À peine engagée dans la première transformation du sébaste, Les Pêcheries Gaspésiennes est déjà en train de réfléchir à des pistes de valorisation de ses résidus de production. Comptant pour les trois-quarts de la matière première traitée en usine, ces derniers sont présentement écoulés sur les marchés du Québec, des Maritimes et des États-Unis à des fins d’appâts ou de nourriture animale. Or, puisque sa production de filets de poisson rouge pourrait techniquement plus que doubler en raison d’une toute nouvelle chaîne d’opération automatisée, l’entreprise de Rivière-au-Renard devra tôt ou tard trouver d’autres débouchés pour les coproduits qui en sont issus, explique son directeur général Olivier Dupuis.
Il prévoit qu’une certaine 2e ou 3e transformation de ces résidus pourra se faire à même ses installations. L’industriel dit aussi évaluer la possibilité de collaborations avec d’autres entreprises qui font, par exemple, de la farine de poisson. «On travaille déjà sur quelque chose pour chez-nous, fait-il savoir. On est à évaluer leur composition, pour voir par la suite ce qu’on peut faire avec. […] On est pas mal avancés, mais il n’y a rien de coulé dans le béton. Et en même temps, on travaille aussi avec le MAPAQ, l’AQIP et d’autres partenaires potentiels pour s’arrimer aux besoins de l’ensemble du Québec maritime.»
Développement de marchés
De plus, Les Pêcheries Gaspésiennes devrait faire ses premiers envois de sébastes entiers en Asie, cette année. L’entreprise approvisionnera les mêmes clients qui lui achetaient du turbot pour y apporter une valeur ajoutée, avant le déclin radical du stock des dernières années. Son directeur général se félicite d’ailleurs de l’entente commerciale entre le Canada et la Chine conclue en janvier, qui fait a fait tomber les droits de douane de 25 % imposés l’an dernier sur les produits de la mer canadiens. «On est bien content de ça parce que veut, veut pas, c’était une source d’inquiétude, admet-il. Le sébaste, ce n’est pas un poisson qui vaut cher, ça fait que si en plus on a un tarif de 25 %, c’est contreproductif.»
D’autre part, l’usine de Rivière-au-Renard est fin prête pour mettre à profit sa nouvelle ligne de traitement automatisé du sébaste, dont l’installation et les premiers tests opérationnels furent complétés en février. Acquise au coût de 2,9 M$, en partie grâce à des contributions financières du MAPAQ, du Fonds des pêches du Québec et de DEC Canada, elle consiste en des équipements de tri, de filetage et d’emballage. Et si le marché répond bien, Olivier Dupuis n’exclut pas d’y raccorder à court ou moyen terme une unité de congélation afin d’en augmenter considérablement la capacité. «On parle d’une phase II de 1,5 M$», indique-t-il.
Pour 2026, Les Pêcheries Gaspésiennes vise un approvisionnement de 3 millions de livres de sébaste, contre 1,6 millions de livres en 2025. Sa production de filets devrait elle-même presque doubler, passant de 525 000 à environ 1 million de livres. Jusqu’à présent, l’entreprise écoule son produit uniquement au Québec, par l’entremise de distributeurs, de poissonneries et de la chaîne d’alimentation Metro. Or cette année, sa commercialisation du poisson rouge atteindra également les supermarchés Sobeys, de même que quelques distributeurs de l’Ontario et de l’Ouest Canadien.
M. Dupuis est aussi en discussion avec les établissements du réseau de la santé pour qu’on y introduise le sébaste au menu de manière généralisée. Le défi est d’y faire accepter que les filets aient encore la peau, parce qu’ils sont trop petits pour qu’on puisse l’enlever avec efficacité en usine. «On travaille sur des solutions en collaboration avec l’ITHQ (Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec), fait valoir l’industriel. Il s’agit de développer de bonnes recettes, de trouver un bon produit à proposer.»
Fruits de mer Madeleine
De son côté, Fruits de mer Madeleine (FMM) se concentre principalement sur le marché des appâts depuis la réouverture de la pêche au sébaste il y a deux ans, après 30 ans de moratoire. Passés de 250 000 livres en 2024-2025, puis à 1,5 million de livres en 2025-2026, ses approvisionnements devraient atteindre 2 millions de livres en 2026-2027.
En parallèle, l’entreprise de transformation de l’Étang-du-Nord est toujours en démarchage auprès de son principal client japonais de crabe de neiges, afin d’explorer des pistes de 2e et 3e transformations du sébaste. Des tests de production initialement planifiés pour l’automne dernier dans une usine de Thaïlande sont maintenant prévus d’ici la fin du printemps, nous informe le DG James Derpark. «Ces délais ne nous étonnent pas parce que la demande ne décollera pas comme une fusée, déclare-t-il. Il faut être patient. C’est flambant neuf comme matière première et on y va une étape à la fois.»
M. Derpak s’attend à ce que ces essais de recherche et développement pour des produits de sébaste à valeur ajoutée destinés aux consommateurs du Japon permettent de définir le type de traitement initial à privilégier dans l’archipel, avant l’exportation de la matière première en Asie. «On a expédié un conteneur de 50 000 livres [de poisson rond congelé] en 2025 et nos clients ont démontré l’intérêt de doubler l’achat de 2026, fait-il valoir. Alors, j’ai un espoir qu’on se fasse une idée de ce qui sera présenté au marché asiatique pour 2027, tout en espérant que le marché de boëtte de poisson rouge s’améliore en même temps, et que les démarches découlant des études de MNP et d’Investissement Québec se clarifient. En d’autres mots, les opportunités du marché global vont évoluer, mais je ne m’attends pas à une grande révolution à court terme!»
Signalons enfin que FMM a aussi une production très limitée de filets de sébaste frais et ce, exclusivement pour le marché local. L’an dernier, elle n’était que de 2 500 livres. Cependant, l’important volume de résidus de filetage comptant pour 74 % de la ressource a totalement été récupéré à des fins d’appâts.
TRANSFORMATION – page 23 – Volume 39,1 Février – Mars – Avril 2026

























