Nombre de pêcheurs homard madelinots n’ont pas réussi à joindre les deux bouts la saison dernière, s’il faut en croire l’actualisation d’une étude sur les coûts d’opération de la flottille produite en 2023. Selon les données produites pour le compte de l’Office des pêcheurs de homard des Îles (OPHÎM), ces dépenses ont augmenté de 7,9 %, au cours des deux dernières années. Basée sur des captures moyennes de 40 000 livres, la mise à jour révèle qu’il a fallu débourser 7,81 $ en 2024, puis 8,09 $ en 2025 pour sortir une livre de crustacé de l’eau. Cela signifie que les prix moyens pondérés payés à quai ces deux dernières saisons – de 7,09 $/lb et de 7,74 $/lb respectivement – étaient insuffisants pour permettre à plusieurs capitaines propriétaires d’atteindre le seuil de rentabilité.
Autrement dit, pour les pêcheurs dont les rendements étaient de 40 000 livres et moins, le manque à gagner pour couvrir l’ensemble de leurs frais d’opération a été au minimum de 9,2 % en 2024 et de 4,4 % en 2025. En comparaison, avec un prix moyen pondéré de 7,67 $/lb payé au débarquement en 2023 et des charges estimées à 7,49 $/lb, ils avaient pu dégager un bénéfice de l’ordre des 2,3 %.
Rolland Turbide, capitaine du Dauphin Bleu de la Pointe-Basse et président de l’OPHÎM, admet avoir été surpris par ces chiffres qui démontrent une croissance des coûts de pêche à un rythme supérieur à celui de l’inflation. Les dépenses des homardiers étaient globalement en hausse de 4 % en 2024, alors que l’indice des prix à la consommation du Québec enregistrait une croissance moyenne de 2,3 %. Et pour 2025, on parle d’une augmentation de 3,5 % des coûts de pêche, tandis que l’indice d’ensemble québécois était de + 3,3 % en date du 31 octobre, selon les données de l’Institut de la statistique du Québec.
«Mais ça ne veut pas dire que la flottille soit en difficulté, assure M. Turbide. Parce que les taux d’intérêt ont baissé comparativement à deux, trois ans. Ça fait que les jeunes qui viennent d’acheter, ça les sauve un peu. Puis, avec une moyenne des prises par bateau qui se tient autour de 47 000 lb depuis 2023, ce n’est pas la majorité des pêcheurs qui run en dessous du seuil. Il ne faut pas dramatiser. Il n’y a personne en difficulté pour astheure.»
Méthodologie
Les données de l’OPHÎM furent présentées lors du Rendez-vous annuel des Homardiers tenu le 26 novembre dernier. Elles sont issues de l’Indexation 2025 de l’estimation du coût relié à la pêcherie du homard, une actualisation du rapport produit en 2023 par le Centre d’études sur les coûts de production en agriculture (CECPA) – un organisme sans but lucratif -, avec l’aide de la firme comptable Cyr, Landry, Lapierre de Cap-aux-Meules (Pêche Impact, septembre 2024).
«Les indices retenus dans ce mandat sont similaires à ceux utilisés par La Financière agricole du Québec (FADQ), dans la mise à jour des références du Programme d’assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA) et du Programme d’assurance récolte (ASREC)», précise CECPA dans la description de sa méthodologie. «Les indices utilisés sont ceux disponibles au moment de la réalisation des travaux. Pour l’année 2025, seuls les mois de janvier à septembre sont retenus. Lorsque l’indice est composé de plusieurs sous-indices, ces derniers sont pondérés selon leur importance relative.»
Une quinzaine de sources figurent au rapport de CECPA, dont le salaire minimum au Québec publié par la Commission québécoise des normes du travail; le prix moyen affiché du carburant diesel pour la région de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine pour les mois de mai et juin, publié par la Régie de l’énergie; et l’indice des prêts hypothécaires ordinaires, terme de 5 ans selon la SCHL au Canada, rapporté par Statistique Canada. L’OSBL précise également que l’objectif de son mandat d’indexation est d’estimer «l’évolution des frais assumés par les entreprises en considérant la fluctuation d’indices de prix».
Coûteux appâts
En fait, ce sont les dépenses en appâts qui ont enregistré le plus gros bond, de 13,3 % en deux ans. «C’est surtout le coût du maquereau et du hareng qui a augmenté, respectivement de 24 % et de 10 %, relève le CECPA. Ce poste étant le second en importance [après les salaires], il influe grandement sur la hausse globale du coût de pêche.»
Or, plutôt que d’importer ces poissons pélagiques à grands frais, à défaut de pouvoir les pêcher en raison des moratoires imposés par Pêches et Océans Canada en 2022, les homardiers des Îles ne pourraient-ils pas économiser en boëttant leurs cages avec le sébaste en grande abondance dans le Golfe? Selon nos informations, le sébaste à des fins d’appât coûtait en moyenne 1,25 $/lb la saison dernière, contre 2,25 $/lb pour le maquereau. «Je ne vois pas le sébaste comme une solution, nous répond le capitaine du DAUPHIN BLEU. Moi, je ne mets pas ça dans mes cages du tout! Il y en a qui le trouvent meilleur, d’autres moins bon. Chacun son idée.»
En somme, ce qu’on nous explique c’est que la performance du poisson rouge en tant que boëtte varie en fonction de la température de l’eau. Par exemple, il serait inefficace en début de saison si l’eau est trop froide. Aussi Rolland Turbide nous dit-il miser plutôt ses espoirs sur les appâts alternatifs, qui font l’objet de travaux de recherche et développement depuis de nombreuses années. Un groupe d’investisseurs locaux associés à des chercheurs spécialisés pourrait d’ailleurs passer à la phase commerciale dès le printemps prochain. «Je suis allé en mer avec eux autres une couple de fois et ça surpassait le sébaste, poursuit le président de l’OPHÎM. Mais il va falloir attendre de voir combien ça va nous coûter. J’espère bien que ce sera concurrentiel, mais on n’a pas eu de chiffres encore.»
LES ÎLES-DE-LA-MADELEINE – page 29 – Volume 39,1 Février – Mars – Avril 2026

























