Le ministère fédéral des Pêches et des Océans a confirmé le 27 février l’établissement de la seconde ronde de permis exploratoires de capture du homard. Elle touche la zone 19, en Gaspésie, où un total de 17 nouveaux permis y seront établis.
Dans cette zone qui couvre le littoral de Cacouna à Cap Gaspé, 12 permis exploratoires de 100 casiers pour les allochtones et 5 permis communautaires de 250 casiers pour les autochtones s’ajoutent aux 26 permis existant en 2025.
Il y a un an, 14 permis exploratoires avaient été conférés aux allochtones et 8 permis communautaires aux autochtones dans la zone 19, des licences s’ajoutant aux 4 permis exploratoires accordés précédemment.
Comme en 2025, les permis allochtones de 2026 sont accordés principalement à des crevettiers et des turbotiers en difficulté. La Côte Nord, où des permis exploratoires ont été accordés en premier en 2024 pour la zone 18, et l’île d’Anticosti pour la zone 17A, qui en a profité en 2025, ne bénéficieront pas de nouveaux permis en 2026.
Lors de son annonce, Joanne Thompson, ministre fédérale des Pêches, a réitéré que cette phase 2 de la pêche exploratoire «fait partie d’un plan régional d’acquisition de connaissances et de développement de la pêche au homard. L’objectif est de vérifier si une augmentation de l’activité de pêche dans ces zones est viable à un niveau commercial».
Pêches et Océans Canada a basé sa décision d’aller de l’avant dès 2026 avec la phase 2 sur les débarquements de 2025 et les données de prises par unité d’effort, deux indicateurs utilisés pour faire le suivi de l’état des stocks de homard. Le ministère indique que les commentaires de l’industrie et des Premières Nations ont aussi été considérés.
En 2025, les prises découlant des nouveaux permis exploratoires et autochtones ont représenté 16 % de toutes les prises québécoises de 17 505 tonnes métriques, pour un sous-total de 2801 tonnes, d’une valeur dépassant légèrement 47 millions de dollars (M$).
La zone 19, associée au nord de la Gaspésie, couvre également une partie appréciable de l’est du Bas-Saint-Laurent. En incluant la Côte-Nord et l’île d’Anticosti, ce sont 1700 kilomètres de côtes le long desquelles évoluent les détenteurs de permis exploratoires et communautaires.
Soulagement chez les crevettiers, morutiers et turbotiers
Claudio Bernatchez, directeur général de l’Association des capitaines-propriétaires de la Gaspésie (ACPG), exprime du soulagement de voir un nombre encore plus grand de membres de son groupe, 12 en l’occurrence, bénéficier de permis exploratoires en 2025.
Vingt membres de l’ACPG, 14 dans la zone 19 et 6 dans la zone 17, ont reçu un permis exploratoire il y a un an.
«Les pêcheurs qui vont en bénéficier sont très soulagés. Ça leur permet de continuer à évoluer dans cette industrie. C’est à géométrie variable, le degré de difficulté des pêcheurs, mais l’effet sur l’économie régionale est considérable», précise M. Bernatchez.
«Juste dans la zone 19, c’est 2 700 000 livres à un prix moyen de 7,83 $ la livre qui ont été débarquées l’an passé. Ça représente 21,1 M$, multipliés aisément par deux quand on ajoute la transformation. C’est un impact économique majeur. Il est permis de penser qu’on pourrait ramener 50 M$ en Gaspésie cette année. Après la 2e phase, on pourrait s’approcher des 100 M$ d’impact. Je ne vois aucun autre projet tangible avec un aussi grand impact économique. L’intention, c’est que ça le soit pour longtemps», analyse Claudio Bernatchez.
Le président de l’Association des pêcheurs côtiers de Tourelle, Sébastien Dupuis, tout comme le directeur Jean-René Boucher et les membres du Regroupement des pêcheurs professionnels du nord de la Gaspésie, expriment des points de vue solidaires à celui de l’ACPG.
Une abondance qui fait des envieux
Les permis exploratoires font l’envie des pêcheurs d’autres secteurs halieutiques dans l’est du Canada.
«J’ai la chance de participer à des comités avec des homologues des provinces maritimes. Ils ont de la misère à me croire. Ils n’auraient jamais pensé voir ça, un tel impact économique dans un secteur de pêche», ajoute Claudio Bernatchez.
«Vingt permis exploratoires, ça fait 20 fois 4 membres d’équipage en mer. Ce n’est pas tout : les usines de transformation ont fait construire des viviers, le nombre de permis de transformation de homard sur le bureau du MAPAQ est de cinq ou six. Ça veut dire des emplois dans la maintenance des bateaux de pêche, des dépenses dans les quincailleries, les épiceries, des gens qui louent des logements à des équipages de l’extérieur. Ça fait rouler l’économie dans plusieurs communautés», précise M. Bernatchez.
L’ACPG a la particularité de représenter plusieurs secteurs de la Gaspésie, comme les crabiers des zone 12A et 12B, sous moratoire, plusieurs crevettiers et un nombre de turbotiers encore plus nombreux que les crevettiers. Elle compte des membres de Carleton à Rimouski, même si la majorité d’entre eux vivent entre Cloridorme et Gaspé. Certains pêcheurs sont membres simultanément du Regroupement des pêcheurs professionnels du nord de la Gaspésie, qui représente plusieurs turbotiers.
L’effet des permis exploratoires pourrait diminuer grandement le nombre de pêcheurs en difficulté après la troisième phase.
«Au bout des trois phases prévues, si elle a lieu l’an prochain, il restera deux crabiers de la zone 12A et des turbotiers en difficulté, incluant quelques-uns du sud de la péninsule», souligne Claudio Bernatchez.
Il sait parfaitement que les retombées ne pourront pas toujours se caractériser par des hausses comme celles observées en 2025.
«Ça va finir par se stabiliser par quelques années de plafonnement. Les permis exploratoires sont des permis de 100 casiers. À la fin de la troisième phase, on n’aura bénéficié que de l’équivalent de 14 permis commerciaux. Le fond est plus abrupt ici. Des pêcheurs de crabe ont capturé des homards à des profondeurs considérables. Un pêcheur de turbot évoluant à 100 brasses de profondeur – c’est 600 pieds, ça – a relevé ses filets avec du homard dedans. Il y a de l’abondance», rapporte M. Bernatchez.
Il croit que la partie commerciale de la zone 19, de Rivière-à-Claude à Cap Gaspé, peut intégrer des permis exploratoires en rendement soutenu.
«Il y aura deux permis de 100 casiers cette année dans la zone commerciale 19, et trois l’an prochain», dit-il.
Claudio Bernatchez souhaite comme d’autres obtenir des réponses rassurantes quant à l’éventuel relevé scientifique qui sera effectué en 2026 par Pêches et Océans Canada du côté nord de la Gaspésie. Il n’est pas démesurément inquiet quant à la capacité de cette zone d’absorber les permis exploratoires.
«Personne ne peut prétendre avoir la réponse. Je dis juste que le homard a été observé à rouler sur la plage lors de certaines tempêtes. Le homard n’a pas pu se mettre à l’abri parce qu’il n’en restait plus. Les données de débarquement sont phénoménales, au-delà des espérances. Ceux qui pêchent voient que les casiers sont pleins, il (le homard) ne peut plus rentrer. Est-ce que ça va durer? Je ne crois pas, mais un équilibre va s’établir. La surabondance n’est pas bonne parce que l’équilibre est rompu. Il reste encore beaucoup de questionnements à propos des biomasses du côté nord, mais pour le moment, on n’a pas d’inquiétude. On est à la recherche de connaissances. On n’est pas là pour créer d’autres problèmes», conclut-il.
Un protocole strict
Depuis 2024, les nouveaux permis ont été émis en se basant notamment sur l’habitat et les informations disponibles sur le homard, spécifie Pêches et Océans Canada.
«Les titulaires de permis doivent suivre un protocole strict de prise de données afin de documenter leurs captures. Les permis sont émis sur une base annuelle et les décisions quant à leur réémission sont prises sur la base d’une analyse des données de pêche année après année. Le ministère met à contribution plusieurs ressources pour suivre attentivement cette nouvelle pêche et analyser rapidement les données», fait aussi valoir le ministère.
Jusqu’à maintenant, Pêches et Océans Canada n’a pas réalisé d’évaluation exhaustive de la ressource homard dans la zone 19. Le ministère est supposé effectuer un relevé scientifique en 2026, après la saison dite commerciale.
«Les données de la pêche exploratoire sont complémentaires à celles d’autres travaux en cours ou à venir pour documenter l’état des populations de homard.» Le ministère réalisera aussi «des recherches scientifiques sur les effets de la température sur le développement du homard».
LA GASPÉSIE – pages 8-9 – Volume 39,1 Février – Mars – Avril 2026

























