dimanche, mars 15, 2026
AccueilNouvellesActualitésPêche à la crevette : entre espoir et incertitude

Pêche à la crevette : entre espoir et incertitude

Les crevettiers gaspésiens accueillent avec un optimisme prudent la dernière mise à jour des quatre stocks de crevettes présentée par les scientifiques du ministère des Pêches et des Océans (MPO) du Canada. Un crevettier de Grande-Vallée et membre de l’Association des capitaines-propriétaires de la Gaspésie, Vincent Dupuis, fait le point sur une saison 2026 qui s’annonce légèrement meilleure, sans pour autant dissiper tous les nuages qui s’accumulent à l’horizon.

Les résultats de la mise à jour des stocks n’ont guère surpris les gens du milieu. «On s’attendait à ça parce que ça reflète ce qu’on a vu dans la pêche l’été dernier», confirme  M. Dupuis. Le crevettier note toutefois des disparités importantes selon les zones. «On a vu une grosse augmentation dans  Anticosti. Dans Sept-Îles, c’était plus tranquille, même si c’était un peu mieux.»

Cette amélioration se traduit concrètement dans l’établissement des quotas pour 2026. Sept-Îles enregistre une hausse d’environ 14 %, tandis qu’Anticosti voit son quota plus que doubler, soit une augmentation de 127 %. Ces chiffres permettent aux pêcheurs qui ont tenu bon de retrouver une certaine viabilité. «Ça fait deux ans que je n’avais pas mis mon bateau à l’eau, puisque je ne pouvais pas atteindre une rentabilité de base après avoir payé le carburant et mon équipage, raconte le capitaine-propriétaire de la Côte-de-Gaspé. Cette année, je mets mon bateau à l’eau et j’essaie de recommencer la pêche à la crevette.»

L’optimisme demeure cependant tempéré. Le scientifique Hugo Bourdages fait une mise en garde contre tout emballement :  les quatre principales causes du  déclin de la crevette, que sont le réchauffement des eaux, la baisse du taux d’oxygène, la prédation par le sébaste et la pêche, sont largement hors de contrôle. «Il dit qu’il ne faut pas voir l’avenir trop rose parce qu’il ne s’attend pas à des hausses marquées dans les prochaines années», rapporte Vincent Dupuis.

La saison 2025 a vu 12 entreprises actives réaliser en moyenne cinq sorties en mer, pour un revenu moyen de 270 000 dollars. C’est un chiffre que M. Dupuis juge trompeur. «On a beaucoup d’entreprises qui n’ont pas pêché et qui ont loué leur quota. Donc ces gens ne sont pas dans le calcul quand on fait une moyenne. Ça dépend comment on fait parler les chiffres!»

L’arithmétique est en effet moins flatteuse une fois décortiquée : 54 000 dollars par voyage, au prix de 1,55 dollar la livre, équivalent à environ 35 000 livres de crevettes par sortie. «Sur les 270 000 dollars, il faut calculer la location du quota, en plus de l’achat de l’épicerie et du carburant ainsi que les salaires de l’équipage, détaille-t-il. Donc 270 000 dollars par bateau, ce n’est pas miraculeux!»

Le homard, une bouée de sauvetage

L’une des rares bonnes nouvelles des dernières années est venue d’une autre ressource : le homard. L’octroi de 14 permis de pêche exploratoires dans Gaspé-Nord et dans Anticosti a permis à une demi-douzaine de crevettiers de générer des revenus en 2025. «J’ai pêché le homard l’an passé et ça m’a permis d’avoir un peu d’argent pour pouvoir redémarrer mon bateau de pêche à la crevette, témoigne M. Dupuis. C’est une bonne planche de survie!»

L’impact dépasse le seul cadre des crevettiers, puisque turbotiers et autres pêcheurs en difficulté ont également bénéficié de la mesure. Vincent Dupuis reconnaît que cette bouée de sauvetage a peut-être évité des faillites. «Quand on a des revenus, on peut prendre des arrangements avec la banque. Mais quand on n’a pas de revenu, on ne peut pas survivre bien des années!»

Pour comprendre la fragilité actuelle, il faut revenir sur ce que M. Dupuis appelle «la catastrophe de 2024», quand le MPO a imposé une baisse de 79 % du contingent global. Pour le pêcheur de crevette, il s’agit d’une décision excessive et brutale, même s’il reconnaît qu’une réduction était nécessaire. «Ça a quasiment détruit l’industrie de la crevette. On s’en ressent partout.»

Les conséquences ont été multiples et durables : perte de la certification MSC (Marine Stewardship Council), fragilisation de la position commerciale sur les marchés américains, désorganisation de la chaîne d’approvisionnement en matériel. Selon M. Dupuis, des organismes comme Fourchette bleue allaient même jusqu’à déconseiller la consommation de crevette. «Si on était moins parti en peur, on n’aurait peut-être pas détruit la pêcherie de la crevette comme ça. On y a fait mal joliment!»

Si sa critique est nuancée, elle n’est pas moins cinglante. «Je suis d’accord avec le fait qu’il fallait qu’il y ait une baisse, sauf que je ne comprends pas pourquoi on a perdu la certification, alors qu’on a une approche de précaution qui est reconnue et qui a coupé les quotas de 90 %.» Le capitaine aurait préféré une approche progressive, truffée de baisses échelonnées sur plusieurs années, plutôt qu’une coupe quasi totale qui a déstabilisé l’écosystème industriel. «On va s’en servir comme leçon pour les prochaines fois, philosophe le pêcheur de Grande-Vallée. Ça va être une expérience de plus.»

Le réchauffement, l’ennemi invisible

Malgré un léger répit lié à la stabilisation temporaire des températures et à la diminution de la prédation par le sébaste, les scientifiques ne prévoient pas de redressement spectaculaire à long terme. Le réchauffement des eaux du golfe du Saint-Laurent et la baisse du taux d’oxygène demeurent des menaces sur lesquelles l’industrie n’a aucune prise. «À long terme, ce n’est pas encourageant, même si le réchauffement de l’eau s’est stabilisé, se résigne M. Dupuis. Selon les scientifiques, elle va continuer de se réchauffer.»

Pour l’heure, les crevettiers gaspésiens s’accrochent à un horizon à court terme plus favorable, espérant que la nature et les décideurs leur laisseront du temps pour souffler. «On continue toujours d’espérer», dit simplement Vincent Dupuis.

GASPÉ-NORD – page 7 – Volume 39,1 Février – Mars – Avril 2026

300 X 250 Desjardins
300 X 250 Polymos
300 X 250 AssurExperts Clovis Morris
300 X 250 Cain Lamarre
300 X 250 Mackay Marine
300 X 250 Marindustriel
300 X 250 Chantier naval Forillon
300 X 250 Harnois Énergies
300 X 250 Techno Soude Marine
300 X 250 Hydraunav
300 x 250 Trinav
300 X 250 Lelièvre, Lelièvre et Lemoignan
ARTICLES RELIÉS
- Annonceurs -
300 X 250 Desjardins
300 X 250 Harnois Énergies
300 X 250 Mackay Marine
300 X 250 Hydraunav
300 X 250 Cain Lamarre
300 X 250 AssurExperts Clovis Morris
300 X 250 Marindustriel
300 X 250 Lelièvre, Lelièvre et Lemoignan
300 X 250 Techno Soude Marine
300 x 250 Trinav
300 X 250 Chantier naval Forillon
300 X 250 Polymos

POPULAIRES