Le faible contingent de crabe des neiges dans les quatre zones du sud du golfe Saint-Laurent a induit un lent démarrage de la transformation de ce crustacé en Gaspésie, précise Bill Sheehan, vice-président de l’entreprise E. Gagnon et Fils, de Sainte-Thérèse-de-Gaspé.
Les petits volumes, en partie une conséquence d’un certain tâtonnement des crabiers avant de trouver la ressource, ont ralenti le rythme de travail dans les usines, faisant parfois écoper certains travailleurs.
«Heureusement, le début de la pêche au homard est venu équilibrer le travail en usine», précise Bill Sheehan, dont la firme a embauché 350 travailleurs en production, dont 145 Mexicains, un sommet historique, à Sainte-Thérèse-de-Gaspé.
«Il n’y a pas seulement eu le début qui a été lent. C’était lent tout le long. Certains pêcheurs n’ont pas encore capturé leur quota, mais ça va rentrer. Les baleines arrivent. C’est de plus en plus compliqué de pêcher. C’est un petit quota. L’an passé, c’était aussi un petit quota, mais c’est rentré à l’usine comme si c’était une grosse année. Les pêcheurs n’ont quand même pas peur pour l’avenir», ajoute M. Sheehan, en faisant référence aux petits crabes observés en mer.
L’usine de Sainte-Thérèse-de-Gaspé ne transforme que cinq millions de livres de crabe en 2026, loin du record de presque 13 millions de livres, mais presque deux fois plus que les 2,8 millions de 2010, un creux historique étant survenu lors de l’année d’acquisition de l’entreprise par la famille Sheehan.
Grossistes moins agressifs
«Les ventes ont été lentes au début de saison, mais ça s’est stabilisé. Terre-Neuve a un gros quota. Il nous reste un petit surplus d’inventaire, mais ce n’est pas 2022. Quand le prix descend, les grossistes sont stratégiques. Ils n’achèteront pas pour neuf mois, tant qu’ils pensent qu’ils n’en manqueront pas. Il n’y avait pas beaucoup d’inventaires, contrairement à 2022, alors que la guerre en Ukraine et le prix élevé du carburant avaient causé beaucoup d’incertitudes. L’année 2022 avait été tellement mauvaise qu’en 2023, on avait encore du stock de 2022 à vendre», explique Bill Sheehan.
«Je ne suis pas inquiet d’avoir du stock à vendre l’an prochain, même si Terre-Neuve a encore un gros quota. Ils se rendent à l’automne avec leur pêche. Ils n’ont pas les baleines noires», signale-t-il de plus.
Le taux de change est encore avantageux, à 1,37 $ – 1,38 $ canadien pour un dollar américain, et des transactions se déroulant dans la devise de nos voisins du sud.
«Nos ventes se font presque totalement aux États-Unis. Les ventes au Japon n’atteignent pas 5 %. On devrait faire 30 % si on avait les mêmes conditions de marché qu’avant. Ça fait longtemps qu’on n’a pas fait 30 %. On a fait entre 10 % et 15 % l’an passé. C’est minime maintenant, c’est une affaire de marché de niche, pour ceux qui recherchent du crabe du golfe. Au show de Boston (Seafood Expo North America) en mars, le riz était cher, le yen avait perdu de sa valeur par rapport au dollar américain. Ils (les acheteurs japonais) n’ont pas pris beaucoup d’engagements, mais ils aiment garder des liens d’affaires. Ils viennent quand même ici pendant la saison, mais moins longtemps», rapporte Bill Sheehan.
Jusqu’au 2 juin, E. Gagnon et Fils a payé 7 $ la livre aux crabiers équipés de cale à glace, et 7,25 $ pour ceux munis de cale à eau.
«Les petites années de quotas, les usines se chicanent pour aller chercher des approvisionnements. Ça fait augmenter les prix», remarque Bill Sheehan, notant qu’il est trop tôt pour statuer à propos d’un ajustement de fin de saison.
LE SUD DU GOLFE – page 10 – Volume 39,2 Mai – Juin – Juillet 2026

























