Crabe des neiges et baleines noires : les crabiers madelinots déçus des décisions unilatérales d’Ottawa

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Les nouvelles mesures de gestion du crabe des neiges, annoncées par le ministre des Pêches et des Océans pour protéger les baleines noires menacées de disparition, ont semé une onde de choc dans l’archipel madelinot. Les crabiers traditionnels de la zone 12 sont surtout déçus des décisions unilatérales de Dominic LeBlanc. Leur porte-parole Paul Boudreau explique qu’ils lui ont demandé en vain de repousser à la fin mai la fermeture, qu’il avait décrétée dès le 28 avril, d’une aire de 14 000 kilomètres carrés englobant leurs principaux fonds de pêche de la Vallée de Shédiac et du Banc Bradelle. Pourtant, les mammifères qui sont venus s’y alimenter en nombre inhabituel l’an dernier ne sont attendus dans le secteur qu’au début de juin. «C’est très décevant, commente M. Boudreau. Le ministre avait déclaré, le lendemain du comité consultatif, qu’il consulterait les organisations avant de prendre une décision. Là, il nous dit qu’il a pris une décision sans consultation et qu’il ne peut pas revenir en arrière.» GESTION CHAOTIQUE ET DÉCOUSUE Cette fermeture statique, jumelée aux fermetures dynamiques d’une dizaine de quadrilatères à la fois pendant deux semaines si la présence d’une baleine noire est déclarée, sèmera le chaos, prévient Denis Éloquin, capitaine du Jean-Mathieu. Les pêcheurs ne sauront plus où se tourner, s’inquiète-t-il. «Un carré, ça peut être 10 milles nautiques par 10 milles. L’impact de ça, c’est incroyable, là! S’ils ferment trois, quatre carrés, parce qu’on sait qu’une baleine, ça voyage - elle ne va pas se limiter à 10 milles, elle - on va aller où? Ça ne tient pas debout. Il n’y a pas la réalité de la pêche; ça ne marche pas, là.» Le capitaine du Biock, Ghislain Cyr, membre de la flottille des nouveaux arrivants dans la pêcherie du crabe des neiges, croit d’ailleurs que ces mesures seront contre-productives. «Ce qu’ils nous font faire dans le crabe, c’est particulier, dit-il. Si vous demandez à n’importe quel pêcheur, ils ne savent pas où ils veulent en venir en fermant des zones comme ça et en mettant les engins de pêche concentrés à certains endroits. C’est un piège à baleine! Et aussi, c’est qu’au niveau de la distribution du crabe dans le golfe, il peut y avoir de très grands dérangements parce que la pêche va être concentrée sur certains fonds et pas d’autres. […] C’est des questions que les pêcheurs se posent.» MENACES DES AMÉRICAINS En fait, Dominic LeBlanc explique que la   fermeture hâtive des principaux fonds de pêche, avant l’arrivée des baleines, se veut une réponse aux pressions qui lui viennent des législateurs et groupes environnementalistes américains. Selon Paul Boudreau ils menacent de bloquer les importations canadiennes de poissons et fruits de mer, d’une valeur de six milliards de dollars, en vertu du Marine Mammal Protection Act. «Ça ressemble beaucoup à toutes les pressions qu’il y a eu dans le loup-marin, souligne-t-il. C’est exactement les mêmes intervenants et on ne peut pas prendre ça à la légère. C’est inquiétant, mais c’est aussi inquiétant pour le bon déroulement de la saison de pêche.» Chose certaine, le délicat équilibre à trouver entre la gestion du crabe des neiges et la protection des baleines préoccupe aussi les industriels. «Certainement que c’est un peu stressant pour l’industrie, car on ne sait pas si ça va fermer ou non, admet Lynn Albert, présidente-directrice générale de LA Renaissance des Îles.» Son entreprise emploie 70 travailleurs sur la chaîne de production du crabe de l’usine de Grande-Entrée. Pour leur part, les pêcheurs de la zone 12F ne prévoient être touchés que par la fermeture hâtive de la pêcherie, le 30 juin, explique le président de leur regroupement, Bruno-Pierre Bourque. «Malgré cela, nous appuyons les traditionnels de la zone 12 qui sont contre les mesures, parce qu’elles entraîneront certainement une pêche décousue, se désole le capitaine du Boréas VII. Le cœur du golfe sera fermé à la pêche par précaution.» OUVERTURE ZONE 12F Cette année, les crabiers de la zone 12F ont pris la mer le jeudi 19 avril. Ils ont un contingent global de 1 158 tonnes métriques, ce qui représente une hausse de 70 % par rapport à l’an dernier. «Les quotas sont tout le temps pris dans les mêmes délais, indique M. Bourque. Si on a de gros quotas, c’est qu’il y a beaucoup de crabes; donc ça va relativement bien. S’il n’y a pas de quota, y’a pas de crabe, ça va moins vite. On est limités aussi un peu par les usines. Donc, à moins qu’il n’y arrive des imprévus majeurs avec les baleines, la saison va se dérouler jusqu’à la fin juin», prévoit-il. Seize pêcheurs, dont 10 des Îles-de-la-Madeleine et six du Cap Breton, ont accès à cette petite zone 12F au nord de l’archipel, le long du chenal laurentien. Le directeur général de Fruits de Mer Madeleine, Pierre Déraspe, précise que le traitement du crabe des neiges emploie 160 travailleurs d’usine. L’entreprise de L’Étang-du-Nord a des commandes pour une variété de 65 produits et emballages différents. «Le marché est excellent, affirme M. Déraspe. Je pense que ce n’est peut-être pas une énorme différence avec 2017, mais c’est quand même une un peu plus forte demande. J’irais jusqu’à dire que ça peut être plus intéressant pour tous les intervenants; mais sans trop m’avancer.» Fruits de Mer Madeleine exporte sa production de crabe des neiges à parts égales sur les marchés américains et japonais. L’an dernier, les crabiers madelinots ont reçu un prix moyen de cinq dollars la livre. LE SUD DU GOLFE – page 5 – Volume 31,2 – Avril-Mai 2018

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À propos de l'auteur : 

Hélène Fauteux

Hélène Fauteux, journaliste et coordonnatrice de la salle des nouvelles de CFIM, la radio communautaire des Îles-de-la-Madeleine depuis 29 ans. Je collabore à Pêche Impact depuis les premières heures du journal. Diplômée de l'Université Concordia, à Montréal, où je me suis spécialisée en presse électronique, au sein des facultés de communication et de journalisme. J’ai fait mes premières armes dans la presse écrite pendant mes études, au Canada français, à l'hebdo du Haut-Richelieu. Depuis j’habite dans l'archipel madelinot où elle j’ai épousé un pêcheur de homard et j’ai développé une solide expertise du secteur des pêches et de la mariculture, épine dorsale de l'économie locale.

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