Programme de recherche Crabiers pour les baleines : un bilan positif d’expériences menées depuis 3 ans

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L’Association des crabiers acadiens (ACA) dresse un bilan positif de ses expériences menées depuis trois ans pour atténuer les interactions entre la pêche au crabe des neiges de la zone 12 et les baleines noires menacées de disparition. On se rappellera qu’elle avait bénéficié d’un soutien financier de 2,2 millions $ du Fonds des pêches de l’Atlantique et du gouvernement du Nouveau-Brunswick en 2018 pour mener à bien son programme de recherche intitulé Crabiers pour les Baleines.

Le directeur général de l’ACA, Robert Haché, se félicite en particulier des résultats encourageants obtenus l’an dernier avec les casiers sans cordages. «Les 10 gars qui ont fait l’expérience ont pêché avec des lignes de casier, comme pour la pêche au homard, et n’ont pas trouvé ça extrêmement compliqué, rapporte-t-il. Ils ont trouvé que, dans le fond, c’était quasiment la même durée de temps pour pêcher des casiers individuels, avec un câble par trappe, que des casiers en ligne. Les gens semblaient être à l’aise avec ça et le système de déclenchement a fonctionné à 100 %.»  

M. Haché explique qu’on a retenu le système de casiers sans cordage fabriqué par la firme américaine Edge Technologies, de Bedford au Massachusetts. La bouée et le câble de chaque lignée de cages se trouvent à être encapsulés sur le fond marin, pour éviter l’empêtrement des baleines. C’est un déclencheur acoustique manipulé à bord du bateau qui les fait remonter à la surface. «Ça peut être déclenché à, disons, un demi ou un kilomètre de distance, précise le directeur général de l’ACA. Alors, par le temps qu’ils arrivaient sur leur fond de pêche, la bouée était sortie de l’eau. Ce n’est pas parfait     et il y a bien des améliorations à faire, mais c’est complètement à l’épreuve des baleines.»  

Robert Haché recommande d’ailleurs la poursuite des essais en mer en 2021, cette fois avec au moins une vingtaine de crabiers, afin de tester la viabilité des casiers sans cordage par rapport à la pêcherie traditionnelle. Il faut prévoir entre 3 000 $ et 5 000 $ d’investissement pour le système de déclencheur acoustique de chaque lignée de cage, dit-il. «C’est sûr qu’à la fin de la prochaine saison on pourrait se faire une tête et dire oui ou non, on peut avoir des opérations de pêche commercialement intéressantes, affirme M. Haché. Et ces réponses qu’on va avoir vont nous venir de façon beaucoup plus rapide que ce à quoi on s’attendait, parce que, comme ce sont les pêcheurs qui ont pris le lead de ça, les résultats se font beaucoup moins attendre.»

De plus, l’ACA demande que les casiers sans bouée puissent continuer à être utilisés à même les quadrilatères du sud du Golfe où se nourrissent les baleines et qui sont fermés aux casiers traditionnels, pour éviter leur empêtrement dans les cordages. «Dans les zones fermées pour protéger les baleines, on peut aller pêcher là, si on n’a pas de cordes, fait valoir son directeur général. Et, pour 2021, il faudrait qu’il y ait suffisamment de casiers autorisés pour que ça vaille la peine. En 2020, les gars ont eu 10 casiers chacun, mais c’est vraiment insuffisant pour être capable d’évaluer la performance économique de cette nouvelle pêcherie-là.»

Cela dit, le capitaine du JEAN-MATHIEU de Grande-Entrée, Denis Éloquin, se déclare «très sceptique» vis-à-vis des casiers sans bouée. À son avis, les repères visuels sur l’eau sont essentiels pour pêcher le crabe. «C’est bon de pouvoir visualiser les autres bouées et de voir comment les gars sont alignés pour ne pas se mettre les casiers les uns sur les autres, signale-t-il. Et on a déjà de la misère quand il y a de la brume et quand il ne fait pas beau, c’est beaucoup plus difficile de pêcher. Ça fait que beau pas beau, si tu ne vois pas tes bouées, comment vas-tu pouvoir jeter tes casiers à l’eau? Avec le courant et l’absence de visuel, ça ne marche pas. On ne peut pas avoir toujours les yeux rivés sur un écran; ce n’est pas réaliste.»

PÊCHE D’AUTOMNE

Par ailleurs, l’ACA qualifie de succès une expérience de pêche au crabe des neiges menée à la fin du mois de novembre dernier, après le départ des baleines vers le sud. Son directeur général raconte que quatre pêcheurs, disposant chacun d’un permis exploratoire assorti de 10 casiers, ont tous fait une sortie de trois jours sur un fond de pêche différent. Ils étaient ainsi   respectivement répartis dans les secteurs de la Baie des Chaleurs, du «P’tit Platte», du Bradelle et du Canal des Îles, précise Robert Haché. «En moins de 8 heures, tous les casiers étaient quasiment pleins, relate-t-il. Ces captures-là ont été séparées sur les bateaux dans différentes catégories de boîtes pour que, à l’arrivée au quai, quatre usines reçoivent des échantillons de chacun. Les usines ont testé la qualité du crabe et le contenu en chair et, finalement, la qualité de la chair était essentiellement la même que celle tôt le printemps.»

Forte de ce résultat positif, l’ACA demande qu’une pêche expérimentale d’automne soit autorisée sur une plus grande échelle, cette année. Son directeur général croit que ça enlèverait «énormément de pression» sur la pêche du printemps. «Et pour les usines, ce serait très intéressant pour elles, parce qu’imaginez mettre du crabe frais du sud du golfe du Saint-Laurent sur le marché américain à la fin novembre, au début décembre. Alors, ce sont toutes des choses positives!»  

À ce propos, cependant, le capitaine du JEAN-MATHIEU, se fait prudent. «Il y a trop d’incertitudes pour se prononcer, mentionne Denis Éloquin. D’abord, on a beaucoup de problème avec la main-d’œuvre. Comment peux-tu espérer avoir de la main-d’œuvre en novembre et décembre quand tu as beaucoup de misère à l’avoir au printemps, en avril et mai? Puis, si tu pêches à des températures sous zéro c’est dangereux de perdre du crabe, là; c’est un produit vivant. Ce n’est pas comme du poisson que tu mets dans la cale. Et en plus, l’automne, c’est les grandes périodes de tempête; c’est difficile d’avoir des périodes de beau temps comme au printemps.»

FERMETURES SAISONNIÈRES      

D’autre part, les crabiers traditionnels souhaitent que le ministère des Pêches et des Océans modifie son angle d’attaque pour décréter les fermetures de zones dès qu’une baleine est signalée. Le problème c’est que les fermetures saisonnières introduites l’an dernier, à mesure que les baleines y étaient remarquées, se sont avérées beaucoup plus restrictives pour les pêcheurs que l’interdiction de pêcher dans des zones dites statiques dès le début de la saison de pêche. «Les fermetures saisonnières étaient pourtant annoncées comme un assouplissement, rappelle Robert Haché. Mais elles ont eu l’effet indirect de devenir des zones statiques qui ont couvert une superficie beaucoup plus grande que les superficies couvertes par les zones statiques au printemps. Finalement, le ministère a assoupli à la porte d’en avant, et puis il a rendu beaucoup plus ferme la porte d’en arrière!»    

En fait, selon les données du ministère, ces nouvelles mesures se sont traduites par la fermeture à la pêche de 35 000 kilomètres carrés en 2020, soit une zone équivalente à six fois la taille de l’Île-du-Prince-Édouard. Qui plus est, les crabiers du sud du golfe déplorent que le MPO ait imposé des fermetures saisonnières dès que la présence de baleines était détectée par signal acoustique, plutôt que visuellement. Par exemple, Robert Haché note qu’une zone d’au moins huit quadrilatères de 210 kilomètres carrés chacun ont ainsi été fermés à la pêche du 24 mai jusqu’au mois de novembre, malgré le fait qu’une seule baleine n’y fut aperçue qu’une seule fois au cours de cette période. «Ce sont des bavures extrêmement importantes qui minent la confiance des pêcheurs à l’endroit du ministère, commente-t-il. On parle de coexistence avec les baleines simplement pour satisfaire les lobbys américains et écologiques, sans tenir compte de la réalité sur le terrain. Et c’est sans mentionner l’ampleur de la concentration des cordes dans l’eau à l’extérieur de ces zones-là; alors il y a comme une contradiction dans tout ça.»

Pour 2021, l’ACA réclame donc l’élimination des fermetures saisonnières et la mise en place d’un suivi visuel des baleines, lorsqu’elles sont détectées par des hydrophones. Les signaux acoustiques peuvent être captés à une soixantaine de kilomètres à la ronde, mentionne M. Haché. «Ces baleines-là bougent. Alors, avant de fermer, il faut qu’on voie la baleine, qu’on note à quelle place elle était, pour s’assurer de fermer autour de la baleine et non autour de la bouée acoustique, comme on le fait actuellement.»

RECHERCHE EXPÉRIMENTALE – page 32 – Volume 34,1 Février-Mars 2021

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À propos de l'auteur : 

Hélène Fauteux
hfauteux@hotmail.com'

Hélène Fauteux est diplômée en communications et journalisme de l'Université Concordia. Établie aux Îles-de-la-Madeleine depuis 1986, elle a développé une solide expertise en matière de pêche et de mariculture.

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