mardi, août 9, 2022
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Des solutions pour les pêcheurs d’espèces pélagiques se font toujours attendre de la part de Pêches et Océans Canada

Les 15 pêcheurs gaspésiens dont le gagne-pain dépend essentiellement du hareng et du maquereau attendaient toujours des actions du ministère fédéral des Pêches et des Océans, le 6 juillet, c’est-à-dire plus de trois mois après l’imposition subite d’une suspension de capture touchant ces deux espèces.

Dans le cas du maquereau du sud du golfe du Saint-Laurent, le moratoire est applicable à au moins toute l’année 2022 tandis que dans le hareng, l’interdiction décrétée le 30 mars a couvert la pêche de printemps. L’incertitude touche toujours le quota du hareng dit d’automne, dont la pêche se déroule au cours de la seconde moitié d’août et au début de septembre.

Le porte-parole des 15 membres du Regroupement des pêcheurs professionnels pélagiques du sud de la Gaspésie, Ghislain Collin, a tenté d’établir divers contacts avec la députée de la circonscription fédérale de Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine et ministre du Revenu, Diane Lebouthillier, sans succès. Le 20 juin, il a rencontré le ministre québécois de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, André Lamontagne, afin de voir si l’État québécois peut aider les pêcheurs.

«Le ministre Lamontagne peut nous représenter en tant que ministre québécois mais ça reste quand même limité comme capacité d’intervention. Il se lève, il envoie des lettres. Je pense que c’est le premier ministre (François) Legault qui doit appeler Justin Trudeau, premier ministre du Canada. C’est un problème provincial-fédéral. C’est la façon de le régler», aborde M. Collin.

Il ajoute que la capacité d’intervention de la ministre Diane Lebouthillier semble aussi fort limitée en ce début d’été. «Madame Lebouthillier trouve inadmissible ce qu’elle qualifie de fermeture sauvage, mais on ne la voit pas se lever souvent pour régler le problème. Elle fait sa belle vie à Percé. Elle a critiqué sa collègue, Joyce Murray, mais ce n’est pas allé plus loin», poursuit Ghislain Collin.

Il a été question que le gouvernement québécois se penche sur des formations pour les pêcheurs d’espèces pélagiques si le gouvernement fédéral ne débloque pas d’indemnités pour eux.

Ghislain Collin croit toutefois que des moyens beaucoup plus dynamiques pourraient empêcher certains des 15 pêcheurs de vivre le trou noir, soit l’absence de revenus à partir de l’épuisement de leurs prestations d’assurance-emploi.

ESSAYER UNE PÊCHE ÉMERGENTE

«L’idéal? Le gouvernement doit s’asseoir et permettre à ceux qui le veulent de pêcher. Dans le groupe des 15 pêcheurs, des jeunes veulent essayer une pêche émergente. Aux Îles-de-la-Madeleine, le calmar est pêché de façon expérimentale. Ça pourrait être essayé en Gaspésie. Ça se pêche comme le maquereau; il mord à l’hameçon. On veut une qualité de consommation humaine. Le prix serait meilleur. Il faudrait une cale avec de la glace», souligne M. Collin.

«On pourrait aussi laisser pêcher le bar rayé en pêche expérimentale commerciale. Il est en surabondance dans la Baie-des-Chaleurs. Encore là, les prises seraient de qualité pour consommation humaine. Il pourrait être aussi pêché avec une ligne à hameçons, à main (pour décrocher les poissons). Il est vendu 18 $ – 19 $ la livre dans les poissonneries. C’est du bar importé d’Espagne qui est vendu ici. On pourrait certainement concurrencer ces prix-là. Je vois des gros bars rayés dans mes cages à homard, en mer. On ne ruinera pas la ressource. Le problème, c’est que le bar est géré par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec. Il y a plein de demandes pour le pêcher commercialement, par des pourvoiries, par exemple. Nous sommes à la fin de la liste des demandes. Dans ce contexte, on n’en aura jamais», déplore Ghislain Collin.

DÉCISIONS DIFFICILES À COMPRENDRE

Il comprend difficilement que Pêches et Océans Canada ait annoncé si abruptement le moratoire sur le maquereau en 2022 et la suspension de la pêche au hareng de printemps sans établir un programme d’indemnisation pour les pêcheurs dépendant essentiellement de ces espèces.

«Sur 15 pêcheurs de notre regroupement, cinq membres ont 64 ans et plus et ils font face au trou noir. Les jeunes ont réussi à se relocaliser pour pêcher le crabe. Les plus vieux font réellement face au trou noir», insiste M. Collin, rappelant que la plupart des détenteurs de permis de poissons pélagiques ont de très petits quotas de flétan, souvent de quelques centaines de livres seulement.

À Sainte-Thérèse-de-Gaspé, Lauréat Lelièvre signale que Pêches et Océans Canada fait vivre un peu d’espoir pour la pêche d’automne puisqu’un quota de 90 tonnes a été accordé pour une capture de hareng à des fins d’appâts. Chaque pêcheur peut prendre 5 000 livres par semaine avec trois filets. Il ne peut vendre ce poisson. Il ne participera sans doute pas à cette pêche en attendant le quota du hareng d’automne.

«Pour tout le trouble de te préparer à la pêche, ça va te coûter plus cher, si ça te prend trois jours à pêcher 5 000 livres, que l’acheter à l’usine. C’est seulement valide pour le hareng et le journal de bord électronique est obligatoire. Il y a vérification à quai. Ça va te coûter 10 cents la livre», remarque M. Lelièvre.

L’arrêt de la pêche au maquereau avec un avis si court le sidère, considérant qu’il a débarqué un total de 1,1 million de livres de ce poisson au cours des sept dernières années, pour une moyenne de revenus de 150 000 $ par an.

«J’en ai fait des essais-erreurs, j’en ai mis de l’argent dans les équipements. Plus tôt cette année, je suis allé à Moncton pour acheter trois machines électroniques valant 12 500 $, dont une sondeuse flambant neuve, et des jets d’eau pour empêcher les oiseaux de venir dans les filets. C’est une nuisance et c’est tannant pour nous. Et là, ils (les gestionnaires de Pêches et Océans Canada) n’ont rien pour nous autres. Ils virent en rond», dit M. Lelièvre.

RENCONTRE SOUHAITÉE

Il tente de rencontrer la ministre Lebouthillier, dont le bureau est situé à quelques kilomètres à peine de la maison de M. Lelièvre, à Sainte-Thérèse-de-Gaspé. Il s’attendait à une rencontre dans les jours suivants le retour de congé de la députée-ministre, le 11 juillet.

«Elle doit être capable de prendre une heure et venir nous rencontrer. Je ne suis pas dans les pires; oui, dans les pertes de poisson, mais j’ai fait des gros investissements et j’ai fait de bonnes pêches. Je ne mourrai pas de faim demain matin. Mais on ne les lâche pas. On a eu de l’aide de l’opposition, du Bloc québécois. Madame Lebouthillier dit qu’elle parle à ses pêcheurs, mais ce n’est pas avec nous. André Lamontagne est descendu nous voir. Il a tout lu mes messages», note M. Lelièvre.

OPTIONS POSSIBLES ?

Il a remarqué une baisse du stock de maquereau au fil des ans, mais pas au point de fermer la capture pendant un an ou davantage. Ses prises restaient assez élevées.

«Je pense qu’ils auraient pu donner un petit quota de maquereau aux plus vulnérables. Les États-Unis sont capables de donner 4 000 tonnes à leurs pêcheurs. On aurait pu faire la même chose et répartir les 4 000 tonnes par province. Le gouvernement pourrait procéder à des rachats de permis comme il l’a fait dans la morue. Il pourrait rembourser nos dépenses. Un jeune a investi 350 000 $ dans le courant de l’hiver et il n’a pas pêché une queue de poisson. Moi, d’habitude, je commence le 2 juin et je termine quand le quota est atteint, en novembre. Quand la pêche est finie, tu commences à travailler pour la saison suivante. J’ai fait 12 000 hameçons, parce que je les fais moi-même, sans savoir que je n’allais pas pêcher. J’ai un petit quota de crabe dans la zone 12A. J’ai fait cette pêche-là pendant cinq ans. J’ai vendu ce quota le mercredi matin, 30 mars. Le maquereau a fermé à 11 h et j’ai fait ma dernière signature au début de l’après-midi, à 2h30 (14h30). Si j’avais su, j’aurais essayé un an ou deux de plus», explique Lauréat Lelièvre.

Conscient que les phoques gris sont beaucoup trop nombreux dans le golfe Saint-Laurent, M. Lelièvre voudrait obtenir une réponse de la part de l’équipe scientifique de Pêches et Océans Canada quant à d’autres facteurs pouvant avoir un impact négatif sur le stock de maquereau.

«Les scientifiques ne peuvent pas me répondre. Les grands senneurs, quand ils prennent 150 000 livres de maquereau, ils ouvrent la senne et les petits poissons s’en vont à la mer. Je leur demande combien de temps un petit maquereau peut survivre, immobilisés plusieurs heures dans la senne? Moi, je pense que 90 % d’entre eux meurent. C’est une opinion que j’ai depuis plusieurs années. Si les maquereaux ne nagent pas, ils meurent. S’ils restent pris dans une seine, 90 % meurent, j’en suis persuadé. J’attends toujours ma réponse», conclut Lauréat Lelièvre.

Volume 35,3 – LES PÉLAGIQUES – pages 12-13 – Juin-Juillet-Août 2022

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Gilles Gagné
Gilles Gagné, né à Matane, le 26 mars 1960. J'ai fait mes études universitaires à Ottawa où j'ai obtenu un baccalauréat avec spécialisation en économie et concentration en politique. À l'occasion d'une offre d'emploi d'été en 1983, j'ai travaillé pour Pêches et Océans Canada comme observateur sur deux bateaux basés à Newport, deux morutiers de 65 pieds. Le programme visait l'amélioration des conditions d'entreposage des produits marins dans les cales des bateaux et de leur traitement à l'usine. Cet emploi m'a ouvert des horizons qui me servent encore tous les jours aujourd'hui. En 1989, après avoir travaillé en tourisme et dans l'édition maritime à Québec, je suis revenu vivre en région côtière et rurale, d'abord comme journaliste à l'Acadie nouvelle à Campbellton. C'est à cet endroit que j'ai rédigé mes premiers textes pour Pêche Impact, à l'été 1992. Je connaissais déjà ce journal que je lisais depuis sa fondation. En octobre 1993, j'ai déménagé à Carleton, pour travailler à temps presque complet comme pigiste pour le Soleil. J'ai, du même coup, intensifié mes participations à Pêche Impact. Je travaille également en anglais, depuis près de 15 ans, pour l'hebdomadaire anglophone The Gaspé SPEC et je rédige l'éditorial du journal Graffici depuis 2007.
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