Pêche au crabe des neiges de la zone 17 : le statuquo des captures est recommandé par les crabiers

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Bien que la date d’ouverture de la saison de pêche au crabe des neiges de la zone 17 sera déterminée en fonction de la navigabilité évaluée lors d’une consultation du comité des glaces qui aura lieu à compter du 10 mars, les pêcheurs s’attendent à prendre la mer le 24 mars pour une saison qu’ils souhaitent voir se terminer au plus tard le 24 juin. Si le contingent risque de demeurer le même qu’en 2020, soit 1 277 tonnes, la saison 2021, qui aura encore lieu sur fond de pandémie, suscite néanmoins certaines inquiétudes.

Le statuquo concernant le total autorisé de captures (TAC) a été recommandé par l’Association des crabiers de la zone 17 lors du comité consultatif annuel de l’industrie qui s’est tenu le 22 février dernier avec le personnel concerné du ministère des Pêches et des Océans.

LA PRUDENCE EST DE MISE

Le dernier aperçu scientifique du secteur des sciences de l’Institut Maurice-Lamontagne de Mont-Joli laisse sous-entendre que la biomasse commerciale disponible pour la pêche 2021 demeure encore faible et qu’il faudra attendre encore un certain temps avant   d’assister à un recrutement intéressant de la ressource. «On est dans un creux, reconnaît le président de l’Association des crabiers de la zone 17, René Landry. Ils disent qu’il n’y a pas de recrutement. Mais, j’ai bien de la misère à y croire! C’est faux! Du crabe, il en rentre, mais il en rentre moins. Nos données postsaison n’étaient pas très positives, mais il y a eu une petite augmentation par rapport à l’an passé. Les débarquements ont augmenté. Il y a des facteurs qui étaient un peu négatifs, mais ce n’était pas si pire!»

Selon M. Landry, les crabiers et les scientifiques s’entendent cependant sur une chose: ce n’est pas le temps d’augmenter le quota avant la vague de recrutement qui est à prévoir dans deux ans, dont une recrudescence de femelles. Mais, une pénurie de mâles pour les féconder est appréhendée. «C’est du déjà-vu, argue M. Landry. Un moment donné, les femelles disparaissent et un groupe revient. C’est long. Ça fait 50 ans que je fais la pêche et j’ai vu pire que ça. En 1988, il n’y avait plus de crabe. Dans ce temps-là, ce n’était pas contrôlé comme aujourd’hui. Ça n’allait vraiment pas bien. Puis, c’est revenu en 1992, comme tombé du ciel. Là, on est dans un creux de vague et il faut être patient. C’est un cycle à peu près aux dix ans.»

Pour sa part, le coordonnateur des pêches de la Première Nation des Innus d’Essipit invite aussi à une certaine prudence, surtout en raison des données environnementales qui confirment le réchauffement des eaux. Hormis l’état de la ressource, Pierre Léonard est tracassé par la perte d’habitat du crabe des neiges. «Cet aspect-là vient m’inquiéter quasiment autant que le peu de recrutement dans la ressource. Est-ce que les eaux de surface vont permettre la procréation et le développement des gonades? Est-ce que les températures de l’eau vont être propices à la reproduction et au développement du crabe des neiges? Je n’ai pas de réponses. Le fait qu’on ait vécu une baisse de 44,3 % du TAC l’an dernier, on ne doit pas être trop agressifs avec la ressource, étant donné qu’on ne voit pas de relève.»

M. Léonard soulève aussi le caractère particulier de 2020, avec l’absence d’observateurs à bord des navires, ainsi que le manque de relevés et de mesures pendant les activités de pêche. «Il n’y a pas eu de données de chalut au bâton qui peuvent permettre de voir le vrai recrutement qui s’en vient à moyen terme dans les très petits crabes. Ça reste une situation que je trouve relativement inquiétante.»

René Landry précise qu’il est entièrement favorable aux mesures de protection de la ressource. D’ailleurs, la recommandation de son organisme pour le maintien du statuquo des captures en 2021 par rapport à l’année précédente suggère une certaine prudence du côté des pêcheurs afin de préserver le stock de la surexploitation. «On a baissé notre quota de quasiment 1 000 tonnes! C’est du jamais-vu. On s’est pris en main. Il faut donner une chance aux femelles. On a coupé le quota quasiment en deux parce que, l’an passé, ce n’était pas le temps de demander un statuquo. Tout le monde était d’accord.»

Le coordonnateur des pêches de la communauté innue d’Essipit a une position plus prudente concernant les captures pour 2021. Pour Pierre Léonard, il n’y a pas de signe qui milite en faveur d’une plus grande pression sur la pêche. «On aurait pu penser à une baisse, va-t-il jusqu’à dire. On n’a pas eu de son de cloche qu’on vivrait un statuquo. C’est à l’encontre des recommandations des sciences. Déjà l’an dernier, avec une baisse de 44,3%, on avait pris un scénario qui était considéré comme agressif. Là, si on vote pour un statuquo ou même une baisse de 5% comme recommandé, c’est encore un scénario agressif.»

Quoiqu’en soit son opinion, M. Léonard précise qu’il s’arrimera à la décision de Pêches et Océans Canada. «On se doit d’avoir une certaine prudence à la suite des données qu’on a, d’autant plus que c’est une année particulière où il manquait plein de données, recommande-t-il néanmoins. Est-ce que nos données postsaison sont complètement fiables pour pouvoir prendre une décision?» Le coordonnateur des pêches autochtones n’a pas de réponse.

Si les crabiers demandent le statuquo, ils n’en sont pas moins conscients qu’une baisse de 5%, de 10% ou même de 15% du TAC puisse leur être imposée. «Moins 15%, on n’aimerait pas ça, fait savoir M. Landry sans grande surprise. Moins 10%, ce serait un peu moins pire. Puis, moins 5%, ce serait acceptable.»

FOND DE PANDÉMIE

Selon Pierre Léonard, les pêcheurs vont commencer leur saison sur fond de pandémie avec le même type de conditions que l’an dernier, où des bulles seront formées avec les équipages. «La santé publique avait sorti des directives, l’an dernier. La situation du coronavirus est encore active.» Le porte-parole des pêcheurs de crabe de la zone 17 estime que le dossier entourant la COVID-19 est à suivre. René Landry se réjouit qu’il n’y ait eu aucun problème lié au coronavirus au cours de la dernière saison. «On n’a eu aucun cas de COVID. Les capitaines étaient sévères. Les hommes de pont étaient surveillés. Ça s’est bien passé.»

OBSERVATEURS EN MER

Il est prévu que des observateurs en mer embarquent à bord des navires. «Il y a eu un arrêté ministériel qui nous a mis un peu de pression et établi des règles concernant les observateurs en mer, confirme René Landry. Pour le mois d’avril, il n’en est pas question! On va s’opposer à 100 %. Ce n’est pas négociable. Au mois d’avril, on est surtout observés pour le crabe blanc. En 50 ans, je n’ai jamais vu de crabe blanc dans le mois d’avril. Ça, c’est comme la baleine noire. Il n’y en a qu’à une place et c’est dans Gaspé Sud. Mais, ils implantent des règles partout pareilles.»

Selon lui, la présence d’observateurs à bord comporte trop de risques de contaminer les équipages. «C’est le début de la saison qui est bon pour les pêcheurs. Nous, les pêcheurs, si on manque le mois d’avril, on ne peut pas se reprendre après. C’est fini! Sur le point de vue des finances, ça n’irait pas bien pour plusieurs pêcheurs!» Par conséquent, il devient trop risqué, à son avis, de mettre toute l’industrie en péril. Il souhaite que les observateurs soient autorisés sur les navires plus tard en saison. «Au mois de mai, la pêche est moins bonne, avec les courants qui augmentent et l’eau qui se réchauffe un peu. Le crabe embarque moins.»

PRIX AU DÉBARQUEMENT ?

Par rapport à l’année précédente, une baisse importante du prix au débarquement a été imposée en 2020. L’incertitude des marchés causée par la crise sanitaire explique en partie la situation. René Landry n’exprime pas de préoccupations à ce chapitre pour 2021. «Les prix avaient été à la baisse jusqu’à la mi-avril, rappelle-t-il. Après, les prix ont augmenté pour le reste de la saison. Même en 2019, les prix avaient été bons au débarquement. La demande est là. Il n’y a pas d’inventaires. Comme on dit, le malheur des uns fait le bonheur des autres! Même en Alaska et à Terre-Neuve, les quotas sont bas. Ce qui peut jouer, c’est le taux de change.»

Même si le prix au débarquement avait baissé en 2020, Pierre Léonard rappelle que les crabiers se sont quand même bien tirés d’affaire. «Avec les ajustements de fin de saison, les opérations ont été rentables. Le crabe est bien sorti sur les marchés d’exportation. On avait des prix astronomiques la saison d’avant. Je pense que les marchés québécois et américain vont supporter le début de la pêche. Je ne pense pas que les prix vont être moindres qu’en 2020.»

Puisque les pêcheurs de crabe de la zone 17 sont les premiers à partir en mer, la frénésie des consommateurs pour les premières semaines de la saison est un avantage indéniable pour eux. «Le marché est bon, c’est sûr, s’enthousiasme René Landry. Si les transformateurs ne le vendent pas tout ici, le marché américain est aussi bon et il n’y a pas d’inventaires à ce moment-là. L’engouement est de notre bord. Tout le monde se l’arrache au début. L’an passé, les pêcheurs des autres zones ont commencé un mois après nous autres. Notre crabe s’est écoulé facilement.»

Pierre Léonard se réjouit lui aussi de la course folle des consommateurs, d’année en année, pour le crabe de la zone 17. «Surtout cette année, on ouvre le 24 mars. La fin de semaine d’après, c’est Pâques. C’est sûr qu’étant la première zone à être ouverte dans le secteur, on ne répondra même pas à la demande dans la première semaine au Québec. Il y a toujours un engouement pour le crabe en début de saison. Même s’il n’y a pas de rassemblements à cause de la COVID-19, c’est une tradition de manger du crabe à Pâques pour les gens de la région.»

BAS-SAINT-LAURENT ET HAUTE-CÔTE-NORD – page 20 – Volume 34,1 Février-Mars 2021

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À propos de l'auteur : 

Johanne Fournier
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