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L’impact potentiel des requins blancs sur le comportement alimentaire des phoques gris est l’objet de travaux d’une équipe scientifique

Une équipe scientifique de Pêches et Océans Canada (MPO) a marqué neuf requins blancs au Corps Mort et à l’Île Brion, du 25 au 30 août, lors de sa mission annuelle de suivi de ce grand prédateur dans le golfe du Saint-Laurent. Ce suivi, qui a cours depuis trois ans autour des Îles-de-la-Madeleine, vise notamment à quantifier l’impact potentiel des requins blancs sur le comportement alimentaire des phoques gris (Pêche Impact, mars 2023).

Le chercheur Xavier Bordeleau de l’Institut Maurice-Lamontagne (IML), spécialisé en écologie des pinnipèdes et en relations proies-prédateurs, souligne qu’il s’agit des premiers requins blancs en eaux québécoises à être étiquetés d’une combinaison d’émetteurs satellite et acoustique.

«Le premier tag est programmé pour enregistrer des informations pendant un an, sur la trajectoire de l’animal et les profondeurs de plongée. Et quand il se détache, il nous envoie les données collectées via satellite. Le 2e tag, qui est acoustique, a une durée de vie de 10 ans. On en capte le signal quand les animaux passent près de nos hydrophones déployés dans l’environnement. Pour les Îles-de-la-Madeleine, on a un réseau de 10 récepteurs acoustiques autour des colonies de phoque du Rocher aux Oiseaux, de l’Île Brion et du Corps Mort.»

Arrivant dans le Golfe en provenance des États-Unis, les requins blancs viennent s’y alimenter durant l’été puis repartent vers la mi-novembre lorsque la température de l’eau tombe sous leur seuil de confort thermal d’environ 15 ˚C. L’Atlantic White Shark Conservancy de la Massachussetts Division of Marine Fish et l’Institut d’océanographie du MPO à Bedford, en Nouvelle-Écosse, ont respectivement ont mis en place un programme d’étiquetage en 2010 et 2017 afin de mieux connaître leur aire de distribution.

Or, jusqu’ici, le MPO n’avait réussi à étiqueter que trois de ces grands poissons en voie de disparition. Et donc, avec l’IML qui a joint les efforts de monitorage en 2021 et le succès du marquage 2023, on dénombre présentement 280 animaux taggués, dont 12 en eaux canadiennes.

«C’est excitant parce que ça nous donne une bonne visibilité et ça rend justice à l’expertise du MPO, de l’IML et des Îles-de-la-Madeleine, relève Xavier Bordeleau. Et ça nous permet aussi de maximiser l’acquisition de connaissances sur les habitats que ces animaux-là vont utiliser. Vont-ils aller ailleurs dans le Golfe? On croit qu’ils vont probablement rester plus longtemps en eaux canadiennes que ceux qui sont taggués à Cape Cod.»

UNE PIERRE DEUX COUPS

En faisant référence à l’expertise acquise dans l’archipel madelinot, le scientifique de l’IML fait valoir la contribution qu’ont apportée les pêcheurs-chasseurs Ghislain Cyr et Rodrigue Dubé à la mission requins blancs 2023. C’est que le MPO a fait d’une pierre deux coups en combinant ses travaux de recherche sur ces grands prédateurs, à ses divers relevés annuels de suivi de la population de phoques gris du Golfe, amorcés par le chercheur émérite Mike Hammill dans les années 1990. MM Cyr et Dubé ont ainsi facilité la capture de 14 phoques gris pour des prises d’échantillons de muscles, de gras, de tract reproducteur, de mâchoires et de dents, de même que pour des prélèvements stomacaux et intestinaux, tous destinés à étudier tant la diète que l’état nutritionnel, la maturité sexuelle et la structure d’âge du troupeau.

«En plus de nous permettre de quantifier la diète des phoques gris, toutes ces  informations nous servent d’intrants de données pour les modèles d’évaluation d’abondance et de dynamique des populations, soutient M. Bordeleau. C’est un échantillonnage très important qui dessert de nombreux objectifs.»

L’équipe du MPO compte aussi plusieurs étudiants gradués et un chercheur postdoctoral qui étudient plusieurs autres aspects, dont l’évolution de l’utilisation de l’habitat du phoque gris dans le Golfe, incluant son comportement, les endroits où il va se nourrir et la durée de temps quand il revient aux échoueries.

«C’est pour savoir comment la taille de l’espace vital de l’espèce a évolué depuis plus de 30 ans, poursuit Xavier Bordeleau. Par exemple, on a des individus qui restent toujours près de Brion et qui occupent un petit domaine vital, et d’autres animaux qui vont se déplacer beaucoup plus et qui ont un grand domaine vital. Et donc, il regarde comment ça change dans le temps avec le plus grand nombre d’animaux par rapport au début des années 90, lorsqu’il y avait beaucoup moins de compétition entre eux et qu’ils n’avaient pas à se disperser autant qu’aujourd’hui. On regarde aussi comment la durée du temps passé échoué et du temps d’alimentation est peut-être affectée par la présence de  requins.»

Fait intéressant, ce sont les restes de ces prélèvements d’échantillons sur les phoques gris qui ont servi d’appât pour les requins blancs. «On ne rejette que ce qui n’est ni récupérable pour la viande, ni pour les échantillons scientifiques, assure le scientifique de l’IML. Et, tout comme les chasseurs l’ont remarqué lors des activités de chasse commerciale de l’automne dernier, les requins sont naturellement attirés au bateau par la présence de cette activité-là.»

PREMIER SUIVI DE MIGRATION

Les neufs requins blancs marqués aux Îles-de-la-Madeleine sont pour la plupart des individus subadultes – c’est-à-dire qui n’ont pas encore atteint leur maturité sexuelle – mesurant entre 2,7 m et 3,7 m. Xavier Bordeleau se félicite de ce que pour la première fois on pourra suivre leur migration vers les côtes américaines et voir à quelle colonie ils sont rattachés.

Pour l’instant, le marquage de requins blancs aux États-Unis se concentre principalement au site d’agrégation de Cape Cod, au Massachussetts. «Quand ce sont des animaux qui sont taggués aux États-Unis, il n’y a qu’une certaine proportion d’entre eux qui vont migrer en eaux canadienne, relève-t-il. Et ce qui est intéressant c’est que de tous les animaux qu’on a vus et qu’on a taggués, on n’en a vu aucun qui avait déjà un tag. Ça veut dire qu’ils pourraient potentiellement venir d’ailleurs, d’autres types d’agrégation aux États-Unis. Et donc là, en suivant leur migration vers le sud, on aura l’information inverse à  celle qu’on est habitués d’avoir. Avec les trajectoires satellites, on pourra voir c’est quoi leur point d’attache, peut-être même s’ils sont assignés à une combinaison d’agrégations aux États-Unis. Et on pourra aussi suivre leur migration de retour dans les eaux canadiennes l’année prochaine, et voir, par exemple, s’ils arrêtent dans la Baie de Fundy et combien de temps ils y passent ou s’ils viennent directement dans le Golfe.»

Quant à l’expédition Requin du Brion 2023, menée à bord de l’EcoMaris sous la direction scientifique de Jeffrey Gallant de l’Observatoire des requins du Saint-Laurent et qui a fait grand bruit médiatique ces derniers temps, le chercheur de l’IML nous dit qu’il s’agissait d’une initiative indépendante des travaux de recherche scientifique menés par le MPO. «C’est bien de parler du requin blanc et de le faire connaître, mais les deux équipes ont des objectifs respectifs bien distincts», conclut Xavier Bordeleau.

REPÈRE – page 29 – Volume 36,4 Septembre – Octobre – Novembre 2023

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Hélène Fauteux
Hélène Fauteux est diplômée en communications et journalisme de l'Université Concordia. Établie aux Îles-de-la-Madeleine depuis 1986, elle a développé une solide expertise en matière de pêche et de mariculture.
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