Le Rassemblement des pêcheurs et pêcheuses des côtes des Îles (RPPCI) a produit, en milieu contrôlé, environ 24 000 post-larves de homards à des fins d’ensemencement, au cours de la dernière saison de pêche. C’est 85 % de plus que l’an dernier alors que son objectif est d’atteindre un seuil annuel de 50 000 à compter de l’an prochain. C’est d’ailleurs avec fierté que le RPPCI a ouvert les portes de son écloserie au public cet été, où il a aménagé un centre d’interprétation et offert des visites guidées de la fin juin à la mi-août, soit jusqu’à ce que les petits homards dont elle fait l’élevage aient tous été relâchés à l’eau pour bonifier les fonds de pêche les moins productifs.
Sa directrice générale, Léona Renaud, parle d’un projet pilote mené à même les réserves financières du Rassemblement. «Cette année, c’est le 10e anniversaire du Rassemblement des pêcheurs et on trouvait que c’était le momentum pour développer ce nouveau volet à notre écloserie», souligne-t-elle tout en précisant que les revenus générés par les quelques 800 visites de ses installations y seront réinvestis aux fins de bonification.
Projet Marquage
D’autre part, pour mieux comprendre les déplacements des homards sur les fonds marins, le RPPCI a procédé au marquage de près de 3 000 individus au cours de la saison 2025, pour un total de 5 153 en deux ans. Il se félicite d’avoir obtenu une subvention de près de 57 000 $ de la part du Fonds des Pêches du Québec qui lui a permis de retenir les services d’un ingénieur informatique sur une période de 19 semaines. Spécialisé en programmation de logiciels, Jean-Benoît St-Germain fut chargé du traitement et de l’analyse des nombreuses données découlant de la recapture de ces crustacés marqués d’une étiquette numérotée, dont on a enregistré le sexe, la taille et le lieu précis de la remise à l’eau. Cette saison, 70 pêcheurs, soit 22 % de la flottille, ont déclaré 149 homards étiquetés, ce qui représente un taux de recapture de 5 % contre 4 % l’an dernier.
Jean-Benoît St-Germain raconte s’être inspiré d’une programmation informatique développée par les scientifiques du ministère des Pêches et des Océans (MPO) – que le RPPCI avait utilisé l’an dernier – afin d’en rendre plus conviviale la transmission de rapports détaillés aux pêcheurs qui prennent la peine de signaler la recapture des spécimens identifiés. «Le système du MPO était quand même efficace, mais il présentait une certaine complexité du fait qu’il était fait par des programmeurs et utilisé par des programmeurs, indique-t-il. Ça faisait en sorte que c’était difficile pour l’équipe du RPPCI de transmettre des rapports quand même assez détaillés aux pêcheurs, à chaque matin, à chaque jour.»
Il faut savoir que c’est sur une base volontaire que les pêcheurs notent le numéro de série de chaque individu recapturé, la localisation et la date de la prise, de même qu’ils en prennent une photo aux côtés d’un instrument de mesure, pour ensuite communiquer le tout par texto au RPPCI. «Ce qui contribue au succès d’un projet de marquage c’est justement la capacité de produire un retour rapide aux pêcheurs, poursuit le coordonnateur de l’équipe scientifique de l’organisation, Jean-François Laplante. C’est comme le service après-vente. Parce que quand le pêcheur envoie la photo et le numéro de tag, ce qui lui importe avant tout c’est de savoir d’où vient son homard. […] Puis après ça, quand on aura plus de recul, ce sera de faire les analyses de toutes les données recueillies.»
Algorithme sur mesure
Jean-Benoît St-Germain explique qu’il a, entre autres, incorporé des cartes du fond marin des Îles à son algorithme qui permettent de mieux simuler les déplacements des crustacés en fonction du relief. «À toutes fins pratiques, l’algorithme nous sort des distances différentes en fonction du fond, expose-t-il. Si on a un fond plat, on aura probablement une ligne très courte dans laquelle on va peut-être avoir un cinq kilomètres. Alors que s’il y a des trous partout, ça se pourrait que le homard fasse des contours, totalisant en trois, quatre kilomètres de plus. Et ça, le système est en mesure de le prédire. On ne peut jamais émettre avec certitude quel a été le chemin du homard parce qu’on n’a de GPS accroché sur ses pattes. Mais au moins, on peut avoir une certaine évaluation proche de la réalité.»
Du total de 240 homards étiquetés et repêchés ces deux dernières saisons, on constate qu’ils ont parcouru une distance moyenne de 10 km entre les lieux de marquage et de recapture. La plus petite distance enregistrée est de 310 m en 14 jours, tandis que la plus grande est d’environ 55 km en 364 jours. De plus, selon l’ingénieur informatique, on pourra éventuellement mieux comprendre les patrons de déplacement des homards en fonction du moment de l’année et des divers facteurs atmosphériques qui influencent la température de l’eau sur le fond marin. Son modèle d’analyse englobe en outre les données de température que relèvent en continu les cinq bouées intelligentes que le RPPCI a déployées tout autour de l’archipel.
«C’est certain qu’on va bientôt commencer à avoir assez d’information pour décrypter un genre de pattern, commente à ce propos Jean-François Laplante. On devrait aussi pouvoir approfondir certaines questions en ce qui concerne les femelles œuvées tout particulièrement. Leur intérêt dans la vie, c’est que leurs œufs se développent le plus vite possible – c’est comme le rôle d’une mère qui veut le bien de son enfant – et elles cherchent les températures chaudes. Théoriquement, elles se déplacent donc beaucoup plus rapidement qu’un mâle ou une femelle non œuvée», illustre-t-il.
Le RPPCI est confiant que l’expertise qu’il est à développer en matière de marquage de homard pourra éventuellement être transposée à d’autres régions pour qu’on ait une meilleure interprétation du déplacement des différentes populations dans l’ensemble de leurs aires de distribution du golfe du Saint-Laurent. Des travaux similaires sont déjà menés tant en Nouvelle-Écosse, qu’au Nouveau-Brunswick et à l’Île-du-Prince-Édouard.
RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT – page 22 – Volume 38,3 Septembre-Octobre 2025

























