La relève pour l’avenir maritime est-elle assurée? Oui, mais…

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Quels sont les nouveaux besoins, les nouveaux outils et la valeur ajoutée des réseaux intersectoriels dans les processus d’éducation? Voilà la question autour de laquelle ont gravité les échanges entre les intervenants du milieu maritime lors du panel de discussion sur le thème de la relève pour l’avenir maritime, présenté dans le cadre du congrès Avenir maritime. La relève pour l’avenir maritime est-elle assurée? Oui, si l’on en croit les experts, mais les enjeux sont grands.

L’événement organisé par le Réseau Québec maritime et l’Institut France-Québec pour la coopération scientifique en appui au secteur maritime (IFQM) s’est tenu le 17 juin. Réunissant cinq intervenants, le panel était coanimé par le professeur de l’Institut des sciences de la mer de Rimouski et directeur général du Réseau Québec maritime, Dany Dumont, et la directrice des Fonds de recherche du Québec pour Nature et technologies,   Janice Bailey.

PROBLÈME DE RELÈVE DANS LES PÊCHES

L’une des panélistes, Marjorie Chrétien, directrice générale du Comité sectoriel de la main-d’oeuvre des pêches maritimes, dont l’organisme dessert tout le Québec, n’a pas caché le problème de relève dans les secteurs représentés par son organisme, soit ceux de la capture, de la transformation et de la mariculture. «C’est très difficile d’attirer de nouvelles personnes. La moyenne d’âge est de 58 à 60 ans.»

La relève est rare non seulement sur le plan de la main-d’oeuvre, mais aussi dans les transferts intergénérationnels dans le domaine de la capture. La raison s’explique surtout, selon Mme Chrétien, par le prix élevé des entreprises et par le pouvoir d’achat trop faible des jeunes.

S’ils reconnaissent l’importance de la préservation de l’environnement, les jeunes sont aussi conscients de certaines répercussions négatives sur le plan de la capture, comme lorsqu’il y a présence de baleines noires. «Il faut adapter nos techniques de pêche, croit Marjorie Chrétien. Il faut investir dans l’innovation et dans les engins de pêche. Il faut montrer que le secteur des pêches n’est pas un secteur traditionnel, qu’il y a moyen d’inclure des technologies et que c’est comme ça qu’on va pouvoir attirer des jeunes.»

UNE RELÈVE PAR L’ÉDUCATION

S’il existe un emplacement idéal pour permettre à la relève de se mettre les mains dans l’eau, c’est bien le musée Exploramer, situé sur le quai à Sainte-Anne-des-Monts, un musée dédié à la biodiversité marine du Saint-Laurent et aux sciences océanographiques. «Les musées à vocation scientifique sont davantage axés sur les clientèles jeunesse et familiales, a décrit la directrice générale d’Exploramer, Sandra Gauthier. Donc, dans un musée de sciences, on visite en famille et les classes, en fin d’année, viennent faire des visites complètes au musée. On peut vraiment se concentrer sur cette clientèle jeunesse.»

Exploramer accueille annuellement quelque 31 000 visiteurs. De juin à octobre, les activités s’adressent à une clientèle touristique: des familles en vacances, des groupes scolaires, des camps de jour, des groupes de scouts. De novembre à mai, le musée entre dans sa période pédagogique. Depuis 2005, l’équipe d’interprétation a mis en place un programme éducatif destiné aux clientèles préscolaire, primaire, secondaire et collégiale. Un catalogue d’une quinzaine d’activités est proposé.

Ces activités sont montées en fonction du degré d’apprentissage des jeunes. «En Gaspésie, il arrive très souvent que les cours de sciences ne soient pas donnés par des professeurs de sciences, faute de spécialités, soulève Mme Gauthier. Donc, quand notre équipe d’interprétation arrive en classe, l’enseignant se sent un peu soulagé. On arrive dans la classe avec des outils. Parfois, ça peut être un bassin tactile mobile pour présenter certaines espèces de la biodiversité. Parfois, on arrive avec des équipements un peu plus spectaculaires. On peut aussi faire de la dissection de requin pour les cours de biologie du secondaire.» Ces activités sont offertes en Gaspésie, au Bas-Saint-Laurent ainsi qu’à Québec et sa banlieue.

Pour Sandra Gauthier, Exploramer a incontestablement un impact sur la relève. «On a vu des enfants venir très jeunes en poussette ou dans les bras de leurs parents visiter le musée une ou deux fois par année. On les a vus, après, à notre camp de jour scientifique. Finalement, ces jeunes ont fait le concours scientifique Explo-Mer quand ils étaient au secondaire. Maintenant, certains d’entre eux sont des employés, des guides ou des stagiaires. Donc, on voit une évolution. On voit que la lumière a été allumée, qu’ils ont cet intérêt et que leur objectif est de travailler dans ce domaine.»

POUVOIR AGIR, COMPÉTENCES ET MENTALITÉS

Émilie Morin s’est intéressée «au sentiment de pouvoir agir», ce qui est peu commun comme objet de recherche. Si l’on se fie aux échanges auxquels a donné lieu le congrès, cet aspect est central, notamment en ce qui concerne la main-d’oeuvre et la relève dans le secteur maritime. «On s’est rendu compte, à tort, que de miser essentiellement sur les connaissances menait bien souvent à du fatalisme, a avancé la professeure et chercheuse en psychopédagogie de la formation pratique au préscolaire et primaire de l’Université du Québec à Rimouski. Il y a eu des programmes en éducation à l’environnement qui ont été élaborés. On a misé sur des connaissances à la fine pointe de la technologie. Puis, on mettait un peu de côté les considérations plus émotives, ce qui a eu comme impact, chez les jeunes, de diminuer leur sentiment de pouvoir agir.»

Au-delà de la transformation numérique et des changements climatiques, il y a une transformation des compétences, a soulevé la directrice générale du Centre de développement et de recherche en imagerie numérique. «On nous dit que 80 à 85 % des compétences qui n’existent pas aujourd’hui vont être réelles dans une dizaine d’années, indique Isabelle Cayer. Comment on amène nos clientèles à penser demain quand on n’a pas de vision sur demain? On navigue à l’aveugle.»

Selon elle, on focalise beaucoup sur la capture et la transformation première. «Pourquoi ces jeunes-là ne font pas comme les jeunes maraîchers qui sortent de la ville pour aller implanter de nouvelles «business»? Pourquoi on ne voit pas apparaître des programmes qui faciliteraient le retour en région pour de la création d’entreprises pour valoriser ces produits de la mer qu’on ne valorise pas et que des entreprises étrangères viennent valoriser parce qu’elles connaissent la valeur de nos produits?»

Pour Mme Cayer, la question de l’éducation et de la relève est multidimensionnelle. «Les humains ont besoin de voir. On fonctionne beaucoup par notre capacité à se projeter dans le futur. Sur le plan de la relève, on a besoin d’une «track», de voir les métiers qui existent et comment on va propulser les métiers de demain.»

La relève est témoin d’une évolution des mentalités dans le secteur des pêches, a observé Philippe Livet. «Il y a quelques années, c’était un effort de pêche incontrôlé, c’était le premier qui était sur les lieux de pêche qui remontait tout et n’importe quoi, qui se servait massivement, a rappelé le directeur du site du Havre de l’École nationale supérieure maritime de France. Aujourd’hui, il y a une prise de conscience de ce rendement maximum durable et d’une gestion durable des quotas. Le bien n’est pas infini. Donc, il faut le protéger pour protéger l’ensemble de la filière, que ce soit la production ou la transformation.»

VALORISER LA FILIÈRE

Si la relève se fait rare dans les usines de transformation, ce n’est pas parce que ces dernières sont vouées à disparaître, croit Marjorie Chrétien. «La transformation fait partie de la filière capture, transformation et exportation. Il y a une pénurie de main-d’oeuvre et on a besoin de travailleurs étrangers. C’est sûr que les usines automatisent beaucoup pour compenser ce manque de main-d’oeuvre. Mais, on va toujours avoir besoin d’humains.»

Pour changer les tendances des marchés qui destinent plus de 80 % des produits marins du Québec vers l’exportation, elle estime qu’une promotion nationale des produits québécois pourrait être porteuse pour la filière en favorisant d’autres sortes de transformation et de produits sur le marché. «On va voir le sébaste qui va arriver bientôt. Il y aura toujours de la place pour de nouveaux produits dans nos usines.»

Sandra Gauthier a rappelé qu’elle a fondé, en 2009, le programme Fourchette bleue afin de valoriser les ressources marines du Saint-Laurent sur les marchés québécois. «C’est important qu’on donne de l’information pour valoriser le travail des pêcheurs et d’usine. Les gens vont être plus fiers d’aller travailler dans ces milieux-là si on donnait le même prestige qu’on donne aux maraîchers dans les magazines.»

MAIN-D’ŒUVRE – page 25 – Volume 34,3 Juin-Juillet-Août 2021

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À propos de l'auteur : 

Johanne Fournier
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