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Évaluation des stocks de crabe des neiges : des signaux contrastés pour la prochaine saison

Les résultats du dernier relevé scientifique révèlent un portrait nuancé des stocks de crabe des  neiges de l’estuaire et du nord du golfe du Saint-Laurent. Si plusieurs zones affichent des signes encourageants d’une phase ascendante du cycle d’abondance, d’autres peinent encore à retrouver leur vitalité d’antan.

Biologiste à l’évaluation des stocks à l’Institut Maurice-Lamontagne de Mont-Joli, Sarah Loboda a exposé les données des différentes zones de pêche lors de la revue par les pairs scientifiques tenue du 10 au 12 février. Ces zones couvrent un vaste territoire allant de  l’estuaire au nord du golfe du Saint-Laurent, réparties en neuf unités de gestion : 17, 16, 16A, 15, 14, 13, 12A, 12B et 12C. Ces données ont été validées.

L’est reprend des couleurs, l’ouest s’essouffle

La tendance la plus marquante de ce relevé réside dans un net contraste géographique entre les zones de l’est et celles de l’ouest du territoire de pêche. «On estime que les stocks sont en hausse, surtout dans les zones 15 et 12C, donc vraiment le secteur le plus à l’est, explique Sarah Loboda. On pense que la phase ascendante est vraiment bien partie dans ce secteur.» La zone 12A, sur la pointe de la Gaspésie, enregistre également une hausse notable, alors que la zone 16A se maintient dans des valeurs proches de la stabilité.

À l’inverse, la zone 17, qui correspond au secteur de l’estuaire face à Rimouski et à Matane, continue de glisser vers le bas. «C’est vraiment la valeur la plus basse qu’on a vue depuis le début qu’on calcule cette valeur, donc depuis l’année 2000», confirme la scientifique de Pêches et Océans Canada.

Ce tableau est néanmoins tempéré par un signal d’espoir : une belle abondance d’adolescents est observée, surtout sur la rive sud de l’estuaire. Ce sont les crabes  juvéniles à la veille de grossir les rangs commerciaux. «Il y a toujours un décalage dans le cycle entre l’est et l’ouest, souligne-t-elle. Donc on est dans cette période où c’est légèrement différent entre les deux.» Ce décalage est inhérent à la biologie de l’espèce et aux conditions qui varient d’un bout à l’autre du golfe.

Des prélèvements en hausse dans la plupart des zones

Les propositions scientifiques de prélèvements pour la prochaine saison reflètent un portrait différencié. La zone 15, en excellente santé, pourrait voir ses captures se situer entre 550 et 600 tonnes. La zone 14, qui suscitait des inquiétudes l’an dernier, rassure les scientifiques qui proposent de 400 à 435 tonnes. La zone 13 surprend positivement avec des valeurs record dans son secteur nord, pour des prélèvements proposés entre 260 et 292 tonnes. La zone 12C, en pleine phase de relance, pourrait accueillir entre 280 et 310 tonnes. La zone 12A, longtemps en zone critique, continue sa remontée vers 110 à 138 tonnes possibles.

À l’autre bout du spectre, la zone 17 fait face à une recommandation de réduction, avec des prélèvements potentiels entre 1 000 et 1 200 tonnes. La zone 16 navigue entre statuquo et légère diminution, avec des propositions de 2 400 à 2 900 tonnes, selon les dynamiques opposées observées entre sa partie est et ouest. Ces chiffres restent des propositions scientifiques : les totaux autorisés de captures pour 2026 seront déterminés par la gestion des pêches à l’issue des comités consultatifs.

Zone 12B : le moratoire se prolonge

Sous moratoire depuis 2021, la zone 12B ne donne aucun signe encourageant de rétablissement. Un relevé de recherche y a été conduit en 2025, le premier depuis 2022, mais ses conclusions sont sans appel. «Le stock de la zone 12B est toujours en zone critique, affirme Mme Loboda. Il n’y a aucun signe d’amélioration avec le relevé de 2025.»

Aucune recommandation de prélèvement n’a donc été formulée. La biologiste rappelle que la décision de maintenir ou de lever le moratoire revient à la gestion des pêches et non aux scientifiques. «Il n’y a rien qui dit que ça ne pourrait pas rouvrir», précise-t-elle néanmoins. Sarah Loboda indique que les scientifiques continueront de surveiller de près l’évolution de la ressource dans ce secteur.

Une nouvelle méthode de calcul

Cette année marque un tournant dans la manière dont les scientifiques formulent leurs recommandations. Les modifications apportées en 2024 à la méthode de calcul avaient semé la confusion parmi les intervenants du secteur. «Ç’a vraiment mêlé tout le monde, reconnaît Mme Loboda. On a eu beaucoup de commentaires. Ça a été beaucoup critiqué.»

La réponse des scientifiques a été de concevoir une approche plus quantitative, fondée sur une régression linéaire reliant la valeur de l’indicateur combiné aux recommandations historiques. À cela s’ajoute un système de pondération tenant compte de variables secondaires, comme la taille des crabes. «Si la taille des crabes est petite, il faut être plus prudent, explique-t-elle. C’est comme un système de bonus-malus.» Cette nouvelle méthode a été bien accueillie lors de la revue scientifique par les pairs.

Les changements climatiques, une menace grandissante

Au-delà des fluctuations du cycle d’abondance, c’est le réchauffement climatique qui préoccupe le plus les scientifiques. Plusieurs zones, dont la 17 et la 16, connaissent une perte d’habitat thermique   favorable pour le crabe des neiges, espèce qui préfère les eaux froides des grands fonds. À l’inverse, la zone 13, portée par la source froide de Mécatina, en bénéficie encore.

«La préoccupation principale reste les changements climatiques, qui pourraient vraiment avoir des impacts autant sur la distribution que la croissance du crabe, la productivité des stocks dans différents secteurs, de la taille à la mue terminale», résume la biologiste de l’Institut Maurice-Lamontagne. Donc, l’incertitude demeure quant aux effets à moyen et long termes sur la dynamique globale des populations.

Vers une approche de précaution complète pour 2027

Dans ce contexte d’incertitude, Pêches et Océans travaille à l’élaboration d’une approche de précaution standardisée pour les neuf stocks. Cette démarche vise à établir des points de référence officiels permettant de qualifier l’état de chaque stock, c’est-à-dire zone saine, zone de prudence ou zone critique, puis d’y associer des règles de gestion claires et prévi-sibles.

L’industrie, les associations de pêcheurs et les communautés autochtones participent à cette démarche à travers un groupe de travail consultatif. L’objectif est que la nouvelle approche soit validée lors de la revue par les pairs de février 2027. «Je pense que tout est en place pour que ça fonctionne», conclut Sarah Loboda avec optimisme.

L’ESTUAIRE ET LE NORD DU GOLFE – page 13 – Volume 39,1 Février – Mars – Avril 2026

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