Le déclin du stock de crabe du sud du golfe du Saint-Laurent amorcé en 2023 a ralenti le pas en 2025, selon la dernière évaluation scientifique du ministère des Pêches et des Océans. La biomasse commerciale constituée d’individus mâles de 95 mm et plus est estimée à 46 720 tonnes métriques (TM), ce qui représente une baisse de 9,8 % par rapport à l’année précédente. En comparaison, les diminutions enregistrées en 2023 et 2024 étaient de 21 % et 24 % respectivement.
Le biologiste en chef responsable de cette évaluation à la direction régionale de Moncton, Tobie Surette, parle d’une baisse globale de l’abondance de la ressource de 45 % en trois ans.
«Le crabe des neiges est sujet à des cycles d’abondance, souligne-t-il. Ce n’est pas la première fois qu’on le voit monter et descendre. Et présentement, on est dans le creux. Pour l’an prochain, on voit qu’il y a davantage de crabes sous la taille légale qui vont entrer dans la pêche. On parle d’une augmentation modeste pour 2027, puis de hausses plus soutenues pour 2028 et 2029.»
Pour ses relevés d’évaluation, le MPO nolise depuis quelques années l’AVALON VOYAGER II, propriété du Madelinot Denis Éloquin. Il échantillonne 355 stations de la mi-juillet à la mi-septembre. M. Surette précise que la biomasse commerciale 2025 qui sera disponible à la pêche ce printemps est composée à 55 % de recrutement, avec un tonnage de 25 343 TM, contre un volume de 21 377 TM de crabe résiduel – soit les individus restés sur les fonds de pêche après la saison – comptant pour 45 % du stock.
Or, cette biomasse résiduelle ne représente habituellement que 20 % de la population globale de crabe des neiges susceptible d’être capturée. «Ça signifie qu’on est dans une période de faible recrutement. C’est pour ça que la biomasse diminue depuis trois ans, parce qu’il y a moins de crabes en train de grandir pour atteindre la taille commerciale. Mais pour l’an prochain, le recrutement devrait passer à 32 700 tonnes, à peu près.»
Taux d’exploitation
Cela dit, le biologiste du MPO assure que le stock de crabe des neiges du sud du golfe se situe dans la zone saine, c’est-à-dire au-dessus du point de référence supérieur convenu en matière de gestion durable. En vertu de la règle de décision adoptée il y a une douzaine d’années pour établir le quota de pêche, dans le cadre de cette approche de précaution, les pêcheurs peuvent donc s’attendre à un taux d’exploitation révisé de 34,8 % cette année, contre 35,7 % l’an dernier. «Plus grande est la biomasse, plus grand est le taux d’exploitation», résume Tobie Surette.
Avec un taux d’exploitation de 34,8 %, on anticipe ainsi un contingent 2026 de 16 268 TM, contre 18 334 l’an dernier pour l’ensemble du sud du golfe. Dans la grande zone 12 autour des Îles-de-la-Madeleine, où la biomasse estimée est de 37 865 TM – ce qui représente une baisse de 10 % par rapport aux 42 090 TM de 2024 -, les pêcheurs traditionnels de la flotte semi-hauturière verraient leur quota global passer de près de 14 720 TM à 12 868 TM. Dans la petite zone 12F située le long du chenal laurentien, on parle d’une baisse de biomasse de 312 TM, ou de 9 %, les crabiers obtiendrait un quota global de 1 125 TM. Pour leur part, les zones 19 du Cap Breton et 12E s’étendant de la 12F vers la portion sud-est de l’île d’Anticosti, elles auraient des quotas globaux respectifs de 1 581 TM et 244 TM. Enfin, 450 TM sont réservées pour la réalisation du relevé scientifique 2026.
Mortalité hivernale
Par ailleurs, l’estimation annuelle de la biomasse de crabe des neiges ne tient pas compte du taux de mortalité hivernale suivant la période d’échantillonnage post-saison. Tandis que ce taux oscille en moyenne entre 30 % et 35 % depuis 30 ans, voilà qu’il n’était que de 23 % au cours de l’hiver 2025. Selon le chef de l’évaluation du crabe des neiges du golfe, c’est ce qui explique les forts rendements qui ont surpris les pêcheurs la saison dernière.
«Les pêcheurs ont attrapé leur quota de façon assez rapide grâce à ce faible taux de mortalité, parce qu’il y avait plus de crabe disponible que prévu. Les fluctuations à la baisse du taux de mortalité hivernale coïncident souvent avec une baisse de stock. Quand le stock descend, les densités de crabe sont moins fortes et donc, ça donne l’impression que chacun a plus d’espace pour se nourrir. On n’a pas de preuve scientifique du phénomène, mais plus une population est dense, plus il y a de maladies et de compétition», indique Tobie Surette.
Réchauffement ?
Autrement, le biologiste du MPO note que l’habitat du crabe des neiges était en expansion en 2025, avec une aire globale de répartition de la ressource aux alentours de 50 000 km². C’est une superficie de 10 % supérieure à la moyenne des cinq dernières années d’environ 45 000 km². Quant à la température moyenne de septembre, enregistrée sur les fonds de pêche entre 45 m et 120 m de profondeur, elle se situait à 1,3 ˚C, contre une normale de 0,7 ˚C pour la période 1990-2020.
«La superficie de l’habitat varie en fonction du froid de l’hiver et des couches d’eau froide qui se forment, commente M. Surette. Ça varie selon les vents et les températures hivernales. Puis, la température à l’intérieur de cet habitat-là est supérieure à la normale, soit, mais elle est stable depuis 2023. […] Et, même si dans les faits elle a presque doublé par rapport à la valeur normale, je ne dirais pas qu’il fait deux fois plus chaud sur le fond marin. On parle d’une fraction de différence. Un point sept degré ce n’est vraiment pas chaud!»
Selon Tobie Surette, la température préférentielle du crabe des neiges se situe entre -1 ˚C et 3 ˚C. La ressource peut tolérer jusqu’à 4 ˚C – 5 ˚C, alors que son seuil létal serait de 6 ˚C. Elle aurait même supporté 8 ˚C – 9 ˚C pour une courte durée lors d’expériences en bassin.
LE SUD DU GOLFE – page 2 – Volume 39,1 Février – Mars – Avril 2026

























