Des signes encourageants et beaucoup d’espoir pour le secteur des poissons de fond

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Les statistiques des trois dernières années montrent des signes encourageants dans le secteur du poisson de fond au Québec. Même si les données de 2016 n’entreront que dans quelques mois, les directeurs d’usines de transformation s’entendent pour dire qu’il y a place à beaucoup d’espoir pour les années à venir.

Les données de valeur des débarquements de 2014 et 2015 sont révélatrices. Les espèces de poissons de fond ont rapporté 14,7 millions $ à quai en 2014, et 16,1 millions $ en 2015, de loin les meilleurs résultats depuis le début des années 2000. Il faut en fait remonter aux années antérieures au moratoire de 1993 pour constater de meilleurs résultats financiers.

En 2015, les débarquements du turbot ont dominé, avec une valeur de 9,5 millions $, comparativement à 9,4 millions $ un an plus tôt. Le flétan atlantique a poursuivi sa progression avec des prises valant 4,6 millions $ il y a un an, alors qu’elles s’étaient établies à 3,7 millions $ en 2014.

En 2015, toutes les espèces de poisson de fond ont généré de meilleurs revenus au débarquement qu’en 2014, à l’exception de la plie grise, statistiquement non significative parce que la valeur de ses prises est passée de 20 000 à 2 000 $.

La valeur de la production à la sortie des usines constitue aussi une mesure révélatrice du retour des poissons de fond comme force économique.

En 2015, les usines québécoises ont généré des revenus de 27,8 millions $ à partir des espèces de poisson de fond achetées sur les quais ou, dans quelques cas, importées.

Le turbot, ou flétan du Groenland, a ainsi mené le classement avec une valeur de 17,3 millions $, suivi par les 5,2 millions $ découlant de la vente de flétan atlantique, la force montante dans les poissons de fond québécois. C’est une valeur huit fois plus élevée qu’en 2003 dans ce cas.

La transformation de morue a quand même débouché sur des revenus de 4,2 millions $ à la sortie des usines et ce ne sont pas les débarquements de 680 000 $ qui en sont la principale raison, mais bien les importations de morue russe et de l’Alaska.

DES AFFAIRES EN CROISSANCE

Les directeurs d’usines gaspésiennes de transformation de poisson de fond partagent un même point de vue sur la tendance des dernières années, les affaires sont en croissance.

Jean-René Denis, de la Poissonnerie de Cloridorme, qui exploite une usine en plus de la poissonnerie, précise que son entreprise a probablement repris le rythme de production antérieur au moratoire de 1993, si on tient compte de la transformation du concombre de mer.

«Il y a énormément de captures dans le flétan atlantique. Dans le turbot, c’est encore très bon, même si la plupart des pêcheurs ont terminé […]. Pour la morue, les pêcheurs cherchent des spots où il n’y en a pas, pour éviter d’être pénalisés. J’ai un pêcheur de flétan qui est parti un mercredi soir et qui est revenu le dimanche avec 20 000 livres de flétan atlantique, et 28 000 livres de morue! Dans ce cas, il n’a pas été pénalisé», précise M. Denis.

Le phénomène qu’il décrit, l’évitement de prises de morue pour les pêcheurs n’ayant pas le droit de déclarer trop de prises accidentelles de cette espèce, est de plus en plus fréquent chez des détenteurs de permis d’espèces comme le turbot ou le flétan.

Quoi qu’il en soit, la Poissonnerie de Cloridorme transformera autour de 3,5 millions de livres d’espèces diverses en 2016, un volume qui fournit du travail à près de 50 personnes jusqu’à la fin d’octobre.

«On revient au nombre d’employés qu’on avait avant le moratoire, de 45 à 50. On a baissé jusqu’à 20 dans les années 2000, avec un creux lors de la récession de 2008-2009. On est revenu à environ 50 employés depuis 2011-2012. Je n’avais jamais pensé ne pas faire de morue salée-séchée pour l’exportation avec 45 à 50 employés. C’est possible parce qu’on a développé, on a investi. Le concombre de mer, le turbot, le flétan et la morue nous gardent très occupés», explique Jean-René Denis.

Le peu de morue salée et séchée sortant de l’usine de Cloridorme est écoulé sur le marché régional. L’entreprise vend une énorme partie de sa production de concombre de mer et de turbot sur le marché chinois, «95% du concombre et 90% du turbot», note M. Denis.

La période de travail est placée différemment dans le calendrier par rapport à ce qui prévalait avant le moratoire de 1993, remarque-t-il.

«Avant, notre saison de transformation était faite à la fin de juin. Maintenant, on transforme environ 1 million de livres de produits entre la mi-mai et la mi-juillet, puis 2,5 millions de livres en août, septembre et octobre», dit M. Denis.

Il est convaincu que les quotas de flétan atlantique devront être augmentés au cours des prochaines années pour tenir compte de l’abondance de l’espèce. Les contingents de morue croîtront également, si les gestionnaires de Pêches et Océans (MPO) veulent assurer un équilibre, souligne M. Denis.

«La morue est de plus en plus abondante. Ça explique les problèmes de capture de crevette. La morue et le flétan atlantique sont des prédateurs de crevette. Pour ramener l’équilibre de la crevette, il faudra contrôler les stocks de morue et de flétan. Les crevettiers vont prendre deux mois de plus pour pêcher leur quota cette année», ajoute-t-il.

RECONSTRUIRE LE MARCHÉ   DE LA MORUE

«Si les quotas de morue sont augmentés, il faudra que ce soit graduel. Sinon, on aura une grosse problématique de mise en marché. Après le moratoire, le marché a diminué, diminué, diminué. On est disparus de certains marchés depuis des années, excepté le petit marché local du frais», avertit M. Denis.

À l’usine de Pêcheries gaspésiennes de Rivière-au-Renard, le directeur Luc Reeves affirme aussi que la situation s’améliore dans la transformation du poisson de fond. Son usine transformera plus de 2 millions de livres d’espèces diverses, dont 1,2 million de livres de turbot, soit six fois plus qu’en 2002, un peu plus de 300 000 livres de sébaste, près de 100 000 livres de flétan atlantique et autant de morue du golfe. À cela s’ajoutent 300 000 livres de morue importée.

«C’était 4 millions de livres avant le moratoire. On n’est pas revenus encore à ce volume, mais on sent que les poissons de fond sont en hausse. C’est positif pour l’avenir. On est revenus à un peu plus de 60 employés, avec les bureaux, et 53 ou 54 employés dans l’usine. La période d’embauche était plus longue avant le moratoire, avec 30 semaines par année comparativement à 17 maintenant, et un peu plus pour les employés du séchoir. On sent que le niveau de production va augmenter dans l’avenir», analyse M. Reeves.

Du côté de l’usine Lelièvre, Lelièvre et Lemoignan de Sainte-Thérèse-de-Gaspé, Roch Lelièvre précise que le volume de travail pour la main-d’œuvre assignée aux espèces de poisson de fond n’est pas revenu au seuil d’avant moratoire, mais dans l’ensemble, la diversification amorcée à la suite de l’arrêt de la pêche à la morue a débouché sur une augmentation du nombre de travailleurs et de semaines travaillées. La transformation du hareng et du homard explique la situation.

«Avant le moratoire, on travaillait avec une main-d’œuvre de 40 à 50 personnes, presque seulement dans le poisson de fond. Le volume pouvait atteindre cinq millions, parfois six millions de livres. Maintenant, c’est environ 4,5 millions de livres, dont un peu plus d’un million de livres de poisson de fond. Le gros de notre flétan atlantique va aux États-Unis et au Québec. Le flétan du Groenland est envoyé aux États-Unis, en Asie, comme à Taiwan, et en Italie», note M. Lelièvre.

La diversification a toutefois fait passer la main-d’œuvre à un peu plus de 125 personnes.

Roch Lelièvre voit aussi les volumes de poisson de fond augmenter depuis quelques années. Il est d’accord avec Jean-René Denis sur le fait qu’une augmentation des quantités de morue demandera des ajustements à propos de la mise en marché. L’excédent devra être acheminé sur les marchés mondiaux.

«C’est un marché à reconstruire. On va être obligés de le travailler différemment, presque de repartir à zéro. La goberge du Pacifique a pris la place de la morue. Les consommateurs ont changé», signale M. Lelièvre.

Réf.: REPÈRE – page 6 – Volume 29,4 – Aout – Septembre 2016

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À propos de l'auteur : 

Gilles Gagné

Gilles Gagné, né à Matane, le 26 mars 1960. J'ai fait mes études universitaires à Ottawa où j'ai obtenu un baccalauréat avec spécialisation en économie et concentration en politique. À l'occasion d'une offre d'emploi d'été en 1983, j'ai travaillé pour Pêches et Océans Canada comme observateur sur deux bateaux basés à Newport, deux morutiers de 65 pieds. Le programme visait l'amélioration des conditions d'entreposage des produits marins dans les cales des bateaux et de leur traitement à l'usine. Cet emploi m'a ouvert des horizons qui me servent encore tous les jours aujourd'hui. En 1989, après avoir travaillé en tourisme et dans l'édition maritime à Québec, je suis revenu vivre en région côtière et rurale, d'abord comme journaliste à l'Acadie nouvelle à Campbellton. C'est à cet endroit que j'ai rédigé mes premiers textes pour Pêche Impact, à l'été 1992. Je connaissais déjà ce journal que je lisais depuis sa fondation. En octobre 1993, j'ai déménagé à Carleton, pour travailler à temps presque complet comme pigiste pour le Soleil. J'ai, du même coup, intensifié mes participations à Pêche Impact. Je travaille également en anglais, depuis près de 15 ans, pour l'hebdomadaire anglophone The Gaspé SPEC et je rédige l'éditorial du journal Graffici depuis 2007.

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