dimanche, mai 19, 2024
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Écofaune boréale, le CCTT du Cégep de St-Félicien, rachète les actifs de Total Océan en faillite

Écofaune boréale, le Centre collégial de transfert technologique (CCTT) du Cégep de St-Félicien, a racheté les actifs de Total Océan en faillite au coût de 125 000 $. On se rappellera que l’entreprise de Havre-aux-Maisons fondée en 2015 n’a réussi à vendre qu’un seul lot d’environ 10 000 kg d’huile de phoque avant de faire faillite en début d’année, en raison d’un bris de contrat de la part de son principal partenaire SiliCycle (Pêche Impact, février 2024). Or il faudra prendre son mal en patience avant d’assister à une relance de la production commerciale d’huile riche en oméga-3 dans l’archipel, puisque l’organisation du Saguenay-Lac-Saint-Jean ne prévoit se servir de ses équipements nouvellement acquis – dont la pièce maitresse est un distillateur moléculaire – qu’à des fins de recherche, de développement et de formation.

«On veut développer une filière favorisant une valorisation intégrale des produits du phoque, explique Louis Gagné, directeur général du CCTT. Alors il faut commencer par le début, c’est-à-dire établir une espèce de vitrine technologique, un endroit où on va développer une solution, où on va pouvoir démontrer, expliquer, transférer, transmettre, faire de l’éducation, acquérir des apprenants. On a une optique institutionnelle, globale de développement et d’innovation. Et ensuite on va pouvoir essaimer, copier-coller, sous un angle industriel et commercial.»

Cela dit, le CCTT a décidé de démanteler tous les équipements ayant appartenu à Total Océan pour les relocaliser ailleurs dans l’archipel, afin de mener à bien son projet. Louis Gagné plaide le manque d’espace dans le bâtiment de la Pointe de Havre-aux-Maisons où l’entreprise de transformation du gras de loup-marin était logée. Il ne sait toutefois pas si cette relocalisation commandera une construction neuve ou la location d’un autre immeuble existant. «Pour l’instant, on est à établir la stratégie, la démarche, dit-il. Les équipements seront stockés de façon provisoire, le temps qu’on ait tout ce qu’il faut pour installer un centre complet, là où on n’aurait pas de contraintes à rajouter des équipements de tannage, par exemple.»

Le défi, pour Écofaune boréale, c’est de mettre au point des solutions innovantes pour valoriser tous les résidus du phoque, jusqu’ici chassé presqu’exclusivement pour la viande, poursuit son dg qui se donne deux à trois ans pour lancer ses activités dans l’archipel. «Sous un angle commercial, il faut rentabiliser les matières résiduelles, soit tant la fourrure, que le cuir, les os, les organes et les entrailles, pour encourager les chasseurs à aller chasser et les entrepreneurs à investir dans les produits dérivés du phoque, fait-il valoir. Il y a le gras et les huiles, oui, mais il y a aussi toutes les autres parties qui doivent trouver une voie de sortie industrielle.»

PARTENARIATS

Tandis qu’Écofaune boréale travaille déjà en étroite collaboration avec l’Association des chasseurs de phoque intra-Québec (ACPIQ) depuis deux ans sur un projet de tannerie verte aux Îles-de-la-Madeleine (Pêche Impact, novembre 2022), son dg entend également conclure des ententes de partenariat avec d’autres organisations du milieu, telles que le Centre de recherche sur les milieux insulaires et maritimes (CERMIM) et le Rassemblement des pêcheurs et pêcheuses des côtes des Îles (RPPCI). «Je travaille pour un Cégep, alors je ne peux pas m’associer, dans l’élaboration d’une démarche structurante collective comme celle dont je parle, avec un entrepreneur privé», insiste Louis Gagné.

Pour sa part, le président du RPPCI, Charles Poirier, confirme avoir obtenu le mandat de collaborer avec le CCTT de St-Félicien, lors de l’assemblée générale annuelle de ses membres, le jeudi 25 avril. «On va inviter nos membres chasseurs à se remettre à la chasse pour approvisionner le CCTT et faire avancer le dossier, pour qu’un jour ça devienne une chasse responsable, expose-t-il. Le but premier c’est de contrôler le troupeau qui est déjà problématique. Et pour rentabiliser un voyage de chasse, rien que la viande, ou rien que la peau, ce n’est pas rentable. Ça fait que si on cible tout le produit, on est très ouvert à les aider à aller plus loin.»

Le copropriétaire de la Boucherie spécialisée Côte-à-Côte, Réjean Vigneau, se montre également ouvert à collaborer avec Écofaune boréale. Il n’entend toutefois pas modifier ses pratiques de rejets en mer des peaux de loups-marins pour maximiser ses chargements en viande, à moins qu’un bateau collecteur ne le suive à chacune de ses sorties. Bon an mal an, l’escouade du boucher-chasseur récolte environ 1 600 juvéniles et de 400 à 500 phoques adultes. «Ça équivaut à environ 80 000 livres de gras, précise-t-il. Mais pour l’instant, la manière qu’on contrôle la population de phoques gris est plutôt anodine, parce qu’on est les seuls, à la Boucherie Côte-à-Côte, à faire de quoi avec de gros volumes de matière première. Alors on souhaite bonne chance à Écofaune boréale, mais il y a encore loin de la coupe aux lèvres!»

OPPORTUNITÉ MANQUÉE

D’ailleurs l’ex-coprésident de Total Océan, François Gaulin, se désole de n’avoir pas eu l’occasion de discuter sérieusement avec Écofaune boréale de l’expérience passée de l’entreprise en faillite et de la façon d’en relancer rapidement les activités, dans la foulée de la reprise de ses actifs. «La bonne nouvelle c’est que le distillateur semble demeurer aux Îles et garde sa vocation première [de traiter localement l’huile de loup-marin], concède M. Gaulin. Mais son démantèlement rajoute une complexité au dossier. Et pour nous, la phase des recherches était complétée, tandis que là, on parle d’un horizon de deux à trois ans avant de commencer. C’est long! On aurait souhaité pouvoir les aider pour sauver du temps.»

Même son de cloche chez Christophe Mellon, le chimiste qui a mis au point le procédé de purification de l’huile de phoque du Groenland pour le compte de Total Océan. Au sein d’un groupe de promoteurs intéressés d’en relancer la production, il affirme être en mesure de répondre dès ce printemps à la demande du marché pour ce produit de niche, en autant qu’il puisse avoir accès au distillateur moléculaire. Il souligne aussi que l’appareil a été conçu pour opérer en continu, à des fins industrielles. «Tandis que si tu veux juste faire des expériences, l’arrêter, l’analyser, à chaque fois, ça prend un certain nombre de litres [d’huile brute]. Ça prend au bas mot 500 litres de la shot. Ça me paraît risqué.»

PAS DE RECUL

À ce propos, Louis Gagné admet que son projet de développement d’un centre intégré de R & D sur les produits du phoque soit perçu comme un recul. «Mais on prend un pas de recul pour faire 10 pas en avant, soutient-il. Le distillateur moléculaire va devenir un outil polyvalent pour développer différents procédés de valorisation de différentes matières résiduelles sous forme liquide, incluant l’huile de poisson. On va profiter de sa versatilité. Et si jamais, dans le cadre de nos travaux de recherche et développement, on en démontrait la faisabilité technique et la rentabilité, les lumières seront au vert pour qu’une entreprise privée ou un organisme décide d’investir dans son propre kit, son propre set-up

Ainsi, le distillateur moléculaire qui appartient désormais à Écofaune boréale aura une vocation de recherche semi-industrielle de long terme et il n’est pas question d’en transférer éventuellement la propriété à l’entreprise privée, soutient son dg. Cependant, pour Gil Thériault, directeur général de l’ACPIQ, cela n’empêcherait pas pour autant d’éventuels promoteurs d’en faire la location à des fins commerciales. «De partager l’équipement avec la communauté, je ne vois pas de problème avec ça, dit-il. On est capable d’avoir une structure qui va permettre d’utiliser le distillateur à son plein potentiel.»

Selon les calculs de M. Thériault, l’optimisation de la transformation des produits du phoque dans l’archipel pourrait, à terme, engendrer des ventes annuelles d’une vingtaine de millions de dollars.

REPÈRE – page 26 – Volume 37,2 Avril-Mai 2024

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Hélène Fauteux
Hélène Fauteux est diplômée en communications et journalisme de l'Université Concordia. Établie aux Îles-de-la-Madeleine depuis 1986, elle a développé une solide expertise en matière de pêche et de mariculture.
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