 millions de tonnes. C’était du jamais vu. On revient vers des valeurs historiques, en fait», résume la biologiste de l’IML.
Stabilisation?
D’autre part, Caroline Senay constate que ces poissons nés entre 2011 et 2013 ont plus ou moins cessé de croître depuis 2021. «Avant, ils suivaient une croissance qui avait l’air normale et depuis, c’est presque nul. Ils sont toujours à une taille de grosso modo 25 cm. Et comme ils ont arrêté de grandir et qu’on n’a pas eu beaucoup de nouveaux jeunes dans le système, c’est ce qui explique que la biomasse diminue.»
La biologiste mène d’ailleurs des expériences en bassin depuis l’an dernier, afin de déterminer si la croissance individuelle des sébastes est susceptible de reprendre en situation de plus faible densité. Elle prévient cependant qu’il faudra les exposer encore un certain temps à un faible apport de nourriture, pour en évaluer l’impact sur leur croissance.
«Et en nature, on ne sait pas jusqu’à quel point il faut que la biomasse décline pour que cet effet de densité-dépendance soit diminué. Même si la diminution de biomasse était un peu plus faible en 2025, par rapport à [la baisse de 23 % de] l’année précédente, on ne peut pas conclure qu’elle soit en train de se stabiliser. Ça va prendre quelques années de stabilisation de l’abondance avant qu’on dise qu’on a peut-être atteint un équilibre où tous ont suffisamment à manger, et qu’on observe une diminution de la mortalité.»
Quota 2026-2027?
Pour l’année 2026-2027, l’IML est d’avis que le stock de sébaste du Golfe pourrait supporter une pêcherie de 231 000 TM. Il s’agirait d’un quota de près de quatre fois supérieur aux 60 000 TM établi pour les deux premières années de reprise de la pêche commerciale, après une trentaine d’années de moratoire. Or, au cours de la dernière saison s’étendant de la fin juin 2025 à la fin mars 2026, Caroline Senay note que l’industrie n’en a prélevé que 8 991 TM, soit 14,9 % du volume autorisé. C’est aussi près de trois fois plus qu’au cours de la saison précédente. «Le défi n’est pas tant le quota, mais bien de le pêcher pour vrai, dit-elle. Il y a eu des allégements de gestion qui ont favorisé la capture cette dernière année. Mais visiblement, il y a encore des enjeux de transformation, de mise en marché et de vente du produit.»
D’autre part, afin d’aider les gestionnaires à mieux orienter la pêcherie vers les poissons de l’espèce S. mentella largement plus abondante que S. fasciatus, le MPO procède actuellement à une analyse génétique des captures de la saison 2025-2026. Mme Senay se félicite que quatre groupes de pêcheurs de Terre-Neuve, des Maritimes, de la Gaspésie et des Îles aient participé à l’échantillonnage de 6 000 individus. «Malgré qu’il n’y ait pas eu beaucoup de pêche, on a eu le nombre d’échantillons espérés, souligne-t-elle. On a récolté 50 sébastes par trait, pour un total de 120 traits de pêche, répartis entre chacun des participants.»
Les conclusions de cette analyse seront dévoilées à même le prochain rapport d’évaluation scientifique du stock, qui sera publié en cours d’hiver 2027. «On va être capable de dire dans quelle proportion chaque espèce a été pêchée et de voir s’il y a des tendances dans l’espace ou dans le temps qui déterminent quelle espèce est capturée, nous informe la biologiste de l’IML. Bref, on devrait savoir où et quand on capture le mieux Mentella sans trop faire mal à Fasciatus.»

























