Expansion du parc d’hivernage de Grande-Rivière : le temps presse

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D’importants acteurs économiques de la MRC du Rocher-Percé se mobilisent pour faire aboutir le projet d’expansion du parc d’hivernage de bateaux du parc industriel de Grande-Rivière, une initiative de 2 066 000 $ avant le milieu de l’automne.

Le parc d’hivernage nécessite une expansion pour accueillir des bateaux plus gros et pour régler des problèmes dont les ramifications vont bien au-delà de Grande-Rivière. Il y va notamment de la capacité pour les pêcheurs d’autres municipalités de trouver un endroit pour hiverner leurs bateaux, de voir ces mêmes bateaux entrer et sortir de l’eau de façon sécuritaire et d’assurer une équité interrégionale dans l’appui financier conféré par les autorités gouvernementales à des projets similaires.

Suivant ce dossier de très près, le maire de Grande-Rivière, Gino Cyr, précise que l’agrandissement du parc d’hivernement de sa ville est loin d’être un luxe, puisque le nombre de bateaux susceptibles d’y passer l’hiver passera de 32 à 48 dans un avenir prochain. L’acquisition d’une grue portique de 60 tonnes fait aussi partie du projet et elle doit être commandée d’avance.

«Il y aura plus de bateaux, et ils seront plus gros. Le secteur de la pêche côtière vit un important renouvellement de flotte et les pêcheurs choisissent des bateaux plus gros, plus sécuritaires et plus polyvalents. On voit de plus en plus de bateaux de 40, 45 ou de 50 pieds remplacer des bateaux de 25 ou 28 pieds. Les nouveaux bateaux ne sont pas seulement plus longs, ils sont aussi plus larges», précise M. Cyr.

Le manque d’espace au parc d’hivernement de Newport, où la priorité est donnée aux bateaux semi-hauturiers, dont les crabiers, représente un autre élément qui aura un impact significatif aux installations de Grande-Rivière.

«Les crabiers aussi se font construire des bateaux de plus en plus gros. Il manque donc d’espace aussi à Newport. Les mesures de protection de la baleine noire vont aussi avoir un impact sur l’espace à Newport. Les crabiers de la Gaspésie font des pressions pour que la pêche au crabe commence pas mal plus tôt dans le sud du golfe Saint-Laurent, pour devancer de beaucoup l’arrivée des baleines et pouvoir pêcher la plus grande partie du quota possible tôt dans la saison. Les crabiers de la Gaspésie ne veulent plus attendre que les havres du Nouveau-Brunswick soient dégagés de glaces avant que la saison débute. Si le ministère fédéral des Pêches et des Océans (MPO) accepte une ouverture de la saison qui n’est plus synchronisée entre les deux provinces, plusieurs crabiers du Nouveau-Brunswick vont faire hiverner leurs bateaux à Newport, ce qui va forcer des homardiers à venir à Grande-Rivière», explique Gino Cyr.

La sortie tardive des crabiers du sud du golfe, et l’arrivée de plus en plus hâtive des baleines noires réduisent significativement la période de capture sans contraintes provoquées par la fermeture de quadrilatères de protection du mammifère marin menacé d’extinction.

Le dossier d’agrandissement du parc d’hivernement de Grande-Rivière est en préparation depuis trois ans. Après des pourparlers prometteurs avec les différents ministères québécois susceptibles d’appuyer l’initiative, par le biais d’avis sectoriels favorables ou de fonds semblant disponibles, tout a bloqué au cours de l’automne, ce qui a incité les parties intéressées à faire une revendication publique du projet le 19 janvier. Le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) et le ministère de l’Économie et de l’Innovation avaient notamment participé aux pourparlers préliminaires.

ÉQUITÉ RÉCLAMÉE

Le fait que les pêcheurs, par le biais de l’Administration portuaire de Grande-Rivière (APGR), aient amassé entre 20 et 25 % des 2 066 000 $ nécessaires à la réalisation du parc d’hivernement, de même que la construction de deux initiatives encore plus considérables, financées à 100 % par l’État québécois, à Sept-Îles et aux Îles-de-la-Madeleine dans un passé récent, font sourciller le pêcheur Vincent Gallagher-Duguay, qui y voit jusqu’à maintenant un manque d’équité.

«Les membres de l’APGR ont fait leurs devoirs, ils ont participé à l’élaboration du projet avec la firme d’ingénierie mandatée à l’étude financière et technique et une bonne partie d’entre eux se sont déjà engagés financièrement dans une part du milieu de 22 %. On ne demande pas la charité. Nous nous sommes mis en mode solution pour sécuriser la manutention de nos bateaux et de pouvoir les hiverner dans un environnement conforme pourvu de services adaptés à nos besoins. Nous connaissons le traitement qu’ont reçu le projet des Îles et de la Côte-Nord : nous sommes aussi des pêcheurs du Québec. Les lots que nous utilisons appartiennent toujours à Pêches et Océans et au MAPAQ. Si un autre bateau était échappé lors de son transport, en assumeront-ils la responsabilité? Et à l’automne, que ferons-nous de nos embarcations?», demande Vincent Gallagher-Duguay, vice-président de l’administration portuaire de Grande-Rivière.

La moitié des 500 000 $ amassés jus-qu’à maintenant viennent donc d’une contribution de 5 000 $ de chacun des 48 pêcheurs appelés à utiliser le parc d’hivernement de Grande-Rivière. L’autre tranche de 250 000 $ est amassée par la Ville de Grande-Rivière, en collaboration avec la Corporation de développement économique locale. Les entreprises susceptibles de profiter d’un parc d’hivernement agrandi sont notamment sollicitées.

«La partie des pêcheurs va venir bénéficier à nos membres. La somme de   5 000 $ sert à réserver sa place, pour 2 000 $, et 3 000 $ sont utilisés pour payer les frais d’hivernage pour deux ans, à 1 500 $ par année», note Vincent Gallagher-Duguay.

Présentement, les bateaux sont mis à l’eau ou ils en sont retirés au moyen d’une remorque poussée ou tirée pour un véhicule. Ce système ne convient plus pour les bateaux plus gros. En 2019, un bateau a glissé de cet équipement désuet et il a été endommagé pour environ   75 000 $.

La rampe de béton empruntée pour ces mises à l’eau et le retrait des bateaux doit aussi être modifiée, pour qu’elle puisse être utilisée par des remorques et la grue portique de 60 tonnes. «Des piliers doivent être ajoutés dans l’eau pour permettre le passage de la grue portique», signale M. Gallagher-Duguay.

LE FONDS DES PÊCHES DU QUÉBEC SOLLICITÉ

L’utilisation du Fonds des pêches du Québec, un programme fédéral-provincial établi il y a deux ans et doté d’une enveloppe de 42,8 millions $, était et est toujours privilégiée par les défenseurs du projet.

«Il y a seulement 5,4 millions $ utilisés dans ce programme. C’est 12,6 % d’un programme de cinq ans. On ne comprend pas pourquoi l’argent ne pourrait pas venir de là. On nous a répondu au début que notre projet ne cadre pas dans un volet du programme, comme l’enveloppe réservée aux projets innovants. Maintenant, on a parlé à quelques personnes et le MAPAQ serait prêt à investir 30 % des fonds nécessaires», souligne le maire Gino Cyr.

Il a l’impression que le projet est coincé dans des normes administratives. Il voit pourtant des solutions. «Les critères ne sont pas bien adaptés aux besoins de la communauté. Les fonctionnaires sont sous l’impression que s’ils supportent le dossier de Grande-Rivière, ils n’auront pas le choix de supporter les autres! Il y a moyen de l’inclure dans les critères. Ils veulent des projets innovants : Il y aura des bateaux de 40 pieds, de 45 pieds, plus gros, plus performants, dans un environnement de travail plus sécuritaire; c’est innovant. On peut mettre des balises pour éviter que trop de projets semblables se qualifient», ajoute-t-il.

Le 3 mars, lors d’un point de presse lié au dévoilement de 13 projets appuyés par le Fonds des pêches, le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, André Lamontagne, s’est dit favorable à l’utilisation de ce fonds pour   le projet de parc d’hivernage à Grande-Riviére.

« On est tout le temps en discussions (…) Ce qu’on a soumis (à Pêches et Océans Canada), c’est qu’il y aurait lieu d’utiliser le Fonds des pêches du Québec (…) Bien gentiment et bien respectueusement, c’est la position qu’on a trouvée. Je ne sais pas si on pourrait modifier les critères (…) C’est la possibilité qu’on a; les fonds sont disponibles, les argents sont en place», a indiqué M. Lamontagne.

Après des propos évasifs sur la question d’utilisation du Fonds des pêches du Québec à la fin de janvier, la députée de la circonscription de Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine à Ottawa et ministre de l’Agence de revenu du Canada, Diane Lebouthillier, exprime un appui au projet de parc d’hivernement, mais elle est d’accord avec l’avis de Pêches et Océans Canada à l’effet que le Fonds des pêches n’est pas désigné comme source de financement.

«Il y a d’autres programmes qu’on peut utiliser que le fonds des pêches (…) Le fonds des pêches n’a pas été conçu au départ pour des infrastructures de ce type-là», a-t-elle indiqué, faisant une brève référence à des programmes touchant les ports pour petits bateaux.

Gino Cyr est rassuré par les propos du ministre Lamontagne, mais la réaction de Diane Lebouthillier l’inquiète.

«J’espère, quand Mme Lebouthillier parle d’utiliser un autre programme, qu’elle parle d’un fonds pour les ports, où les paramètres de financement sont de 90% pour les projets, ou d’un programme pour les associations de pêcheurs. Dans ce cas, l’appui, c’est 100 % du coût des projets», dit le maire de Grande-Rivière.

André-Pierre Rossignol, président de la Corporation de développement économique de Grande-Rivière, a toujours espoir de voir le projet débloquer dans un délai qui permettra sa réalisation avant la sortie des bateaux à l’automne. Il fait appel au bon sens des ministères.

«Il y a des projets comparables, qui ont été réalisés avec zéro contribution du milieu (…) L’entrepreneur ne sortira pas les bateaux à l’automne, pour une question d’assurances», rappelle-t-il.

M. Cyr et Rossignol soulignent que le projet de parc d’hivernement aux Îles-de-la-Madeleine a été financé à 100 % par un décret ministériel et que celui de la Côte-Nord a été financé dans les mêmes proportions en marge de fonds venant du Plan nord. Ils notent de plus que la valeur des débarquements dans les ports de pêche de Grande-Rivière et de Sainte-Thérèse-de-Gaspé s’est établie à 66,9 millions $ en 2020, ce qui suggère la nécessité de les maintenir à jour.

«On ne lâchera pas» disent-ils. Ils en tiennent pour preuve la présentation au cours de la troisième semaine de février de la «zone d’innovation halieutique» de concert avec Sainte-Thérèse-de-Gaspé et avec l’appui de la MRC du Rocher-Percé. Cette initiative changerait considérablement le portrait de la transformation des produits marins dans le secteur, d’où la nécessité que les pêcheurs travaillent dans des conditions optimales.

Dans cette initiative, porteuse potentiellement de plusieurs dizaines de millions de dollars d’investissement, le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, fonctionnera par décret pour le financement.

Gino Cyr et André-Pierre Rossignol tiennent aussi à rappeler à l’État québécois que «de bons projets ne devaient pas rencontrer une impasse en raison de normes qui ne leur sont pas adaptées. Le gouvernement s’était engagé à être flexible».

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À propos de l'auteur : 

Gilles Gagné

Gilles Gagné, né à Matane, le 26 mars 1960. J'ai fait mes études universitaires à Ottawa où j'ai obtenu un baccalauréat avec spécialisation en économie et concentration en politique. À l'occasion d'une offre d'emploi d'été en 1983, j'ai travaillé pour Pêches et Océans Canada comme observateur sur deux bateaux basés à Newport, deux morutiers de 65 pieds. Le programme visait l'amélioration des conditions d'entreposage des produits marins dans les cales des bateaux et de leur traitement à l'usine. Cet emploi m'a ouvert des horizons qui me servent encore tous les jours aujourd'hui. En 1989, après avoir travaillé en tourisme et dans l'édition maritime à Québec, je suis revenu vivre en région côtière et rurale, d'abord comme journaliste à l'Acadie nouvelle à Campbellton. C'est à cet endroit que j'ai rédigé mes premiers textes pour Pêche Impact, à l'été 1992. Je connaissais déjà ce journal que je lisais depuis sa fondation. En octobre 1993, j'ai déménagé à Carleton, pour travailler à temps presque complet comme pigiste pour le Soleil. J'ai, du même coup, intensifié mes participations à Pêche Impact. Je travaille également en anglais, depuis près de 15 ans, pour l'hebdomadaire anglophone The Gaspé SPEC et je rédige l'éditorial du journal Graffici depuis 2007.

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