mardi, mars 5, 2024
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La pression de plus en plus forte pour une réouverture de la pêche commerciale au sébaste dès 2024

Pêcheurs et industriels réclament la levée du moratoire sur le sébaste dès 2024 pour relâcher la pression sur les stocks de crevette de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent.

Selon Jean-Paul Gagné, directeur général de l’Association québécoise de l’industrie de la pêche (AQIP), les membres du comité consultatif sur la crevette en ont fait la demande unanime suite à un exposé  scientifique en date du 31 octobre, selon lequel le petit crustacé rose est en sévère déclin en raison du réchauffement et de la désoxygénation de l’eau, de même qu’en raison de la prédation par le poisson rouge.

«L’oxygénation, on n’a pas de contrôle là-dessus, ni sur les changements climatiques, argumente-t-il. Alors, le rétablissement de la crevette, il passe par la réouverture de la pêche au sébaste. C’est sur quoi on peut agir. Et on doit agir dans les meilleurs délais parce que le sébaste, il va la bouffer, la crevette!»

Or, bien qu’il admette que du jour au lendemain les usines de transformation ne seraient pas prêtes à traiter d’importants volumes de sébaste, dont l’espèce compte pour la plus importante biomasse des profondeurs du Golfe, M. Gagné souligne que certaines entreprises de la Gaspésie ont déjà entrepris des tests de transformation et de commercialisation, au cours des derniers mois. C’est le cas chez Lelièvre, Lelièvre et Lemoignan, de Sainte-Thérèse-de-Gaspé, par exemple, où on a acheté 200 000 livres de poisson rouge pour faire des essais de filetage manuel.

Son directeur général Roch Lelièvre précise toutefois que 95% de ce volume a été revendu entier à des fins d’appâts. «Je suis prêt pour le filetage à la main, assure-t-il néanmoins. J’ai toutes les tables et l’espace de congélation nécessaires pour fonctionner. La seule chose qui nous manque, c’est la machinerie, les fileteuses, pour une production annuelle d’un ou deux millions de livres. Mais, en attendant de savoir quels seront les quotas et la part de chacun, on est un peu comme le chien qui court après sa queue. Pour commencer, on pourrait opérer avec 400 000 – 500 000 livres.»

MARCHÉ RÉCEPTIF

De son côté, Les Pêcheries Gaspésiennes, de Rivière-au-Renard, a multiplié les essais de transformation du sébaste, de la mi-août à la fin octobre, allant jusqu’à faire des produits fumés, marinés et même salés et séchés sur vigneau. Son directeur général Olivier Dupuis affirme que les efforts de son équipe pour faire connaître et faire goûter le poisson rouge tant dans les poissonneries et restaurants de la Gaspésie, que chez les distributeurs et marchés d’alimentation de la Vieille capitale, donnent des résultats très intéressants.

«Au niveau local, ç’a levé vraiment beaucoup! Ç’a poussé les gens à essayer d’autre chose que la morue et le flétan. Ils partageaient des recettes sur Facebook, raconte-t-il. C’était beau à voir! Même si les filets sont tout petits, il y a un restaurant à Gaspé qui me dit qu’il en met plus dans l’assiette pour qu’en bout de ligne ça fasse le même poids [qu’un gros filet]. Et en ville, après l’envoi d’échantillons, on a eu confirmation de quelques commandes, ce qui fait que tout ce qu’on a en chambre de congélation, on va pouvoir le sortir d’ici avril.»

M. Dupuis se félicite également d’avoir su convaincre l’organisme de promotion agroalimentaire Aliments Québec de certifier sa production, pour qu’elle puisse être répertoriée dans les épiceries des grandes chaînes de la province, et ce, malgré le moratoire sur la pêcherie. C’est qu’il calcule que son entreprise peut compter sur des approvisionnements totalisant 400 000 livres de poisson rouge, cette année, en provenance des quotas de pêche expérimentale et indicatrice. «Ce n’était pas évident de garantir aux épiceries des approvisionnements d’une espèce sous moratoire, mais elles nous ont fait confiance et Aliments Québec nous ont accrédités en septembre, signale-t-il. Et depuis, on est en négociation avec les grandes chaînes.»

Cela dit, le dg de Pêcheries Gaspésiennes fait remarquer que pour l’instant, en l’absence de chaîne automatisée de transformation du sébaste, seulement le quart de ses arrivages est destiné aux produits de consommation humaine, le reste devant être écoulé à des fins d’appâts.

«IL FAUT AVANCER!»

Le président de Pêcheries LéoMar et de Poissons Frais des Îles, Christian Vigneau, planifie quant à lui des investissements de plusieurs millions de dollars dans chacune de ses usines de Grande-Entrée et de Millerand, pour être en mesure de transformer le sébaste. Aussi presse-t-il lui aussi la ministre des Pêches et des Océans, Diane Lebouthillier, de donner enfin le feu vert à la pêcherie pour qu’il puisse enfin placer ses commandes d’équipements spécialisés. Selon l’industriel madelinot, il faut prévoir un délai de 18 à 24 mois avant d’être desservi par les fournisseurs.

«On entend que des quotas seraient  octroyés pour 2025, mais 2025, c’est demain matin!, insiste M. Vigneau. On est déjà en retard pour équiper nos usines, si on veut répondre à la flotte de pêche quand les gens vont partir à la pêche. Il faut agir dès maintenant, pour aller voir les marchés et se préparer pour cette nouvelle avenue-là. Il faut avancer!»

D’autre part, l’AQIP nous informe qu’elle a commandé la mise à jour d’une étude réalisée il y a deux ans par la firme Raymond Chabot Grant Thorton (RCGT) et Kwatröe Consultants sur le coût des investissements à prévoir pour optimiser la production du sébaste dans les usines québécoises (Pêche Impact, décembre 2021). Jean-Paul Gagné indique qu’elle se penchera sur l’intégration aux chaines de transformation, d’équipements de valorisation des résidus qui comptent pour les trois quarts des volumes de poisson rouge livrés à quai. «L’étude va porter sur une machinerie qui existe ailleurs et qui, dans un objectif d’économie circulaire, peut prendre la totalité [des résidus] du sébaste, fait-il valoir. Ça va permettre des utilisations pour l’huile et pour la boëtte, entre autres. Et on espère que ça va rendre le sébaste plus rentable.»

D’ailleurs, l’AQIP souhaite aussi une mise à jour des données fournies par RCGT en 2021, sur les projections de rentabilité des usines de transformation du sébaste en lien avec les perspectives du marché. La firme comptable prévoyait, à l’époque, qu’il en coûterait entre 2 millions$ et 12 milions$ pour préparer les entreprises à traiter le poisson, selon qu’elles aient déjà une capacité d’exploitation ou qu’il faille construire à neuf. Aussi concluait-elle alors que l’industrie serait déficitaire, compte tenu des prix du sébaste sur le marché de Boston. «Ça va coûter aussi cher pour faire la commercialisation de ce produit-là que pour les équipements, prévient M. Gagné. Parce qu’on commence à zéro, pratiquement. Il faut développer, il faut initier des projets.»

PRIX EN BAISSE

En 2021, toujours selon RCGT, le marché de Boston n’offrait au sortir de l’usine que 2,15 $ US la livre pour les filets congelés de sébaste avec peau. Cela correspondait à 2,66 $ CAN, alors que les coûts d’exploitation étaient minimalement estimés à 2,74 $ la livre. Ça laissait donc anticiper un déficit d’opération de 8 cents la livre.

Aujourd’hui, selon l’éditeur américain John Sackton, la valeur du produit sur le marché de gros, qui tient compte des frais de transport, entre autres, est de 2,85 $ US la livre pour un rendement de 4 à 6 filets par livre. L’analyste spécialisé en pêcheries se base sur le prix après importation aux États-Unis du sébaste transformé en Chine et qu’il présume provenir d’Islande. En comparaison, dit-il, sa valeur variait entre 2,55 $ US et 3,10 US $, en 2021. «Le prix est descendu depuis deux ans, nous écrit M. Sackton par courriel, tout comme le prix des autres poissons à chair blanche.»

À ce propos, Olivier Dupuis fait remarquer que 4 à 6 filets de poisson la livre   correspondent à un produit de taille moyenne, contre un rendement de 2-4 filets la livre avec les gros poissons et de 8-12 pour les petits poissons. Cependant, ceux qui dominent au sein de la population de sébaste du l’unité 1 du Golfe sont si petits, qu’il faut plus de 12 filets pour faire une livre. «Plus il y a de filets dans  une boîte d’une livre, moins la valeur du produit est élevée», ajoute l’industriel de Rivière-au-Renard.

ACTUALITÉ – pages 08-09 – Volume 36,5 Décembre 2023-Janvier 2024

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Hélène Fauteux
Hélène Fauteux est diplômée en communications et journalisme de l'Université Concordia. Établie aux Îles-de-la-Madeleine depuis 1986, elle a développé une solide expertise en matière de pêche et de mariculture.
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