Crevette du golfe : diminution projetée de 23 % du contingent global

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Les intervenants de l’industrie de la crevette pourraient avoir à composer avec une baisse globale de 23 % du total autorisé des captures (TAC) en 2019, si les règles de décision en vigueur sont mises en pratique. C’est du moins ce qui ressort de la dernière mise à jour de l’indicateur de l’état des stocks de crevette nordique de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent.

Selon les lignes directrices de l’approche de précaution en vigueur, les prélèvements projetés pour 2019 seraient de 2 658 tonnes pour Sept-Îles, ce qui représente une diminution de 38 %. Pour Anticosti, ils se situeraient à 4 979 tonnes, soit une chute de 15 %. Pour Esquiman, ils seraient de 4 930 tonnes, pour une baisse de 15 % aussi. Puis, pour l’Estuaire, le TAC serait de 724 tonnes, ce qui représente une augmentation de 153 %.

Le total autorisé des captures (TAC) en 2018 était de 17 337 tonnes. Pour 2019, si les gestionnaires des pêches appliquent les règles de décision de l’approche de précaution, ce TAC baisserait à 13 291 tonnes, soit une chute de 23 %.

UNE ZONE D’EXCEPTION : ESTUAIRE

Les stocks de crevette ne se sont pas améliorés au cours de la dernière année dans les zones Sept-Îles, Anticosti et Esquiman. Tout porte à croire que cette tendance se poursuivra en 2019. Cela fait dire à Hugo Bourdages, biologiste en sciences halieutiques de l’Institut Maurice-Lamontagne (IML), que «les perspectives sont peu encourageantes», du moins pour ces trois zones. Une seule échappe à la tendance: la zone Estuaire.

«Le quota dans la zone Estuaire avait été diminué de 74 % en 2018, rappelle M. Bourdages. Ce qu’il restait comme quota était petit. Donc, la pêche s’est déroulée rapidement dans Estuaire. Les pêcheurs commerciaux avaient moins de crevettes à pêcher en 2018, ce qui fait qu’ils ont quand même réussi à avoir des meilleurs rendements que ce qu’ils avaient eu en 2017. Pour la zone Estuaire, notre indicateur est très variable d’une année à l’autre. Souvent, on est habitués à voir des grandes fluctuations et beaucoup de variations. L’année passée, le stock avait été dans la zone de prudence, selon notre approche de précaution. Il y a eu une augmentation rapide. On se questionne: est-ce que la situation du stock s’est améliorée ou est-ce parce que les pêcheurs ont réussi, avec la quantité de crevettes qu’ils avaient, à être plus performants? On va regarder ça plus en profondeur dans l’année qui vient.»

SURPRISE DANS LA ZONE SEPT-ÎLES

La tendance a été à la baisse dans la zone Sept-Îles. «Pêches et Océans avait été forcé de diminuer le TAC de 60% au début de la saison 2018, précise Hugo Bourdages. Quand les pêcheurs ont commencé leur saison, au printemps et à l’été, les rendements n’étaient vraiment pas là. La quantité de crevettes capturées à chaque voyage était faible, comparativement à ce qu’ils avaient vécu il y a quelques années.»

Cependant, les pêcheurs à qui il restait du quota ont perçu une amélioration de leurs prises à la fin octobre et au début novembre. «Leur rendement a augmenté du jour au lendemain, indique le biologiste. C’est quelque chose qui nous a surpris, mais qu’on avait déjà vu dans le passé. Mais, ça s’est fait plus tôt qu’à l’habituel. Est-ce que la crevette femelle s’est agrégée plus rapidement pour la période dans certains secteurs pour la reproduction? Pour l’instant, on n’a pas l’explication. C’est vraiment au printemps prochain qu’on va voir si ça va se maintenir», estime le biologiste de l’IML.

Quant aux zones Anticosti et Esquiman, la pêche commerciale a subi une légère diminution des rendements au cours de l’été 2018.

En vertu de l’approche de précaution en vigueur depuis 2012, le stock de Sept-Îles se retrouve dans la zone de prudence pour une deuxième année consécutive. Du côté d’Anticosti et d’Esquiman, l’indicateur pointe aussi vers le bas. Mais, ces deux stocks demeurent dans la zone saine, à la porte de la zone de prudence. Dans l’Estuaire, il y a beaucoup de variations interannuelles, a pu remarquer M. Bourdages. Donc, la zone est déclarée saine.

LES CAUSES

De l’avis du chercheur e l’IML, trois causes peuvent expliquer la diminution des stocks de crevette. La première s’explique par une survie des crevettes juvéniles qui est plus faible. «Il y a une diminution du recrutement depuis au moins 2010, observe M. Bourdages. Il y a quelque chose qui fait que, dans l’environnement, la survie des larves qui vont naître au printemps ne sera pas à son meilleur.»

Le deuxième facteur est le réchauffement de l’eau. «On observe un réchauffement des eaux profondes où vit la crevette, donc à 200 ou 300 mètres, indique-t-il. C’est une tendance qui ne devrait pas s’inverser à court terme. Ce sont des eaux chaudes qui rentrent par l’océan Atlantique et qui remontent tranquillement jusque dans le chenal Laurentien. Ce sont des eaux qui vont être très chaudes encore trois ou quatre ans. Donc, la tendance au réchauffement va se poursuivre.» La crevette nordique, comme son nom l’indique, aime l’eau froide.

La troisième cause repose sur l’augmentation de la prédation par le sébaste. «Quand le sébaste commence à avoir une taille d’à peu près 20 cm, la crevette nordique, comme d’autres espèces de crevette, va faire partie de son alimentation, précise le scientifique du ministère des Pêches et des Océans. Présentement, le sébaste est à des abondances qu’on n’a pas vues dans les trente dernières années.»

D’ailleurs, le ministère des Pêches et des Océans déploie beaucoup d’effort dans la recherche de ce poisson. «On a une estimation de l’abondance de cette population, indique M. Bourdages. On connaît leurs besoins énergétiques. On est forcés de constater que leur consommation de crevettes nordiques a augmenté rapidement dans les dernières années. L’impact va être là pour plusieurs années. Ce qu’il nous reste à voir, c’est comment se distribuent les sébastes par rapport à la crevette nordique dans le golfe du Saint-Laurent.»

«L’environnement a un impact plus important sur la trajectoire de diminution de la crevette que la pêche peut avoir, résume le biologiste. Ce n’est pas la pêche qui explique la diminution des stocks de crevette dans le golfe du Saint-Laurent. Ce sont vraiment les conditions défavorables.» Devant ce constat, le chercheur est forcé de constater que la trajectoire à la baisse du petit crustacé ne devrait pas changer à court terme. Pire encore, la situation risque de perdurer. «La reprise, on ne la voit pas, laisse tomber M. Bourdages. À un moment donné, c’est clair qu’il va y avoir un ralentissement de la diminution puisqu’on se rapproche d’un minimum historique.»

DES SIGNES POSITIFS

Le principal signe positif pour l’industrie de la pêche réside dans la taille des crevettes capturées lors de la dernière saison. Comme les crevettes débarquées étaient plus grosses que l’année précédente, le prix obtenu pour les pêcheurs était meilleur. «On s’attend à ce que ce soit la même chose en 2019», signale Hugo Bourdages.

L’augmentation des captures dans la zone Sept-Îles à l’automne est un autre aspect positif pour l’industrie. «Il va rester à savoir comment ça va se traduire au printemps», nuance toutefois le biologiste.

L’ESTUAIRE ET LE NORD DU GOLFE – page 2 – Volume 32,1 Février-Mars 2019

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À propos de l'auteur : 

Johanne Fournier
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