La direction du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie (RPPSG) s’inquiète des conséquences de l’octroi de 17 permis supplémentaires de capture de homard dans la zone 19, entre Cap Gaspé et Rimouski. Douze de ces permis ont été accordés à des allochtones et cinq à des communautés autochtones pour la saison 2026.
La porte-parole du Regroupement dans ce dossier, Claire Canet, signale que les critères sur lesquels s’est appuyée Joanne Thompson, ministre fédérale des Pêches et des Océans, pour prendre sa décision restent nébuleux.
«La réaction des pêcheurs de homard commerciaux, c’est une inquiétude au sujet de la durabilité du stock et de l’approche. On ne sait pas sur quel avis scientifique la ministre s’est appuyée pour cette décision», note Mme Canet.
Plusieurs aspects liés à la composition et à la protection du stock de homard dans la zone 19 ont été négligés ou, du moins, n’ont pas été communiqués au Regroupement, dit-elle.
«Il y a des angles morts importants : il y a des questions sur le recrutement, sur les sources de recrutement dans la zone 19 qui n’ont pas été clarifiées. La structure de la biomasse est mal connue ou très mal connue. On se demande comment il se fait que ce soit des gros homards qui sont capturés. On sait que le recrutement est difficile dans certaines parties de la zone. On se demande si on est en train de pêcher le stock. On croit qu’il doit y avoir beaucoup plus de science», poursuit Claire Canet.
Elle rappelle qu’avant l’été 2024, la stratégie d’implantation des permis exploratoires par le ministère des Pêches et des Océans (MPO) devait être beaucoup plus lente, et s’étaler au-delà de 2028.
«Habituellement, il doit y avoir une récolte de trois ans de données avant de passer à une étape supplémentaire. Là, on a seulement un an de données. Le MPO avait dit avant de lancer son plan qu’un an ne serait pas suffisant. Le MPO n’a pas fait non plus de travail post-saison. Ça nous paraît très léger du point de vue scientifique. Nous sommes préoccupés par l’absence d’un avis scientifique pour déterminer s’il est pertinent de passer à l’étape 2 de cet effort de pêche», affirme Mme Canet.
Elle note que les seules données disponibles caractérisées par un suivi scientifique dans la zone 19 dont dispose Pêches et Océans Canada sont limitées à un secteur très précis, l’axe entre Rivière-à-Claude et la rivière Tartigou, près de Baie-des-Sables, où une pêche exploratoire a lieu depuis 2023.
«Les seules données complètes disponibles résultent du travail des Wolastoqiyik, et un pêcheur individuel membre du RPPSG, qui continuent une pêche exploratoire dans cette sous-zone. Dans les quatre autres sous-zones, il n’y a aucune donnée et on n’a pas eu d’information scientifique du MPO. La décision (d’accorder des permis exploratoires en 2026) a été prise sur la quantité du homard débarqué», explique la porte-parole du Regroupement.
«On sait qu’il n’y a pas eu de travail post-saison 2025 et d’échantillonnage de prises. En fait, on ne sait pas si le MPO a quelque donnée précise que ce soit venant de la pêche de 2025. Il n’a pas partagé l’information s’il l’a. On a demandé au MPO de la partager. C’est ce qui nous fait dire que la seule raison derrière cette décision est basée sur l’abondance des captures de 2025. Ce n’est pas une donnée permettant de statuer sur la durabilité de l’effort de pêche», analyse Claire Canet.
Le suivi post-saison aurait pu prendre la forme d’un relevé scientifique tel que celui de 2024 au sud de la Gaspésie, avec une drague à patins. Ce suivi devait avoir lieu en 2025 dans la zone 19. Il a été annulé par le ministère.
Chacun des 12 permis exploratoires est caractérisé par 100 casiers, et 250 casiers pour chacun des cinq permis communautaires autochtones. La vague de 2025 a mené à l’ajout de 7750 casiers dans la zone 19. Les permis de 2026 représentent 2450 casiers de plus.
«Les pêcheurs commerciaux en place ne semblent pas avoir été affectés en 2025. Il n’en reste pas moins qu’on vient rajouter 250 casiers dans la sous-zone 19A3, 250 casiers dans 19B et 200 casiers dans 19C. Ce sont des zones étroites et dangereuses. Les pêcheurs sont préoccupés par la sécurité et la concentration dans ces zones difficiles à pêcher», insiste Claire Canet.
«On dirait que le MPO a lancé une pièce de monnaie en l’air pour décider des permis exploratoires. Si la pièce tombe sur pile, les pêcheurs qui en bénéficient risquent de se trouver dans une situation précaire. Ils auront beaucoup investi alors que la ressource ne permet pas une pêche durable. On ne souhaite pas ça», conclut-elle.
Au ministère, on précise qu’au Québec, «l’évaluation de l’état du homard ne repose pas uniquement sur des relevés scientifiques. Le MPO utilise un ensemble d’indicateurs reconnus – débarquements, indicateurs biologiques, pression de pêche et productivité du stock – qui permettent d’appuyer la prise de décisions et d’encadrer prudemment des initiatives comme la pêche exploratoire».
DERNIÈRE HEURE – page 5 – Volume 39,1 Février – Mars – Avril 2026

























