dimanche, décembre 4, 2022
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Crabe des neiges de la zone 12 : le prix record attendra et le rythme des captures déçoit un peu

Alors que bien des gens prédisaient un prix du crabe à 10 $ la livre au débarquement dans le sud du golfe Saint-Laurent en 2022, il faudra attendre une autre année avant d’assister à ce qui aurait été un record. De plus, pour une année de quota élevé, certains crabiers gaspésiens sont un peu déçus du rythme des captures.

C’est du moins le cas de Daniel Desbois, président de l’Association des crabiers gaspésiens et lui-même crabier, quand il a été questionné le 6 mai, c’est-à-dire trois semaines après le début de la saison dans les zones 12, 19, 12E et 12F.

«C’est assez moyen, quand on considère le volume de prises. À cause du quota alloué, on s’attendait à de meilleures prises. Il est dur à capturer. Il faut vraiment travailler fort pour le prendre. D’habitude, les années de gros quotas, les usines ont de la misère à prendre tout le crabe qui entre au quai. Les bateaux doivent attendre, mais pas cette année», précise M.Desbois.

ATMOSPHÈRE MODIFIÉE

Après trois semaines de captures d’une saison ayant commencé le 14 avril, il avait pêché 42 % de son quota. De plus, l’observation d’une baleine noire au nord des Îles-de-la-Madeleine le 3 mai, une situation signalée le lendemain par Pêches et Océans Canada, a considérablement modifié l’atmosphère chez les crabiers. Daniel Desbois y voit deux raisons.

«Les baleines arrivent et beaucoup de territoire a été parcouru, dans le sens qu’il a été déjà pêché. Avec les baleines, il y a des territoires qui ne seront pas accessibles. Elles ont été tardives cette année, mais c’est commencé. C’est envisageable de ne pas prendre tout le quota», ajoute-t-il.

Les crabiers du sud du golfe ont d’abord touché 8,25 $ la livre, pour ceux dont le bateau est équipé d’une cale à glace, et 8,75 $ pour ceux équipés d’une cale à eau. Ce prix a tenu du 14 au 23 avril, alors que les usines ont décidé de le baisser à 7,25 $ et 7,75 $ pour les deux types de crabiers.

«C’est instable pour l’instant. Je ne sais pas si ça pourrait baisser encore ou se stabiliser un peu plus haut. Le marché ne répond pas comme on pensait», notait Daniel Desbois le 6 mai.

L’acheteur Bill Sheehan, vice-président de l’entreprise E. Gagnon et Fils, de Sainte-Thérèse-de-Gaspé, avait compris un peu avant le 23 avril que les usines étaient sur le point de s’entendre pour baisser le prix payé aux pêcheurs.

CRABE RUSSE MOINS CHER

«Avec la Russie, il devait y avoir un boycott du crabe. L’effet se fait sentir contre l’industrie parce qu’il y a eu extension des ventes jusqu’en juin. Des achats de crabe russe avaient été faits et l’argent déposé (avant l’attaque russe contre l’Ukraine). Certains conteneurs étaient en mer quand la guerre a été déclenchée. Il aurait été difficile pour le gouvernement américain de bloquer ça. Le consommateur ne veut pas prendre le crabe russe en principe, mais les casinos et les croisiéristes sont redémarrés aux États-Unis. Les consommateurs sont moins exigeants que les grossistes et les épiceries, Le prix du crabe russe est deux dollars de moins la livre que l’autre (le crabe nord-américain). Ça fait une pression à la baisse», explique M. Sheehan.

Le contexte de 2022 est assez exceptionnel, parce que le prix du crabe des neiges a baissé neuf jours après le début de la saison. En 2021, il avait augmenté significativement, de près de 3 $ la livre, quelques heures après les premières livraisons des pêcheurs.

«Le crabe des neiges n’est pas comme le homard, où l’ajustement est fait à chaque semaine. On commence habituellement la saison avec un prix-plancher. L’ajustement se fait ensuite à la hausse», précise Bill Sheehan.

L’ajustement dont il parle survient généralement tard dans l’automne, souvent sous forme de ristourne, quand toutes les ventes des usines ont été réalisées. En outre, en 13 ans d’activités dans le crabe des neiges, M. Sheehan a assisté à une baisse des prix pendant la saison qu’à une seule reprise.

Ce sont surtout les pressions des grossistes américains qui ont mené à la baisse des prix du crabe le 23 avril.

«Le produit ne bouge pas. D’habitude, le crabe est vendu d’avance; c’est moins vrai cette année. Ce sont les clients en bout de ligne qui décident et ils le trouvent cher», note Bill Sheehan.

OFFRE À LA HAUSSE

Environ 40 millions de livres de crabe russe sont écoulés ce printemps et jusqu’en juin sur le marché américain. Les zones de pêche de Terre-Neuve fourniront plus ou moins 100 millions de livres aux marchés nord-américains en 2022. Le sud du golfe Saint-Laurent devrait livrer environ 72 millions de livres de crabe des neiges, en grande majorité aux États-Unis. Les Gaspésiens et les Madelinots capturent environ 30 % de ce contingent. Les quotas des zones 16 et 17, situées dans l’estuaire du Saint-Laurent, ajoutent autour de 7 millions de livres de prises cette année.

Depuis plusieurs années, le fléchissement des quotas de pêche d’hiver en Alaska sévit. La chute des prises y atteint environ 88 % de ce que le quota a déjà constitué. En 2022, la faiblesse des prises en Alaska est en général compensée par des hausses ailleurs, comme dans l’est du Canada.

«Dans le sud du golfe, la hausse de quota atteint 39 % et à Terre-Neuve, c’est 32%. Ça contribue à faire baisser les prix aux pêcheurs, mais même s’ils devaient subir une baisse, ce sont encore des prix élevés», précise Bill Sheehan.

L’usine de la firme E. Gagnon et Fils compte une fois de plus 400 travailleurs assignés à la production, dont 70 Mexicains, et elle embauche en tout 650 personnes, quand on inclut le personnel à quai, au transport et dans les bureaux. À partir du début de la capture du homard, le 26 avril, l’usine peut intégrer le homard quand les débarquements de crabe sont irréguliers.

«On va privilégier le crabe au début de la saison. On va même privilégier la transformation du homard pour garder des gens à l’emploi. Avec des semaines régulières, les employés sont contents. On s’ajuste. À mesure que le crabe diminue, on augmente la transformation du homard», dit Bill Sheehan.

L’usine de Sainte-Thérèse-de-Gaspé avait déjà transformé plus de 50 % du quota du sud du golfe au milieu de la première semaine de mai, ce qu’il considérait assez remarquable, compte tenu de la taille du quota global, à 32 519 tonnes métriques pour les zones 12, 19, 12E et 12F.

«La météo n’était pas évidente à cha-que semaine. Il y a eu des périodes où tout le monde est resté à quai. On a perdu beaucoup de jours de pêche», souligne M. Sheehan.

MARCHÉ AMÉRICAIN PRIORISÉ

La taille du quota et certaines contraintes de personnel incitent la direction de la firme E. Gagnon et Fils à viser presque exclusivement le marché américain en 2022 et à délaisser le marché japonais.

«Les volumes importants nous forcent à choisir des emballages plus gros, ce qui répond aux exigences du marché américain. Quand on exporte au Japon, il faut préparer des emballages plus petits, ce qui demande plus de manutention. Il faut mettre beaucoup de temps dans la présentation visuelle. Même avec l’embauche de travailleurs mexicains, on n’aura pas le temps de préparer des produits pour le marché japonais, en tout cas pas directement. Ça ne veut pas dire que des grossistes à qui nous vendons ne le feront pas», explique Bill Sheehan.

Le taux de change est favorable aux exportations vers les États-Unis ce printemps.

«Le taux de change se situe à environ 1,285 $ (dollar canadien par dollar américain). C’est avantageux. C’est de notre côté, contrairement à la baleine noire, la COVID et la guerre en Ukraine. En 2021, c’était dans les mêmes taux. Ça s’est replacé dernièrement, parce qu’il était à quatre ou cinq sous de moins il y a deux semaines, à 1,245 $», note-t-il, avant d’avancer une dernière réflexion sur la baisse de prix du 23 avril.

COMPÉTITON PLUS FORTE POUR LE CRABE

«La compétition mondiale est plus forte dans le crabe que dans le homard, qui n’est pas exploité ailleurs. Il n’y en a pas au Japon, en Russie, en Europe. Dans le crabe, il y a le crabe russe, le Red King, un marché de 25 à 30 millions de livres par année, et d’autres. On le retrouve dans pas mal de pays. Alors qu’on pensait voir un boycott du crabe russe, les acheteurs ont jusqu’au 23 juin pour le rentrer sur le marché américain. Il y a un effet négatif, contraire à ce qu’on prévoyait. Ç’a changé du jour au lendemain. Des distributeurs américains avaient payé d’avance. Ce sont des facteurs hors de notre contrôle. Il faut aussi mettre 2 $ du litre pour payer le carburant. L’argent vient de quelque part. Le prix de toutes les protéines a monté; tout a monté dans l’alimentation. Il y a beaucoup de crabes sur le marché, mais il faut penser que pour bien du monde, il se remplace bien. Un plat de pâtes alimentaires, ça nourrit aussi», conclut Bill Sheehan.

En 2021, le prix moyen du crabe des neiges venant du sud du golfe et transformé dans les usines gaspésiennes s’était établi à 8,50 $ la livre pour les bateaux avec cale à glace et 9 $ pour les bateaux avec cale à eau.

LE SUD DU GOLFE – pages 6-7 – Volume 35,2 Avril-Mai 2022

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Gilles Gagné
Gilles Gagné, né à Matane, le 26 mars 1960. J'ai fait mes études universitaires à Ottawa où j'ai obtenu un baccalauréat avec spécialisation en économie et concentration en politique. À l'occasion d'une offre d'emploi d'été en 1983, j'ai travaillé pour Pêches et Océans Canada comme observateur sur deux bateaux basés à Newport, deux morutiers de 65 pieds. Le programme visait l'amélioration des conditions d'entreposage des produits marins dans les cales des bateaux et de leur traitement à l'usine. Cet emploi m'a ouvert des horizons qui me servent encore tous les jours aujourd'hui. En 1989, après avoir travaillé en tourisme et dans l'édition maritime à Québec, je suis revenu vivre en région côtière et rurale, d'abord comme journaliste à l'Acadie nouvelle à Campbellton. C'est à cet endroit que j'ai rédigé mes premiers textes pour Pêche Impact, à l'été 1992. Je connaissais déjà ce journal que je lisais depuis sa fondation. En octobre 1993, j'ai déménagé à Carleton, pour travailler à temps presque complet comme pigiste pour le Soleil. J'ai, du même coup, intensifié mes participations à Pêche Impact. Je travaille également en anglais, depuis près de 15 ans, pour l'hebdomadaire anglophone The Gaspé SPEC et je rédige l'éditorial du journal Graffici depuis 2007.
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