dimanche, mars 15, 2026
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La ministre fédérale des Pêches, Joanne Thompson, sensibilisée à certains enjeux de l’industrie du Québec maritime

Les espoirs de renouvellement prochain du Fonds des pêches du Québec (FPQ) semblent permis. En entrevue exclusive réalisée dans le cadre d’une visite de trois jours en sol québécois, du 2 au 4 mars, la ministre fédérale Joanne Thompson a affirmé être consciente «du travail phénoménal» que les différents fonds des pêches du pays ont supporté jusqu’à présent. «Et oui, les enveloppes [du FPQ] ne sont ouvertes que jusqu’à la fin du mois de mars, a-t-elle reconnu. Alors j’espère bien avoir quelque chose à annoncer très prochainement sur la manière dont nous pourrons aller de l’avant.»

Est-ce que l’industrie de la capture et de la transformation peut s’attendre à ce qu’une bonne nouvelle lui soit transmise en ce sens à Boston, lors de la prochaine édition de la plus grande foire commerciale des poissons et fruits de mer en Amérique du Nord qui se tiendra du 15 au 17 mars? «J’aimerais bien, mais je ne peux vous fournir de calendrier à ce moment-ci, indique Mme Thompson. Mais je sais pertinemment que c’est incroyablement important et j’ai hâte de faire une annonce dès que je le pourrai!»

Chose certaine, pour le ministre québécois de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ), Donald Martel, il est grand temps que l’industrie puisse miser ses énergies sur les projets de développement, plutôt que de les perdre à exercer des pressions politiques sur le gouvernement Carney pour qu’il renfloue le FPQ tel que promis en campagne électorale l’an dernier. C’est ce qu’il s’est employé à faire comprendre à son homologue fédérale, venue le rencontrer à son cabinet.

«Je lui ai demandé poliment d’essayer de régler ça le plus rapidement possible, pour qu’avec mes collègues des Maritimes on puisse travailler sur les choses essentielles, dans le nouveau contexte mondial. Pour qu’on puisse travailler de manière constructive sur des projets communs, des ententes pour développer l’intra-marché entre nous, et pour optimiser l’ensemble de l’industrie de la pêche», relate M. Martel.

Et parlant de la libéralisation du commerce interprovincial pour réduire la dépendance de l’économie canadienne à l’endroit du marché américain, est-ce que les négociations en cours incluent la viande de phoque? Va-t-on enfin harmoniser les réglementations fédérales et provinciales qui sont présentement un frein à son exportation hors Québec, parce que l’espèce est considérée être un poisson par Ottawa plutôt qu’une viande rouge sauvage, telle que statuée par le MAPAQ? «C’est exactement ce qu’on est en train de faire, assure Donald Martel : harmoniser nos mesures pour favoriser les échanges interprovinciaux. Et effectivement, la viande de phoque est un bel exemple. Vous me donnez un beau défi, là», a-t-il ajouté quand nous lui avons mentionné que l’industrie madelinienne de la chasse serait aux premières loges pour   applaudir un tel déblocage.

Écocertification MSC

Pour sa part, l’Association québécoise de l’industrie de la pêche (AQIP) a profité de sa rencontre avec la ministre fédérale des Pêches et des Océans pour lui demander d’accélérer le processus de conversion des permis de pêche exploratoire au homard en permis permanents. Le problème, selon son directeur général Serge Fortin, c’est que les prises des permis exploratoires ne peuvent recevoir la certification du Marine Stewardship Council (MSC) attestant d’une pêche durable, que réclament tant les marchés domestiques qu’internationaux. Aussi l’AQIP souhaite-t-elle que l’horizon de 10 à 15 ans fixé par le MPO, avant qu’il ne se prononce sur la durabilité des nouvelles pêcheries des secteurs de la péninsule gaspésienne, d’Anticosti et de la Côte-Nord, soit ramené à une échéance de trois à cinq ans.

«Quand les arrivages des pêcheries exploratoires arrivent, il faut les séparer de ceux des pêches commerciales. Ça commande une logistique de triage et de vente très complexe, expose M. Fortin. Et ça empêche aussi certains producteurs d’investir pour prendre de l’expansion parce que, pour l’agrandissement d’un vivier par exemple, ils sont incapables de dire pour combien de temps ils pourront compter sur leurs approvisionnements additionnels.»

Questionnée à cet effet par Pêche Impact, Joanne Thompson a dit être bien au fait des enjeux économiques exposés par l’AQIP. Cependant, elle souligne tout à la fois l’importance de suivre le processus scientifique établi avec son équipe. «Sciences et conservation doivent guider les décisions ministérielles, insiste-t-elle. C’est aussi une question de respect de nos engagements auprès des pêcheurs et de l’industrie parce qu’il nous faut comprendre collectivement ce qui se passe dans nos eaux, et si ce qu’on observe présentement se poursuivra dans le temps.»

D’autre part, le DG de l’AQIP nous informe que la ministre Thompson se montre ouverte à supporter la création d’un éventuel Conseil canadien du crabe, tel qu’il en existe pour le homard, afin de promouvoir la durabilité de la pêcherie et son image de marque sur les marchés. M. Fortin explique que l’idée, encore tout embryonnaire, s’inscrit dans la série de mesures déployées par l’industrie depuis 2018 afin de reconquérir le label MSC, suspendu en raison du taux de mortalité anormalement élevé de baleines noires, une espèce menacée de disparition, enregistré l’année précédente et largement   imputé à leur interaction avec les activités de pêche.  «Et à partir du moment qu’il y a un regroupement, représenté par un conseil canadien, ça permet d’avoir une seul voix porteuse, pour faire des recommandations auprès des instances gouvernementales par exemple. C’est sûr que ça plus de poids», dit-il.

Serge Fortin soumettra le projet de  Conseil canadien du crabe aux transformateurs des Maritimes dans le cadre de la  rencontre interprovinciale des industriels qui se tiendra en marge du Salon de Boston, le 16 mars. Il précise également que la demande de recertification de la pêche au crabe des neiges du sud du golfe du Saint-Laurent, de même que des zones 12A à 17, allant de la Côte-Nord à l’Estuaire est présentement sous analyse. On devrait en connaître les conclusions en cours d’automne.

Agents des pêches et CNESST

Par ailleurs, comment la ministre fédérale des pêches réagit-elle aux révélations concernant les pressions politiques que subissent les agents de conservation et de protection du MPO, pour qu’ils détournent le regard des activités de pêche illégale menées par certains Autochtones? Joanne Thompson nous répond qu’elle a clairement établi dès son entrée en fonction, le 14 mars 2025, qu’elle ne supporte que les pêcheries sécuritaires et autorisées. «Tous les pêcheurs, indigènes et non indigènes ont le droit de pêcher dans leurs secteurs respectifs et ce, de manière sécuritaire, de même qu’en conjonction avec les principes de conservation et de durabilité», fait-elle valoir.

Mme Thompson dit aussi avoir confiance en ses agents sur le terrain pour qu’ils assurent que les pêcheries soient «sécuritaires, ordonnées et paisible pour tous». «Je vais à leur rencontre dans toutes les communautés que je visite, ajoute-t-elle. […] Nous travaillons ensemble, nous entretenons des communications sans entraves. C’est ainsi que je travaille. C’est un processus ouvert et transparent.»

Enfin, dans un tout autre registre n’impliquant que le gouvernement du Québec, l’AQIP s’inquiète d’un nouveau projet de règlement déposé par la Commission des normes de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), sur les conditions d’hébergement des travailleurs. Publié dans la Gazette officielle du Québec le 14 janvier, il stipule entre autres que les employeurs ne doivent héberger que deux travailleurs par chambre alors que, selon Serge Fortin, la plupart des unités d’hébergement aménagées par les industriels de la pêche permettent d’en accueillir quatre.

«Les exigences de la CNESST ne sont pas adaptées aux réalités régionales, soutient-il. En pleine crise du logement, une entreprise comme Pêcheries LéoMar devrait augmenter son parc à logement de 30 %. Et à Rivière-au-Renard, où on a trois usines de transformation, on calcule qu’il faudrait faire l’acquisition d’environ 60  nouvelles propriétés. Non seulement c’est irréaliste, ça aurait un impact financier majeur qu’on estime à quelques dizaines de millions de dollars pour l’ensemble de l’industrie québécoise de la pêche.»

Alerté tant par les industriels de la pêche que par les employeurs du secteur agricole, le ministre Donald Martel dit en avoir discuté avec son collègue Jean Boulet, ministre du Travail responsable de la CNESST. À son avis, il n’y a rien de mal aux lits superposés, qui permettent d’accueillir un plus grand nombre de gens par unité. Il croit aussi qu’il faut faire confiance aux entrepreneurs du secteur alimentaire dont la majorité, conclut M. Martel, sont soucieux d’offrir un environnement sain à leurs travailleurs, pour qu’ils puissent bien se reposer afin d’être productifs.

SCÈNE FÉDÉRALE – pages 10-11 – Volume 39,1 Février – Mars – Avril 2026

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Hélène Fauteux
Hélène Fauteux est diplômée en communications et journalisme de l'Université Concordia. Établie aux Îles-de-la-Madeleine depuis 1986, elle a développé une solide expertise en matière de pêche et de mariculture.
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