À défaut de pouvoir s’approvisionner en matière première dans les provinces maritimes en raison de la maladie MSX, la majorité des éleveurs d’huîtres du Québec pourraient être contraints de fermer leurs portes. En fait, cinq des sept entreprises ostréicoles du Québec maritime, dont deux des Îles-de-la-Madeleine, sont affectées par les mesures de contrôle de l’Agence canadienne d’inspection des aliments visant à prévenir la propagation tant de MSX que de perkinsose causées par des parasites (Pêche Impact, novembre 2024).
Ainsi, l’ACIA interdit tout déplacement d’huîtres des zones infectées vers les eaux qui sont exemptes de contamination et ce, en vertu du Programme national sur la santé des animaux aquatiques (PNSAA). Ce dernier répond lui-même à des normes internationales pour le contrôle de pathogènes et d’espèces exotiques envahissantes. «Il est très important de noter que ces programmes visent à préserver la confiance de nos partenaires internationaux en ce qui concerne la gestion des maladies, ce qui contribue au maintien des marchés internationaux, de notre réputation internationale et de la confiance à l’égard des produits canadiens», nous écrit-on par courriel.
Les entreprises ostréicoles québécoises privées de leurs sources d’approvisionnements se spécialisent dans le grossissement de mollusques juvéniles jusqu’à la taille commerciale, ou encore dans l’affinage d’individus matures. Elles importent les mollusques des Maritimes au printemps, à des tailles qui varient entre deux et trois pouces selon les objectifs de commercialisation de chacune, de sorte à éviter la période de ponte des mois de juillet et août. «L’avantage qu’on a, au Québec, c’est que les huîtres ne pondent pas chez nous, compte tenu de la fraîcheur de l’eau, explique Gilbert Scantland, consultant pour le Regroupement des mariculteurs du Québec (RMQ). Donc elles restent bonnes à la consommation aux mêmes mois où elles sont moins appréciées à l’Île-du-Prince-Édouard, au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse. D’ailleurs, on ne voit jamais d’huîtres en vente en provenance des Maritimes en juillet et août – c’est pour ça qu’on parle toujours des mois en «embre» pour la saison des huîtres : septembre à décembre, poursuit M. Scantland. Alors, le fait qu’elles ne pondent pas dans nos eaux nous donne un avantage concurrentiel, parce que ça permet de couvrir les périodes de consommation qui ne sont pas couvertes par les huîtres des Maritimes.»
Appel à la souplesse
Chez Les Cultures du Large de Havre-aux-Maisons, où on a le plus important inventaire d’huîtres en élevage au Québec, on dispose de réserves permettant d’étaler sur encore 12 à 18 mois le grossissement des plus petits individus. Même son de cloche du côté de Grande-Entrée Aquaculture. Or selon le dirigeant de la ferme maricole établie à la Pointe-Basse, Christian Vigneau, il n’en demeure pas moins que ses volumes présentement à l’eau sont insuffisants pour assurer la viabilité de ses opérations. «Ça nous prend des juvéniles pour continuer à opérer, résume-t-il. Et si on ne voit pas un dénouement très rapidement, c’est certain qu’on devra prendre une décision sur l’avenir de l’entreprise.»
Selon les données du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) pour la période 2019-2024, la production ostréicole québécoise s’élevait à une moyenne annuelle de 127 tonnes, générant des revenus moyens de 2,8 M$. L’industrie procure de l’emploi à une quarantaine de personnes. Afin de sauver les meubles, le RMQ demande à l’ACIA de faire preuve de souplesse.
Gilbert Scantland explique qu’on vise une levée de l’interdiction de déplacer les mollusques en provenance des zones fermées, tout en limitant les transferts à des secteurs bien circonscrits. «Ce qu’on propose, c’est que chaque entreprise ait un permis restrictif pour son propre élevage, avec interdiction de transfert de ces huîtres-là vers d’autres élevages – parce qu’on sait qu’il est courant qu’il y ait des échanges entre producteurs pour différentes raisons –, puis, qu’on procède à leur mise en marché dans un délai de six à 12 mois maximum, suivant la date d’importation.»
C’est que les maladies MSX et perkinsose, qui sont sans danger pour l’humain, ne sont connues être dommageables que pour les populations d’huîtres. Ainsi les ostréiculteurs québécois se disent prêts à assumer le risque que la maladie puisse affecter leurs élevages respectifs, sachant que des mollusques atteints seraient quand même propres à la consommation. «Vous avez probablement déjà mangé des huîtres contaminées, ajoute le consultant du RMQ. Parce que lorsqu’un élevage est déclaré contaminé, ce que l’ACIA propose, c’est de les vendre le plus vite possible sur le marché.»
Cadre maricole
En attendant une réponse formelle à sa proposition, le RMQ interpelle aussi le MAPAQ pour qu’il fasse partie de la solution. Il demande au ministère de coordonner l’élaboration d’un cadre de développement de l’ostréiculture pour chacun des territoires du Québec, afin d’accélérer l’identification des sites d’élevage propices au grossissement des mollusques et favoriser leur coexistence à long terme avec les autres activités environnantes, incluant la pêche commerciale et la navigation de plaisance par exemple. Le projet de développement d’une écloserie chez Les Huîtres Old Harry (Pêche Impact, février 2023), pourrait par le fait même réduire la dépendance de l’industrie québécoise vis-à-vis des approvisionnements provenant des provinces maritimes.
Bien au fait de la situation, le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, André Lamontagne, affirme être à pied d’œuvre dans le dossier. «On est déterminé à ne pas laisser tomber les gens de l’industrie, nous déclare-t-il. Il faut qu’on trouve une façon d’un approvisionnent sécuritaire, une façon en accéléré, pour qu’on puisse ultimement, chez-nous, être autosuffisants.»
Fait intéressant, seules les entreprises Les Huîtres Old Harry et Les Huîtres de la Baie des Chaleurs échappent en ce moment à la crise de la maladie MSX, puisqu’elles s’approvisionnent en naissains provenant d’élevages non contaminés. Leurs installations respectives aux Îles et en Gaspésie leur permettent aussi d’opérer sur un cycle complet de grossissement des mollusques, jusqu’à leur commercialisation.
MARICULTURE – page 25 – Volume 38,2 Mai-Juin-Juillet 2025

























